Abdelhamid Mehri : « Le régime est sans perspectives »

La sonnette d’alarme ne cesse d’être tirée sur la gravité de la situation sociopolitique du pays, notamment depuis les émeutes du mois de janvier dernier, sur fonds de révoltes arabes qui secouent toute la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. C ette fois-ci c’est au tour de l’ancien secrétaire général du parti du FLN, Abdelhamid Mehri de réitérer ses positions sur le changement, non sans rappeler son parcours révolutionnaire et post-indé- pendance, lors d’une conférence débat tenue au siège du journal Algérie News, jeudi soir. Mehri estime que tout le peuple algérien veut le changement de son quotidien. « Tous les Algériens ont soif de changement, le pouvoir navigue à vue sans aucune perspective susceptible de redonner espoir au peuple », a-t-il affirmé. Avant d’ajouter que « toutes les politiques suivies jusque là ont échoué. Nous avions longtemps parlé de diversification de l’économie et de sa libération de la dépendance des hydrocarbures. Après 40 ans, le constat est amer nous n’avons pas progressé d’un pas ». L’échec du régime n’est pas uniquement économique selon Mehri, puisque les valeurs sur lesquelles la révolution algérienne est basée ne se sont pas concrétisées, à savoir la justice sociale et la démocratie. « Les rédacteurs de la Déclaration du 1erNovembre ont posé les grandes lignes de l’Algérie post-indépendance, à savoir la fondation d’un Etat démocratique et social dans le cadre du respect des principes de l’islam.Cet objectif est loin de devenir une réalité ». Quant aux causes de cet échec flagrant, le conférencier explique cela par l’absence de la culture de concertation et du dialogue chez nos dirigeants depuis 1962 à nos jours. « Le régime a une vision limitée des choses, il n’associe jamais les Algériens à la prise de décision ou du moins à la planification. Toutes les décisions prises ne répondent pas aux aspirations de la population ce qui explique l’échec qui caractérise nos politiques ». L’échec et l’ambiguïté de la politique étrangère En plus de l’échec des politiques internes, l’ancien patron du FLN évoque les défis internationaux actuels auxquels l’Algérie ne pourra pas faire face avec un tel fonctionnement et avec le pouvoir en place. « La nécessité du changement est motivée également par les mutations profondes qui s’opèrent dans les relations internationales qui connaissent des bouleversements auxquels l’Algérie n’est pas préparée. L’émergence de nouveaux acteurs puissants sur la scène internationale nous interpelle pour penser au changement et à la place que devra occuper l’Algérie à l’ère de ces changements profonds. Pouvonsnous faire face à ces nouveaux défis ? la réponse est simple non », a-t-il martelé. Il note sur ce point que la politique étrangère de l’Algérie est l’affaire du président de la République, or le président seul ne pourra pas tracer et mener en même temps la politique étrangère. La politique étrangère est l’affaire de toute la Nation. Dans le même chapitre, Mehri affirme que l’Algérie doit définir sa politique avec la France, clarifier davantage ses positions sur la question palestienne et sa place dans la Ligue arabe. « Notre politique étrangère doit dépasser les slogans et les discours pour aller vers une politique étrangère stratégique », at-il noté. Dans ce cadre il estime indispensable l’unification des pays maghrébins, notamment à l’ère des révolutions arabes. « Je ne voyais pas une unité maghrébine avec un régime comme celui de Kadhafi, je pense que le moment est venu pour aller à une véritable Union », a-t-il indiqué. L’orateur n’a pas omis d’évoquer le problème linguistique qui constitue un sérieux obstacle d’expression pour les jeunes. « Nos jeunes parlent une langue qui est un mélange de français, d’arabe et parfois de berbère que certains encouragent. Des propositions ont été faites au Haut comité d’Etat à l’époque pour mettre en place une politique linguistique minutieusement discutée, car la question de la langue est très sensible dans notre pays. Elle représente une identité, un comportement et autres » a-t-il ajouté. Il a par la même appelé les jeunes à ne pas tomber dans le piège que toute l’ancienne génération doit partir, car d’après lui, le problème n’est pas seulement dans les personnes, mais dans le système de fonctionnement des institutions de l’Etat algérien. « Le pouvoir n’est pas sérieux dans ses réformes » Répondant à une question sur les réformes engagées par le pouvoir, Abdelhamid Mehri a minimisé l’importance de cette démarche et la possibilité de sa réussite. « Le changement ne se fait pas par des lois ou décisions politiques venues d’en haut, le changement est un processus long global qui s’inscrit dans la durée. Un consensus entre toutes les forces politiques de la Nation est nécessaire. « Il faut associer toutes les forces politiques dans les discussions et dans l’élaboration des politiques de réformes », a-t-il affirmé. Il poursuit : « Il faut réflé- chir aux alternatives avant de penser au départ du régime ». Il propose par ailleurs, des solutions qui pourraient à ses yeux constituer un remède aux crises actuelles : « Il faut aller vers un changement profond, mais avant cela il faut ouvrir un dialogue franc et sans exclusive aucune et accepter l’autre ». En outre, il appelle au retour aux principes de la Déclaration du 1erNovembre et ce, pour rompre avec les dérapages du régime. « Nous avons des institutions politiques fictives, une liberté d’expression de façade il faut en finir avec la politique de façade pour pouvoir construire un Etat de droit digne de ce nom », a-t-il dit. L’ancien chef du vieux parti est resté fidèle à la plateforme du contrat national signée à Saint Egidio par les principaux partis de l’opposition algérienne en 1995, où figure le Front islamique du salut FIS-dissous. « Le changement passera inévitablement par l’ouverture d’un vrai débat avec toutes les forces politiques de Nation agréées et même non agréées, structurées et non structurées », a-t-il dit. Il appelle en revanche les forces politiques, les journalistes, les juges et autres porteurs de programmes du changement de se concerter et de se mettre d’accord sur les grandes lignes que doivent suivre ces réformes. S’agissant de ses relations avec l’institution militaire, Mehri a déclaré qu’il ne connaît pas la position de l’armée sur les réformes et le changement. « Ma relation avec l’institution est nulle, je n’ai aucun contact avec les militaires. Par ailleurs, vu l’importance de cette institution dans la politique nationale, il est indispensable de l’associer aux réformes. Il a aussi clarifié les motivations de l’envoi d’une lettre ouverte au président de la République. « Je ne m’attends pas à une réponse du président, je lui ai simplement exprimé ma vision sur la situation politique du pays et sur les solutions possibles. » Le FLN est-il un parti autonome ? Interrogé sur la crise qui secoue le FLN actuellement, l’ancien secré- taire général a répondu en posant la question suivante : le FLN est-il un parti politique autonome ou un instrument aux mains du régime ? le Parti se base t-il dans sa politique sur la déclaration du 1erNovembre ? Autant de questions que Abdelhamid Mehri a posées. Ainsi, il se demande pourquoi on ne l’a toujours pas appelé pour pré- senter son bilan devant les militants. « J’attend toujours une convocation pour présenter mon bilan devant les militants et le discuter publiquement », a-t-il souligné.
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