BACHIR LEHTIHET (ANCIEN CENTRAL DE LA JSD DU NAHD ET DE L’EN DES ANNÉES 60) /Il a laissé l’empreinte d’un « grand »

Formé à la Jeunesse sportive de Djidjel (JSD) où il est devenu un joueur emblématique, Bachir Lehtihet, restera un des meilleurs arrières centraux que le football algérien ait pu enfanter. A 16 ans (en 1953 et en cadet) lorsqu’il débute officiellement la pratique, il présente déjà une technique, une intelligence et une assurance remarquables. Il gravit très vite tous les échelons au point de faire partie de l’équipe fanion à seulement 17 ans. Mis en confiance par les responsables du club, qui n’ont d’yeux que pour lui, le jeune Bachir affiche de très belles aptitudes et devient même, malgré son jeune âge, le centre d’intérêt de l’équipe. Aux côtés des autres figures marquantes d’ « Ennemra » C C’est ainsi qu’on appelle la JSD), tels les frères Hadji, Boubzari, Djoufelkit, Carlos Gomes, les frères Moussaoui, Kihal, Himeur, Boudergui etc …., fait étalage d’un impressionnant « bagage ».
Au NAHD, où il aboutit en 1969, le « vérouilleur » de jijel, éclate littéralement au point de devenir là aussi et très vite, une réelle pièce maîtresse. Intraitable, vigilant et « sec », Bachir Lehtihet remplit admirablement bien son contrat. Se montrant très réceptif aux précieux conseils de l’entraîneur français René Vernier, il n’en finira pas de surprendre et de faire plaisir aux responsables et inconditionnels qui lui doivent beaucoup d’estime. Sa grande réussite aux côtés des stars de l’époque (Ouchen, Nazef, Djebbar, Youcef, Bouyahi, Metrah) fait de lui le réel équilibre de l’équipe. C’est aussi au poste d’arrière central un poste qui sied à merveille à ses aptitudes et son caractère que Bachir Lehtihet se fraye un chemin au sein de l’équipe nationale qu’il rejoint dès la saison 66/67.Fort de son immense talent et de ses grandes qualités morales, l’enfant terrible de Jijel devient redouté et respecté à la fois sur tous les terrains d’Algérie. En somme, Bachir Lehtihet a laissé l’empreinte indélébile d’un footballeur racé mais aussi d’un gentleman apprécié par tous. Abdenour Belkheïr.
« Mustapha Zitouni était mon modèle »
Que devient Bachir Lehtiehet ? Cela fait près de dix ans maintenant que je suis devenu cadre retraité d’Air Algérie. Le temps libre me permet de m’occuper de ma petite famille et de m’entretenir en faisant du sport.
Pouvez-vous nous rappeler votre itinéraire sportif ? Mes premiers pas officiels, je les ai faits en 1953 avec les cadets de la JSD. J’étais attaquant et je n’ai pas attendu longtemps pour faire partie de l’équipe fanion. A la JSD, je resterai jusqu’à la saison 69 après avoir été entraîneur joueur en 66/67 sur insistance du regretté entraîneur Abdelkader Abderkane et avant la venue du regretté gardien de but Carlos Gomes, international portugais décédé en 2006. Au lendemain de l’avènement de la réforme sportive, en 77/78, j’enfile le maillot de l’équipe du NAHD parrainée par Air Algérie, entraînée par le regretté René Vernier ancien entraîneur joueur de la glorieuse équipe de l’AS Saint Etienne et ancien coéquipier des frères Abderrahmane et Mohamed Soukhane au FC Rouen. Au NAAHD (il insiste sur la lecture des 2 “A”), je continue à jouer jusqu’à la saison 71/72, non sans avoir été encouragé par Vernier à passer les diplômes d’entraîneur, d’initiateur du 1er et 2e degré.Je deviens en 74/75, l’entraîneur du Widad d’El Biar et de la SNTV d’Hussein Dey. Je ne peux continuer à travailler et mettre mon expérience au service des jeunes, car la mentalité et les mœurs du football ont commencé à péricliter. Depuis, j’ai décidé de mettre une croix sur ma carrière d’entraîneur.
Par quoi est orné votre statut d’international ? C’est durant la saison 66/67 que j’ai été sélectionné pour la première fois. C’était à l’occasion du match joué à Oran contre Legea de Varsovie. J’ai également fait partie de l’équipe nationale de police. Dans les deux sélections j’ai eu entre autres comme coéquipiers Seridi, Lalmas, Mattem, le regretté Hadefi qui était encore junior, Benferhat, Kalem, Selmi, le regretté gardien de but de Tiaret Krimo….
