Algérie – De l’argent à profusion et des comédiens sans text

mercredi 11 janvier 2012
par Ahmed Selmane

L’Etat Algérien a de l’argent. Ceux qui sont aux commandes ont décidé, pour des raisons non évidentes, qu’il faut investir de l’argent dans l’achat de 51% de Djezzy. A Annaba, un syndicat UGTA a tapé sur une banque publique coupable de ne pas avoir accepté de donner, facilement, un crédit de 200 millions de dollars à une multinationale. Etonnante Algérie où ceux qui décident n’éprouvent aucun besoin d’expliquer. D’autant que des « politiques » sont toujours là pour essayer d’amuser – ou de révulser – la galerie.

Quand des acteurs, plutôt mauvais, sortent du texte ou bien que le metteur en scène a décidé de les laisser improviser, le spectacle devient encore plus pathétique que d’habitude. A l’image d’un Bouguerra Soltani expliquant par du vent les raisons qui ont justifié la longue présence de son parti au sein de la prétendue « Alliance présidentielle » et celles qui justifient aujourd’hui son retrait avec maintien de ses ministres au gouvernement. Que de torsions. A l’évidence, le metteur en scène lui a dit de se mettre à cette « place » sans lui donner le discours d’accompagnement, la bonne répartie ou le mode d’emploi. Et cela donne l’apparence d’une marionnette détraquée qui ne fonctionne plus car le tireur de ficelle a décidé de « s’absenter »… Ou alors, il a décidé de laisser sciemment la « chose » à elle-même pour la laisser s’enfoncer et se disloquer. « Si la girouette pouvait parler, elle dirait qu’elle dirige le vent. » dit l’adage. C’est exactement ce que tente de faire Bouguerra Soltani, laissé sans « ligne » après avoir fait perdre toute ligne à son parti pendant des années où il a fait fonction de Ministre d’Etat en charge du contrôle du MSP. La seule question qui se pose, ce n’est pas Bouguerra Soltani qui en a la réponse. C’est le metteur en scène ? Qu’a-t-il décidé de faire de Soltani ? Le considère-t-il comme trop usé, qu’il ne sert plus et qu’il faut le renvoyer à sa bonne rokia ? Ou alors a-t-il décidé en omettant de lui fournir le texte de le laisser s’enfoncer et de ridiculiser dans la foulée ce qu’on appelle des « islamistes » présumés « modérés ». Bref, M.Soltani ne dirige pas le vent. Il est dirigé par le vent. D’autres islamistes se pointent et peuvent prendre du service.

Ouyahia, like usual

Avec Ahmed Ouyahia, c’est un peu plus compliqué que son « adversaire » Bouguerra Soltani. Contrairement au verbeux et aux venteux Soltani, il exerce du pouvoir même s’il n’a pas le pouvoir. Il faut en effet sortir de l’idée simpliste de croire que le système algérien, ce n’est que l’ombre. Dans une SPA, il y a beaucoup d’actionnaires, tous ne sont pas visibles, mais d’autres le sont. Quand il cause, ce n’est donc pas comme Soltani. Il représente une partie ou une parcelle de pouvoir. Et, ne l’oublions pas, son peu de popularité parmi les algériens est inversement proportionnel à sa popularité chez ceux qui décident. C’est pour eux un homme « fiable » qui fait le « boulot ». La preuve, Ouyahia ne s’embarrasse pas beaucoup de chercher des arguments sérieux pour expliquer pourquoi on passe d’une limitation des mandats présidentiels à une levée des limitations pour revenir à nouveau – dans la prochaine révision – à la limitation des mandats. Le seul argument implicite que l’on retire de ses semblants d’explications que les « décideurs ont décidé » comme ça. Et que s’ils décideront demain pour des raisons supérieures et pour « l’intérêt de la nation » de revenir à la non-limitation des mandats, on y reviendra. C’est du « parler-vrai » qui énonce parfaitement l’état des lieux algériens : l’insignifiance absolue d’une Constitution et des lois. Quand on peut entre deux mandats changer de Constitution et la changer encore si « nécessité ». Il va sans dire que la définition de cette « nécessité » est l’apanage des happy few, de « ceux qui lient et délient », Ahlou Al Aqd oua Al-hal… C’est un domaine ou Ouyahia pense exactement comme Soltani et comme Belkhadem. Pour le reste, c’est de l’à-peu-près. Comme ce message excessif adressé à Erdogan de ne pas invoquer l’histoire de l’Algérie pour répondre à la France. Du superflu qui choque les algériens, lesquels ne comprennent pas que le Premier Ministre en titre de l’Algérie se fasse, de facto, l’avocat de la France. Ouyahia like usual est too much !

