Abdelhamid Mehri : « La société civile doit se réveiller »

dimanche 24 avril 2011
par BNIBRAS

L’ancien secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, a appelé vendredi l’ensemble des forces politiques qui militent actuellement en faveur d’un changement de régime à unir leurs forces pour construire un « projet national consensuel » et jeter les bases d’une « Algérie démocratique, authentique et consensuelle ». « A mon sens, le véritable changement commence par un projet consensuel. Celui-ci (le projet, ndlr) doit englober toutes les forces politiques qui aspirent au changement et se construire par la voie du dialogue et de la concertation », a soutenu M. Mehri dans une conférence-débat animée conjointement avec Abdelaziz Rahabi et Djamel Zenati lors de la dernière édition des Débats d’El Watan retenue sous l’intitulé « Quel changement pour quelle Algérie ? ».

Pour rendre le changement possible, l’ancien cadre de la Révolution a estimé important d’admettre l’existence, sur le terrain, de dynamiques multiples. Pourquoi ? Il s’est dit croire dur comme fer que « l’on doit admettre des dynamiques multiples pour faire admettre le changement ». « Si nous arrivons à nous entendre sur un projet national et consensuel de changement et les voies, les moyens et les actions pour le faire aboutir, à ce moment-là je pense que la société aura franchi un pas important », a ajouté le conférencier. Il a indiqué, par ailleurs, que la question théorique consistant à savoir si le changement doit avoir lieu avec ou sans le régime n’est pas d’une grande importance pour lui. Le plus important, a-t-il insisté, « est de savoir clairement ce que nous (acteurs sociaux et politiques, ndlr), nous voulons ».

Abdelhamid Mehri – qui a pris soin tout au long de son intervention d’expliquer en quoi le changement de régime était une nécessité pour le pays – a prévenu que le projet consensuel qu’il souhaite voir se réaliser n’a aucune chance d’aboutir s’il est le résultat d’un accord d’appareils. Dans son analyse du système en place, il a justement défendu l’idée que le régime actuel se distingue uniquement de celui en place, du temps du parti unique par le fait qu’il s’est doté d’une vitrine démocratique. Au-delà de cette différence, somme toute formelle, Abdelhamid Mehri a expliqué que les pratiques n’ont pas changé avec celles en usage dans le passé dans la mesure où d’abord « la partie occulte ou non écrite a autant d’importance » que la partie visible ou « écrite » du pouvoir. Il citera encore les difficultés rencontrées par les élus, les partis ou les militants associatifs pour activer ou faire leur travail. Cette situation fait d’ailleurs que ce sont toujours les options « venues d’en haut qui passent ». L’ancien secrétaire général du FLN n’a pas omis également d’énumérer les pressions auxquelles fait face la presse quotidiennement.

Le système actuel est le produit de l’échec de l’ouverture de 1988

Ce n’est pas tout. Abdelhamid Mehri a expliqué que le système actuel qui s’illustre par son caractère autoritaire est le produit de l’échec de l’ouverture démocratique engagée en 1989. Et cet échec, il l’impute « à tous ceux qui voulaient maintenir le statu quo et ainsi qu’à tous ceux qui estimaient que cette ouverture n’était pas suffisante ». Selon lui, cette ouverture démocratique, « peut-être pas suffisamment préparée », a été aussi « insuffisamment soutenue à l’intérieur du système comme à l’extérieur ». « Ce sont les réactions multiples à cette ouverture qui ont donné naissance au régime actuel », dira-t-il in fine. M. Mehri – qui a par ailleurs saisi l’occasion pour rejeter toute responsabilité personnelle dans l’assassinat de Ali Mécili – a rendu nécessaire le changement eu égard au fait notamment que les gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance à nos jours ont été incapables d’assurer la stabilité et de doter le pays d’une économie (alternative) qui ne soit pas dépendante des hydrocarbures. « Le changement est demandé parce que le régime choisi ou subi par l’Algérie a fait son temps. Il a démontré qu’il ne pouvait garantir ni la stabilité (allusion faite aux nombreux mouvements de révoltes connues par l’Algérie depuis 1962) ni l’efficacité et encore moins la prise en charge des grands défis qui attendent notre pays », a-t-il déclaré. A ce propos, M. Mehri précisera que la crise de 1990 n’est toujours pas réglée.

