Appel Au Peuple Algérien ! Ferhat Abbas

samedi 14 mars 2009
par M.F.TOUMI

En moins de quatorze ans, l’Algérie se trouve pour la deuxième fois en conflit avec le peuple frère marocain. Parmi nos soldats et nos enfants, les uns sont prisonniers ou blessés et les autres sont morts sans que la responsabilité de notre peuple ait été engagée. Nos morts, ceux des Marocains, le traitement indigne infligé à nos frères de Saguia El-Hamra et Oued Ed-Hab, montrent que ce conflit a déjà exercé ses ravages. Demain ce conflit risque de se généraliser et de plonger toute l’Afrique du Nord dans un bain de sang.

Demain ce conflit risque de se généraliser et de plonger toute l’Afrique du Nord dans un bain de sang. Les haines qu’il engendrera compromettront l’union du Maghreb arabo-islamique : espérance de nos peuples et fondement de notre prospérité et de notre bien-être. Halte à la guerre ! Nous lançons un appel aux responsables algériens et aux responsables marocains, à tous les niveaux, pour que nos deux pays cessent d’être un simple pion dans l’échiquier international. Halte à la guerre ! au nom de la fraternité musulmane et de la solidarité humaine. Les guerres modernes peuvent détruire en un jour le travail de plusieurs générations. Elles ont cessé d’être les solutions valables pour nos problèmes. Y recourir c’est accepter le suicide collectif. L’Afrique du Nord deviendrait un nouveau terrain où s’affrontent les super-Grands au détriment de nos intérêts et de la paix dans le monde.

L’image que nous offre la malheureuse population d’Angola déchirée entre pro-Russes et pro-Américains devait nous inciter à la réflexion. Nous perdrions notre indépendance nationale et ce serait alors la rupture avec le principe de non-alignement, clef de voûte de notre politique internationale depuis plus de vingt ans. Les peuples marocain et tunisien furent unis dans le combat pour leur indépendance. Ils ne peuvent se résigner aujour’hui à la politique du pire. Durant plus de sept ans, la Tunisie et le Maroc nous ont apporté leur appui constant et positif. L’ingratitude est la marque des peuples faibles. Le peuple algérien est assez fort pour rendre le bien pour le bien et affirmer sa solidarité maghrébine. Restons objectifs et réalistes. Certes, nous sommes fermes pour sauvegarder notre souveraineté nationale et l’intégrité de notre territoire, mais il n’en est pas moins vrai que d’autres tâches impérieuses nous sollicitent. Faute d’institution, l’Etat algérien n’existe pas. Il faut le créer. L’Algérie n’a pas de constitution ni des lois. Elle vit dans le provisoire. Le temps est venu d’y mettre fin.

Le coup d’Etat du 19 Juin 1965 Le coup d’Etat du 19 Juin 1965 devait rétablir notre peuple dans son entière souveraineté. Les auteurs ont condamné, sans équivoque, le pouvoir personnel par la déclaration suivante : Le pouvoir personnel aujourd’hui consacré, toutes les institutions nationales ou régionales du parti et de l’Etat se trouvent à la merci d’un seul homme qui confère les responsabilités à sa guise, fait et défait selon une tactique malsaine et improvisée les organismes dirigeants, impose les options et les hommes selon l’humeur du moment, les caprices et le plaisir. Hélas ! ce coup d’Etat n’a rien réglé. Le culte de la personnalité est toujours en honneur. Le pouvoir personnel s’exerce sans contrôle. Il dispose à son gré du destin de notre pays, de nos ressources, du budget. Il impose à nos enfants un système éducatif de son choix. Il nous soumet à une idéologie hostile aux valeurs morales et spirituelles de l’islam. Cet islam pour lequel un million et demi d’Algériens sont morts. Il est seul juge du maintien de la paix ou de la guerre. Le peuple n’est jamais consulté ; pas plus que les responsables algériens y compris les membres du conseil de la révolution. A notre époque un tel pouvoir est anachronique. La solution de nos problèmes internes aussi qu’externes passe par l’exercice de la souveraineté populaire. Il ne s’agit pas de vouloir imposer au pays une charte nationale comme projette de le faire le président du Conseil de la Révolution, afin d’institutionnaliser son pouvoir. Une seule voie reste ouverte pour la confection de cette charte : Un débat public, à l’échelle nationale, d’une assemblée constituante et souveraine, et sans pour autant préjuger de l’option socialiste du pays. C’est au sein de cette assemblée que les représentants librement mandatés par le peuple pourront traduire dans les textes les légitimes aspirations de la nation. Toute autre charte établie dans le secret des antichambres du pouvoir ne pourrait être que nulle et non avenue.

