A La mémoire des chouhadas, « Femmes éplorées, 19 Mars 1962 »

A l’occasion de la célébration du 19 mars 1962 et à la mémoire des Choudas, je vous prie de bien vouloir insérer dans votre site le poème intitulé « Femmes éplorées, 19 Mars 1962 »
Salah Bousseloua
A LA MEMOIRE DES CHOUHADAS Femmes éplorées (19 Mars 1962)
Les mauvais jours Seigneur, finissentLes marguerites, partout fleurissentSi blanches sur l’herbe si verte.Sur les près, les piémonts, les pentesRougis ça et là de coquelicotsEn fine toile de calicot.Sous l’olivier, sous le palmierLe prunier et l’abricotier,La vigne et l’oranger en fleur,Aux pieds de nombreuses femmes en pleursQu’ombrage parfois, quelque figuierNégligeant, de la victoire, les lauriersDe leurs mains nues, elles fouillent la terreTant elles pensent, tant elles espèrentDécouvrir, soudainement apparus,Quelques restes ou objets du disparu.ô que de fils, que de filles, que de pères,D’époux, jeunes ou vieux ; que de frères !Arrêtés la nuit, heure propicePour combler le profond précipiceDe corps mutilés, tout ensanglantés,De tous ceux qui ont crié fort « Liberté ! »Seuls présents, l’ombre et ses voiles,La nuit obscure, les étoiles,Témoins de tant de sacrifices…Mère, est ce bien ton fils ?Ton unique et cher enfantQui, en tombant appela « Maman ! » ;Est-ce le tien, ma tante ?Abattu le soir devant la tente,Ta douleur, sans cesse avivéeParce que mort, à peine arrivé ;Et toi, épouse solitaireBien jeune, veuve de guerreTes cheveux encore parfumésTes fins doigts, roses de HennéTu ne te souviens de rienFolle, désemparée, sans lien…Où est ton chérubin, ton bébé ?…Dans son berceau, sous tes yeux, étrangléPar un ivrogne mercenaire.Mais, fille de Fatma n’SoumèreAltière, quoiqu’il en fût le prix,Opposant courage et mépris…Est-ce toi bien triste cousineQui avant l’âge, courbe l’échineSous la cruauté réelle du sortTes deux frères suppliciés sont mortsOubliés, abandonnés, esseulés,Pas une tombe pour te consoler…Et toi enfin, infortunée sœurInsensible au printemps, aux fleursAvec tes six gosses, partout errant,Dont l’aîné n’a pas atteint dix ansLà, au poteau, est-ce ton époux ?Qui, pétri dans le dur bois du houx,Voyant, alignés les douze armes,Ne pouvant retenir une larme,Dit aux soldats debout, bord à bord :« Ne tirez pas, attendez d’abord,Laissez-moi quelques derniers instants,Que j’aille embrasser mes enfants »…Par-dessus, la MéditerranéeDes mamans pleurent chagrinéesLeurs fils tombés en AlgériePar monts, par sables et prairiesLa plupart, ne sachant pourquoiDéfendant le non, au bon droit.Par : Salah Bousseloua



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