Afique du Nord et Islam (1re partie)
Par : Mohamed Fouad Toumi
TROIS ATTITUDES DES CHRETIENS : Pour nous autres, chrétiens, l’Islam est vraiment un problème. De fait, il domine dans les pays où se passait l’histoire biblique ; ainsi, en Afrique du Nord, il a supplanté le christianisme. Quelle attitude avons-nous donc choisie en face de lui ? A vrai dire, on s’aperçoit bien vite que nous du < monde chrétien >, en avons adopté plusieurs divergentes, dont je n’énumérerai que les trois qui me paraissent les plus marquantes : a)- Attitude d’hostilité ._ Le recul de l’église devant l’Islam créait naturellement un esprit de méfiance et d’hostilité, et celui-ci n’appartient pas uniquement au passé. On s’est rencontré en formation de bataille trop souvent pour que cela n’ait point laissé des traces dans nos relations réciproques. Et il me semble que les mauvais souvenirs des Croisades ne hantent pas seulement l’Islam, mais aussi la Chrétienté.
Que l’œuvre missionnaire rencontre opposition de la part de l’Islam, ce n’est que naturel car nous devons paraître comme des propagandistes de ce que les Musulmans ne désirent point. Mais quand certains Chrétiens regardent notre entreprise de travers, cela veut simplement dire que l’hostilité qu’ils ressentent envers l’Islam se rapporte même aux œuvres missionnaires qui en réalité sont favorables aux Musulmans. Certains préjugés raciaux ont une origine semblable, même si on les énonce aujourd’hui sous d’autres formes. L’hostilité ou le mépris de l’Islam ne motivent nullement une semblable attitude de la part des chrétiens. b)- Attitude d’indifférence ._ Il y a des européens qui disent : < Mais pourquoi faire quelque chose pour les Musulmans ? ils sont contents de leur situation et ne désirent pas notre concours.> C’est que la question religieuse ne les intéresse que modérément, ou même pas du tout. Ils préconisent le strict nécessaire dans nos rapports humanitaires avec l’Islam. Ce qui veut dire tout cour : laissez les Musulmans à eux-mêmes !
On pourrait croire que c’est par souci de respect pour eux. Mais non, loin de là, c’est qu’ils se désintéressent totalement de leur sort ou de leur vie. L’indifférence est trop fréquente, et l’indifférence n’a jamais créé de relations compréhensives.
c)- Attitude d’amour._ Il y a aussi une troisième attitude, qui fait entrer en jeu l’amour, l’amitié, la compréhension, tout en restant (et surtout, en restant) fidèlement attaché à l’Evangile comme seule voie de salut.
Il existe une association chrétienne franco-allemande, travaillant pour une bonne entente entre les deux peuples. Réussiront-ils ou sont-ils seulement des rêveurs de réalité ?
La mission chrétienne auprès des Musulmans est en quelque sorte une tentative analogue. Bien des chrétiens la considèrent comme vouée à l’échec avant même de l’avoir essayée, en pensent que les missionnaires auraient mieux fait de s’occuper de leurs compatriotes à la place. Bien des Musulmans nous regardent comme des intrus. Et pourtant nous sommes là !.
Nous nous présentons au nom de Jésus-Christ, dans l’esprit de fraternité et d’amour. Je ne connais pas d’exemple plus noble que celui de Raymond Lulle, qui, aux temps des Croisades, donna sa vie comme preuve de la validité de son enseignement : < Je crois, ô Christ, que la conquête de la terre sainte doit se faire seulement comme tu l’as faite Toi-même, ainsi que Tes apôtres : par l’amour, la prière, les larmes, en sacrifiant ta propre vie.> Il est temps qu’un tel homme ait des successeurs qui, au nom de Jésus-Christ, soient une présence et un rappel de ces principes au milieu des Musulmans.
Quelques-uns des missionnaires sont parmi les Kabyles. Notre désir est, évidemment, de voir ces Kabyles sous l’influence de l’Evangile. Mais tant qu’ils n’ont pas encore accepté cet Evangile, nous restons, quand même, cette présence au milieu d’eux, de la part de Dieu. Nous sommes les amis des Kabyles. Dans nos stations, nous leur offrons des services variés. Nous apprenons à les connaître comme peu d’autres. Nous les voyons farouches ou aimables, ouverts ou réservés, généreux ou vengeurs, intrigants ou hospitaliers. Nous voyons des fainéants, bien sûr ; mais aussi ces magnifiques lutteurs, qui mangent leur pain à la sueur de leur front dans un pays aride, et dur. Nous apprenons à les estimer, oui, à les aimer, même quand ils nous résistent au nom de leurs fières coutumes.
Nous nous demandons parfois : peut-il exister un Islam dans ces montagnes plus pur que celui que nous voyons pratiquer, c’est-à-dire le vrai Islam, la vraie soumission à Dieu, sans tous ces marabouts, ces amulttes, ces pratiques hérités du paganisme ? Oui, nous le croyons, mais il faut que le Christ ait une place, et la place qu’il lui faut, dans ce système-là. Car, en fin de compte, c’est en Christ que nous sommes désunis. C’est en Christ qu’il faut se retrouver. Willy Hegoy.



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