Revenant au thème du débat, – non sans avoir au préalable défendu le contrat de Rome et mis au défi le pouvoir de le publier et de dire en quoi ce texte est contraire aux valeurs nationales (il s’ensuivra d’ailleurs une petite polémique avec Abdelaziz Rahabi. Voir à ce sujet l’article de Mustapha Benfodil) —, il s’est montré convaincu que « le moment est venu pour que la jeunesse et la société civile de se réveiller et de s’organiser chacun dans son secteur pour apporter leur contribution à l’élaboration et à la réalisation du changement ». Mais s’il s’est montré favorable à un « changement pacifique », Abdelhamid Mehri a néanmoins averti qu’« il faut admettre que lorsque l’on parle de changement pacifique, cela ne veut pas dire un changement facile, un changement sans peine et encore moins un changement sans lutte ». Il a en outre souligné la nécessité que le projet alternatif qui doit émaner de ce consensus « soit perçu par la société algérienne tout entière comme meilleur à ce qui existe maintenant ». A l’occasion, l’ancien secrétaire général du FLN a révélé que la lettre qu’il a récemment adressée au président de la République « par respect » est en fait destinée surtout à « tous ceux qui veulent participer et qui veulent opérer un changement réel du régime ». « (…) C’est à la société et surtout aux cadres algériens auxquels je m’adresse pour leur demander de s’organiser quelles que soient leurs tendances, quels que soient leurs points de vue et quelles que soient leurs opinions sur ce changement. Il faut qu’ils apportent leurs contributions d’une manière organisée et durable », a encore insisté M. Mehri.

Toutefois, il ne s’empêchera pas d’inviter « les responsables actuels de prendre conscience de la nécessité d’opérer un changement ». « Ce que nous leur demandons (aux responsables, ndlr), c’est de permettre à la société de se prendre en charge et de participer à l’élaboration et à la réalisation de ce changement », a-t-il précisé. Au-delà, l’ancien ministre du GPRA a appelé « la classe politique, les faiseurs d’opinion, l’élite de ce pays à ne pas attendre de recevoir le feu vert pour se réunir et mettre en place les instruments de ce changement ». Pour lui, c’est grâce à la conjonction des efforts des responsables en place, de la société et des élites de ce pays que l’on peut aboutir à un changement. « Il ne suffit pas de dire il faut que le régime parte. C’est maintenant qu’on doit préparer le changement et la relève. Je parle d’un changement dynamique qui va démarrer de plusieurs pôles et qui aboutira le jour des conjonctions de toutes les forces », a-t-il soutenu. Avant de terminer son intervention, l’ancien secrétaire général du FLN a réitéré son opposition à l’instauration d’une République théocratique et a invité l’assistance à se méfier du discours sur la promotion des jeunes. D’après lui, il pourrait y avoir là « une volonté d’imposer une fausse relève ». « Il faut défendre des idées jeunes comme la démocratie et non la démocratie de façade qui est une idée vieille », a-t-il lancé en guise de conclusion.

El-Watan


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Réactions

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dimanche 24 avril 2011 à 17h06, par  .Hamid

Chaqu’un doit parler en son nom, ce n’est pas tous les Algériens qui détestent Mehri, une partie oui, certains profiteurs de la situation actuelle, Abdelhamid Mehri est venu une bete noire pour eux. Par contre, ce qui est sûr, une grande partie des algériens détestent le régime et ceux qui le soutiennent, partis politiques (FLN/RND/HAMS/PT), les opportunistes, les ayant droits qui ne pensent qu’au ventre.M Mehri est un homme politique digne de ce nom, il a milité pour la cause nationale depuis les années 40, il est de cette génération qui ont donné par sentiment nationaliste sain et non comme font beaucoup aujourd’hui par mercantilisme et pour remplir leur panse.

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dimanche 24 avril 2011 à 16h30, par  youssef

Quand Mehri finira-t-il par comprendre que les Algériens le détestent ?

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dimanche 24 avril 2011 à 15h15, par  .MB

la société si vile doit laisser un peu de place à sa voisine civile.

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dimanche 24 avril 2011 à 15h13, par  .Ali Boub

il faut des reformes politique ;avec la participation de ceux qui ont des idees reformistes ; pour aller vers l’algerie de demain

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dimanche 24 avril 2011 à 14h36, par  ZB

Les Algériens se demandent d’où viendra l’éclat de la liberté, de la dignité et de la justice en Algérie, Eh bien du désir de vivre et du courage de la jeunesse. Ce fut vrai en Tunisie, en Egypte et partout ailleurs, depuis l’aube des temps.

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