A La mémoire des chouhadas, « Femmes éplorées, 19 Mars 1962 »

vendredi 18 mars 2011
par Salah Bousseloua

A l’occasion de la célébration du 19 mars 1962 et à la mémoire des Choudas, je vous prie de bien vouloir insérer dans votre site le poème intitulé « Femmes éplorées, 19 Mars 1962 »

Salah Bousseloua

A LA MEMOIRE DES CHOUHADAS Femmes éplorées (19 Mars 1962)

Les mauvais jours Seigneur, finissent
Les marguerites, partout fleurissent
Si blanches sur l’herbe si verte.
Sur les près, les piémonts, les pentes
Rougis ça et là de coquelicots
En fine toile de calicot.
Sous l’olivier, sous le palmier
Le prunier et l’abricotier,
La vigne et l’oranger en fleur,
Aux pieds de nombreuses femmes en pleurs
Qu’ombrage parfois, quelque figuier
Négligeant, de la victoire, les lauriers
De leurs mains nues, elles fouillent la terre
Tant elles pensent, tant elles espèrent
Découvrir, soudainement apparus,
Quelques restes ou objets du disparu.
ô que de fils, que de filles, que de pères,
D’époux, jeunes ou vieux ; que de frères !
Arrêtés la nuit, heure propice
Pour combler le profond précipice
De corps mutilés, tout ensanglantés,
De tous ceux qui ont crié fort « Liberté ! »
Seuls présents, l’ombre et ses voiles,
La nuit obscure, les étoiles,
Témoins de tant de sacrifices…
Mère, est ce bien ton fils ?
Ton unique et cher enfant
Qui, en tombant appela « Maman ! » ;
Est-ce le tien, ma tante ?
Abattu le soir devant la tente,
Ta douleur, sans cesse avivée
Parce que mort, à peine arrivé ;
Et toi, épouse solitaire
Bien jeune, veuve de guerre
Tes cheveux encore parfumés
Tes fins doigts, roses de Henné
Tu ne te souviens de rien
Folle, désemparée, sans lien…
Où est ton chérubin, ton bébé ?…
Dans son berceau, sous tes yeux, étranglé
Par un ivrogne mercenaire.
Mais, fille de Fatma n’Soumère
Altière, quoiqu’il en fût le prix,
Opposant courage et mépris…
 
Est-ce toi bien triste cousine
Qui avant l’âge, courbe l’échine
Sous la cruauté réelle du sort
Tes deux frères suppliciés sont morts
Oubliés, abandonnés, esseulés,
Pas une tombe pour te consoler…
Et toi enfin, infortunée sœur
Insensible au printemps, aux fleurs
Avec tes six gosses, partout errant,
Dont l’aîné n’a pas atteint dix ans
Là, au poteau, est-ce ton époux ?
Qui, pétri dans le dur bois du houx,
Voyant, alignés les douze armes,
Ne pouvant retenir une larme,
Dit aux soldats debout, bord à bord :
« Ne tirez pas, attendez d’abord,
Laissez-moi quelques derniers instants,
Que j’aille embrasser mes enfants »…
Par-dessus, la Méditerranée
Des mamans pleurent chagrinées
Leurs fils tombés en Algérie
Par monts, par sables et prairies
La plupart, ne sachant pourquoi
Défendant le non, au bon droit.
 
Par : Salah Bousseloua

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Réactions

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lundi 21 mars 2011 à 00h04, par  Point d’Intérorgation

Da Salah c’est bien que des gens comme vous parlent de ces moments de doleur avec innocence. Malheureusement ce nationalisme pur et innocent a été mutilé, massacré…Aujourd’hui on ne parle de ces beau moment de résitance que pour avoir un bien de ce bas monde, juste une question de propagande pour avoir un bulletin de vote, ou pour refaire une virginité qu’il n’a pas. On dirait que c’est programmé pour tuer le soufle de la révolution et de ceux qui ont combattu pour l’indépendance, non pour une chaise, un poste, un ventre…mais pour une fierté, une dignité, une justice, une tête haute…Tout cela nous manque beaucoup…

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dimanche 20 mars 2011 à 18h17, par  Hassan

Merci Da Salah pour ce poème de haute qualité. C’est normal qu’on l’invite plus, "nos institutions" médiatiques de l’ENTV jusqu’à la petite radio locale sont submergés par la médiocrétie. les portes sont largement ouvertes au poètes des sultans qui nous parlent encore de "nationalisme" et toute cette littérature et romantisme du ventre.

Logo de Mokrani Abderrahmane
dimanche 20 mars 2011 à 11h25, par  Mokrani Abderrahmane

Je reste très ému par le contenu du message de Si Salah Bousseloua !!!! Un très grand merci……
Reste que certaines tombes de Chouhadas ont été vidées … par je ne sais qui ????
Impossible de retrouver le corps du Chahid, chacune des autorités m’ont fait hélas cas d’un certain nombre d’ éventualités ?????
Qui au demeurant non jamais ,hélas, répondu à mes attentes !!!!
Mon Oncle Mokrani Ali, l’un des grands symboles de la révolution, tué lors des Manifestations de 1961, ne se trouve plus dans son tombeau…. Un grand mystère !!!!!
Enfin, l’occasion m’est donnée pour relancer grâce à votre quotidien cette mystèrieuse énigme !!!!
Encore merci Si Salah ainsi que le Directeur de la rédaction.
Abderrahmane Mokrani

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dimanche 20 mars 2011 à 08h52, par  aben

Da Salah avec ces 89 ans Allah Ya Barek est toujours présent avec les événements.
ce qui est vraiment dommage on ne l’entendu plus à la Radio de Jijel, pourquoi ??

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