Appel à une "journée de la colère" en Arabie Saoudite

vendredi 11 mars 2011
par BNIBRAS

La police était déployée en force vendredi dans un quartier du nord de Riyad, la capitale saoudienne, où doit se tenir une manifestation pour réclamer des réformes politiques dans le royaume conservateur. Jeudi soir, trois personnes ont été blessées dans l’est de l’Arabie saoudite par des tirs alors que la police dispersait une manifestation de quelques centaines de personnes, dans cette province où réside une importante communauté chiite.

Manifestations dispersées, pétitions seulement autorisées

L’affiche appelant à cette "journée de la colère" en Arabie Saoudite, publiée sur Facebook.

Capture d’écran Facebook Plusieurs manifestations ont eu lieu depuis la mi-février dans la province orientale du pays, qui est à la fois celle des puits de pétrole et celle où vit la minorité chiite du pays. Elles ne regroupaient le plus souvent que quelques dizaines de participants qui demandaient essentiellement la libération de prisonniers politiques, en particulier celle du cheikh chiite Tawfik al Amer, arrêté après avoir, au cours d’un prêche, appelé à une monarchie constitutionnelle. Elles n’en ont pas moins été systématiquement dispersées par les forces de l’ordre qui auraient procédé à une trentaine d’interpellations. Le samedi 6 mars le ministère de l’intérieur rappelait dans un communiqué que les manifestations étaient interdites en Arabie Saoudite, et la police autorisée "à prendre toutes les mesures nécessaires".

Des pétitions circulent pour demander à la fois des réformes politiques et plus de transparence dans les dépenses. La pétition est la seule forme de contestation autorisée dans le royaume et ce n’est pas la première fois que cette façon d’attirer l’attention de la monarchie est utilisée. Cela avait été notamment le cas dans les années 1990 après la première guerre du Golfe, puis de nouveau en 2003. A l’origine de ces pétitions on retrouve presque toujours les même familles politiques : des intellectuels libéraux, des militants des droits de l’homme et des islamo-réformateurs. Leurs revendications n’ont pas non plus beaucoup varié dans le temps. Mais le nombre de signataires a augmenté. Les trois principales pétitions de ces dernières semaines auraient rassemblé plus de 1500 personnes.

La jeunesse, nouveau souffle de la contestation

Phénomène plus nouveau, des jeunes semblent depuis peu vouloir engager une action contestataire. A travers les réseaux sociaux, mais aussi, comme leurs aînés, à travers des pétitions. S’ils souhaitent eux aussi des réformes politiques, ils demandent en priorité des mesures contre le chômage et la pauvreté. Une contestation sociale, sur fonds de "printemps arabe" qui a de quoi inquiéter les autorités.

Le chômage des jeunes est en effet le problème numéro un de l’Arabie Saoudite. Le pays compte aujourd’hui 70% de moins de 30 ans. Or 40% de ces jeunes (et il ne s’agit que des jeunes hommes !) sont au chômage et la moitié de ceux qui travaillent gagnent moins de 3000 riyals (575 euros) par mois, alors que chacun des 7000 à 8000 princes de la famille royale touche une allocation qui, selon l’un des télégrammes diplomatiques américains reproduits par Wikileaks, irait de quelques milliers de dollars à 250 000 dollars.

Le roi Abdallah a annoncé fin février la création prochaine d’une allocation chômage, à l’instar de ce que viennent de faire les émirats de Bahrein et de Koweit, confrontés au même problème. Il s’est aussi engagé à titulariser quelque 90 000 jeunes qui travaillent actuellement en CDD pour le secteur public. Mais le problème de fonds est ailleurs.

Le pays manque d’entreprises et les employeurs de celles qui existent préfèrent, même lorsqu’ils sont eux même saoudiens, embaucher des étrangers, jugés mieux formés, plus efficaces, et moins exigeants. Cette situation, qui fait de jeunes les exclus du système, est potentiellement explosive. Même si l’Arabie a les moyens de gagner du temps en puisant dans un bas de laine estimé, avant la dernière hausse des cours du pétrole, à 440 milliards de dollars.

L’Espress


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