Algériens, Algériennes ! Le régime colonial contre lequel nous nous sommes mobilisés nous avait humiliés. Il nous avait interdit dans notre pays l’exercice de la souveraineté nationale en nous limitant aux problèmes alimentaires et économiques. Depuis notre indépendance, le régime du pouvoir actuel nous a conduits progressivement à la même condition de sujets, sans liberté et sans dignité. Cette subordination est une insulte à la nature même de l’homme et de l’Algérien en particulier. Elle est une atteinte à sa personnalité. C’est pourquoi des hommes, militants de bonne volonté, se sont rencontrés pour dénoncer cet état de choses et mettre fin à l’indignation qui nous frappe. Ils appellent les Algériens à lutter afin : 1)- De faire élire par le peuple, librement consulté une Assemblée nationale constituante et souveraine. 2)- De mettre fin au système totalitaire actuel et d’élever des barrières légales contre toute velléité de ce genre. 3)- D’établir les libertés d’expression et de pensée pour lesquelles le peuple algérien a tant combattu. 4)- D’œuvrer pour un Maghreb arabe uni, islamique et fraternel.

Alger, mars 1976

- FERHAT ABBAS : Ancien président du GPRA.
- CHEIKH MOHAMED KHEIREDDINE : Ancien vice-président des Oulamas, ancien membre du CNRA.
- BENYOUCEF BEN KHEDDA : Ancien président du GPRA.
- HOCINE LAHOUAL, Ancien secrétaire général du PPA et du MTLD, ancien représentant du FLN à l’extérieur.

Cet appel a été remis en main propre à Boumediène, aux officiels et distribué, avant d’être diffusé le 09 Mars 1976. Le lendemain, ces personnalités étaient placées en résidence surveillée et leurs biens saisis.

Par la suite, il a été repris et diffusé dans le pays, par les soins du Commandant Slimane, de son vrai nom KAID Ahmed qui diffusera un autre tract dont voici la teneur :

Algériens, Algériennes,

Les frères Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda, Cheikh Mohamed Kheireddine et Hocine Lahoual sont en résidence surveillée depuis la publication de ce manifeste qui reflète les préoccupations et les aspirations du peuple algérien. Un Comité de défense et de Solidarité a été constitué pour que ces militants de première heure continuent à s’exprimer librement. Dès demain constituez à votre tour des comitiaux régionaux et des comités locaux pour reproduire, diffuser et expliquer ce manifeste.

KAID Ahmed

Le Commandant KAID Ahmed mort en exil, à Rabat, le 06 Mars 1978. Il fut inhumé à Tiaret, sa ville natale. Le wali de cette ville a été limogé pour n’avoir pu empêcher ses amis de se rendre au cimetière.

Sources L’Indépendance confisquée, Editions FLAMMARION.

MED-FOUAD TOUMI.


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jeudi 21 octobre 2010 à 12h55, par  BENKAM

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 15/03/2009 08:55 Mis à jour : 15/03/2009 09:06
Re : Appel Au Peuple Algérien !þ / de Ferhat Abbas
Bjr….bien que ces revendications soient véridiques Boumediène ne tôlérait aucune atteinte à son pouvoir. Un lecteur

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