L’Etat investi dans Djezzy… Sawiris doit s’amuser

L’Etat algérien pourrait prendre 51% de Djezzy s’il y met un « prix acceptable ». Ce n’est pas Naguib Sawiris qui l’énonce, c’est VimpleCom, le groupe russo-norvégien qui l’annonce. Le gouvernement n’ose pas – encore – présenter la chose comme une « victoire ». VimpleCom qui l’a précédé dans l’annonce de la conclusion d’un « accord d’entente » précise que celui-ci n’est pas contraignant. Et qu’il dépendra du prix que l’Algérie mettra dans le rachat de ces 51%. Avait-on besoin de racheter Djezzy après lui avoir permis début des années 2000 d’entrer dans un marché où l’opérateur public historique était ligoté par une quasi interdiction d’investir et par une incroyable instabilité managériale ? La montée en force de Djezzy est un cas unique et rare où un opérateur nouveau vient, en peu de temps, bousculer l’opérateur public et prendre sa place de leader. Cela n’était pas inéluctable. Il aurait fallu préalablement lever les entraves sur Algérie Télécom, cesser les intrusions politiques et laisser l’entreprise travailler. Finalement, c’est pratiquement une décision politique qui a fait entrer Sawiris et c’est une autre décision politique qui cherche, c’est beaucoup plus difficile, à le faire sortir. Dans les deux cas cette « décision politique » ne fait pas l’effort d’une explication. S’il ne sert à rien de revenir au « lointain » passé de l’entrée d’Orascom Telecom en Algérie, on peut se demander pourquoi un Etat, toujours incapable de laisser l’entreprise publique Mobilis fonctionner correctement, se piquerait de racheter un opérateur privé. Quel gain escompter hormis de satisfaire, à un prix élevé, la colère d’avoir appris qu’un autre Sawiris avait vendu, sans demander leur avis aux autorités algériennes, ses cimenteries au groupe Lafarge et parmi lesquelles se trouvaient deux cimenteries algériennes. Le ministre des finances Karim Djoudi affirme que la décision d’acheter Djezzy n’était pas motivée par une « question d’honneur », il n’arrive pas à convaincre. Mais qu’à cela ne tienne, la « punition » qu’on aurait infligée à Naguib Sawiris est sans effet. Lui, il a vendu suivant les règles en vigueur du capitalisme mondialisé, la majorité des actions de l’entreprise qui compte Djezzy parmi ses propriétés. Et après avoir fait la victime, il laisse l’Etat algérien face à son repreneur, le russo-norvégien VimpleCom. Officiellement, en optant pour l’achat de 51%, l’Etat algérien exercerait son « droit de préemption » introduit dans la loi de finances 2009. En réalité, on n’est plus dans cette configuration. Sawiris a bien cédé son entreprise à VimpleCom et le droit de préemption ne s’est pas exercé. L’Etat algérien va acheter 51% de parts d’une entreprise que Sawiris a vendue aux russes. Comme quoi le « nationalisme économique » dont ce droit de préemption sera la haute expression est bien vide. Et on attendra de savoir le montant du « prix acceptable » que l’Etat algérien consentira à débourser pour l’achat pour des raisons non évidentes de 51% de l’entreprise. Sawiris doit rire sous cape et se frotter les mains.

Le syndicat d’ArcelorMittal ?

Du coté d’El Hadjar, il s’est passé une drôle de situation. Le syndicat de l’entreprise d’ArcelorMittal a décidé de faire « front » avec la direction locale du groupe mondial contre une banque publique algérienne qui aurait été trop tatillonne dans l’exigence de garanties pour l’octroi d’un crédit. Bien sur, le sort de 7000 travailleurs était en jeu, mais pourquoi s’empresser de distribuer les torts ? Surtout que ladite entreprise a préféré, ce qui est son droit le plus absolu, de travailler avec la filiale algérienne d’une banque étrangère. Pourquoi une banque algérienne renoncerait aux règles prudentielles et pourquoi le sort des travailleurs devrait-il devenir un argument entre les mains d’une entreprise étrangère pour l’octroi d’un crédit. Bien sur, les choses commencent, semble-t-il, à rentrer dans l’ordre. ArcelorMittal n’a pas l’intention de renoncer à un complexe sidérurgique dont toute la production est assurée de trouver preneur en Algérie. Le plus étonnant cependant dans cette affaire est qu’on a aucune idée sur ce que pense Sider, le partenaire algérien d’ArcelorMittal. C’est la maison-mère d’ArcelorMittal qui a décidé de clore le psychodrame en annonçant, contre l’évidence, qu’elle n’a pas déposé de déclaration de cessation de paiement et qu’elle entend bien rester en Algérie. Là, on a compris. On est certain qu’ArcelorMittal a pris une décision « économique » en fonction des gains escomptés. Qui peut-en dire autant de la décision algérienne de « s’offrir » 51% de Djezzy ?

La Nation


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Réactions

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mercredi 11 janvier 2012 à 17h59, par  Acimi

Dieu a accordé une grande faveur aux Algériens, la crise mondiale ne fait qu’augmenter les recettes du pays sans que les responsables ne sachent quoi faire de cette providence à part gasipller inutilement !

mercredi 11 janvier 2012 à 17h42

Exactement, Soltani ne dirige pas le vent. Il est dirigé par le vent, comme d’ailleurs tous les partis, ou par celui qui sème le vent. En tout les cas, ils sont les deux perdants dans cette équation, qui dit mieux : qui sème errih récolte la tempette. Maintenant les décideux n’ont plus à décider, c’est une réalité ça se voit dans leur panique.

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