Aït-Ahmed : "L’indépendance à tout prix"

Grand, le teint mat, élégant, racé, hautain, maniant la dialectique avec une grande finesse, on ne peut, de prime abord, détecter chez Aït-Ahmed le révolutionnaire et l’homme d’action. Né en 1921, à Michelet, en Kabylie, fils d’un caïd, il n’eut pas une enfance malheureuse. Au lycée, il est un brillant élève. En famille, on lui a appris la fierté kabyle. Si, le régionalisme est un mal qui a rongé l’Algérie ( ainsi que d’autres pays d’ailleurs). La < question kabyle > est à l’origine de nombreux drames , souvent sanglants, qui ont marqué l’Algérie combattante. On peut discuter à perte de vue sur les raisons et les origines de l’antagonisme arabo-berbère ; il n’en reste pas moins que tous les Algériens en ont subi les effets dès leur plus jeune âge.
Tout enfant, Aït-Ahmed dit un jour à un de ses camarades que son père allait le mener sous peu à Alger. Le gamin lui répondit : << Tu es fou ! N’y va pas…à Alger, les Arabes mangent les Kabyles !>> Il n’y a que les enfants pour tenir de tels propos mais on ne peut dire qu’ils aient marqué Aït-Ahmed. Son < berbèrisme > venait plutôt de son attachement à la terre kabyle et à son histoire (plus tard, il prénommera son fils Jughurta !). Encore lycéen, il entre au P.P.A, où il fera une carrière fulgurante. En novembre 1947, il subit sa première condamnation (un an de prison) pour avoir déclaré publiquement : << Nous obstiendrons l’indépendance par le sang s’il le faut .>> Il participe à la création de l’O.S, dont il deviendra le chef. Il fait déjà partie de ceux qui sont lassés par le légalisme de Ferhat ABBAS et MESSALI Hadj. Il n’y a pas encore de clans très marqués parmi les jeunes loups du futur C.R.U.A ; cependant, il a déjà de mauvais rapports avec Ben Bella… Il croit fermement - surtout après le 8 mai 1945 - qu’il n’y a rien à espérer de la revendication légale. Il prône un programme en deux points : préparer le peuple et commencer à s’armer. Bien entendu, ce programme doit être appliqué en dehors de Messali et des centralistes, et même contre eux. Après l’attaque de la poste d’Oran, il est condamné par contumance aux travaux forcés à perpétuité et, en 1950, il échappe de justesse à la police qui le traque depuis un an aux quatre coins de l’Algérie. Il parvient finalement à gagner le Caire où il retrouve Khider (son beau-frère) et Ben Bella, comme lui, membre du C.R.U.A. A partiir de décembre 1955, Aît-Ahmed entreprend une série de voyages dans des < pays frères >, < amis > ou… < cousins >. Les Egyptiens et les Marocains lui ont procuré des passeports aux noms de Saïd Farhi, Ahmed Mohand, Saïd Fadel et Mahsied. En compagnie de M’hamed Yazid, il assiste à la conférence des pays non alignés à Bandoeng. Ils obtiennent que l’Algérie en soit membre permanent à part entière. C’est le premier grand succès diplomatique du F.L.N. Toujours en compagnie de Yazid, il se rend en Asie, puis dirige la délégation F.L.N à New-York. Il veut internalionnaliser le problème algérien. A L’ONU, il désire assister aux séances plénières. Pour le lui permettre la délégation Syrienne l’accrédite en tant que secrétaire. Il se rend fréquemment à Madrir pour faire le point avec Boudiaf. La grande affaire du F.L.N à cette époque, c’était la conférence maghrébine qui devait se tenir à Tunis avec le roi du Maroc Mohamed V et le président Bourguiba. Comme la présence des chefs FLN à Tunis n’a pas été clairement décidée. Ceux-ci décident d’aller convaincre Mohamed V à Rabat . Les Algériens obtiennent sans peine gain de cause et, le 22 avril 1956, Aït-Ahmed, Boudiaf, Ben Bella, Khider qu’accompagne Mostefa Lacheraf prennent place dans l’avion d’air Atlas qui devait les amener à Tunis. On connait la suite : c’est à Alger que l’avion atterrit….Aït-Ahmed a partagé toutes les détentions de ses camarades. Comme eux, il sera libéré le 20 mars 1962, au lendemain de la signature des accords d’Evian. Pour lui, les joies de l’indépendance seront brèves. Il prendra les armes contre BenBella et Boumediène. Il sera arrêté, condamné à mort, puis grâcié. Il s’évadera de prison et d’Algérie. Aujourd’hui, il vit en éxil << quelque part >> en Europe.
Albert PAUL LENTIN, Historia-magazine nr 200, page 214.
MED-FOUAD TOUMI.



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