Que retenez-vous comme meilleur souvenir de votre carrière ? L’accession de la JSD en division 2 durant la saison 66/67. Avec des joueurs du cru, nous avons battu lors du match décisif joué au stade Benabdelmalek, le CSC par 1 but à 0. C’est moi qui ai inscrit le but.
Le plus mauvais ? La défaite en quart de finale de la coupe d’Algérie de la saison 68/69 jouée au stade d’El Annasser devant le NAHD m’a longtemps chagriné car le match était à notre portée.
L’entraîneur qui vous a le plus marqué ? Le regretté et légendaire Benkinouar dit familièrement Da Hmoud, le regretté Abdelkader Aberkane, décédé dans un accident de la circulation alors qu’il était de retour après avoir dirigé la JSD vainqueur de l’ESM par 4 buts à 2 à Mostaganem et le regretté René Vernier au NAHD.
Le dirigeant ? Le regretté Mohamed Khellaf qui était en quelque sorte la cheville ouvrière de la JSD, m’a profondément marqué par ses immenses qualités d’éducateur, son altruisme et son humilité. Il était l’âme du club.
L’arbitre ? Ahmed Khelifi, Benzellat, Benghezal, Aouissi, Benganif et le regretté Chekaïmi constituaient la crème de l’arbitrage de l’époque. Je dirais qu’il est difficile, voire impossible, de les remplacer.
Avec quel joueur aviez-vous le plus d’affinités tant sur le terrain qu’en dehors ? Je me sentais réellement proche de tous les joueurs. Ouchen, Nazef, Selmi, Aït Chegou Noureddine, Mustapha Zitouni, El Kolli, Abderhmane Meziani étaient tout de même mes préférés. Nos relations et notre sincère amitié n’ont pas changé depuis.
Quel est l’attaquant que vous craignez le plus ? Hacène Lalmas et Hacène Tahir étaient très difficiles à surveiller. Lalmas pour sa clairvoyance et ses coups de génie. Tahir pour sa roublardise et son provocateur et son sens du but.
Avez-vous pensé à une carrière pro ? Ce n’était pas la peine de songer à jouer à l’étranger même si bon nombre d’entre nous avaient les bagages requis. Aucune sortie n’était autorisée par les hautes instances du pays. Sans cette draconienne mesure, qui aurait pu retenir les Lalmas, Belloucif, Zefzef, Bouden, Bentahar, Meziani et j’en passe.
Que vous a apporté le football ? En jouant au football, j’ai surtout noué d’excellentes relations humains, beaucoup voyagé et appris à connaître toutes les contrées de mon pays. Le football m’a aguerri et m’a discipliné
Et si c’était à refaire ? Je ne réfléchirai pas par deux fois pour le refaire, à condition de vivre dans la même ambiance que j’ai connue à mon époque, c’est-à-dire jouer pour l’amour du club et du jeu lui-même.
Que pensez-vous de la montée de violence ? Elle est inexplicable, car les actes enregistrés sur le terrain ou en dehors sont gratuits et n’ont aucune logique. La violence en tous genres qui n’existait aucunement à mon époque, est devenue un réel exécutoire pour les jeunes mais aussi pour les moins jeunes, ce qui est encore plus condamnable. Pour bannir à jamais ce fléau, les pouvoirs publics doivent intervenir en trouvant la solution la plus radicale.
L’apport des techniciens étrangers est-il la solution idoine pour notre football ? Je suis pour les entraîneurs étrangers qui ont une carte de visite bien remplie et qui ont fait leurs preuves au plus haut niveau. Je suis par contre les techniciens étrangers qui viennent en Algérie pour faire leur apprentissage et se sucrer sur le dos de notre football. Il existe chez nous des entraîneurs valables qui doivent être encouragés et encadrés dans le cadre de leur recyclage par des experts étrangers.
Votre modèle de joueur ? Mustapha Zitouni. Il était la classe à l’état pur. A l’étranger, je préférais et de loin l’Anglais Baby Charlton.
Vos principales qualités sur le terrain et en dehors ? C’est difficile de porter un jugement sur soi-même. Je pense tout de même avoir excellé avec ma régularité et mon registre technique complet. En dehors du terrain, j’étais comme je le suis aujourd’hui, c’est-à-dire quelqu’un de sociable et gentil.
Vos défauts majeurs ? Mauvais perdant par dessus tout. Dans ma vie de tous les jours, j’ai souvent souffert de ma gentillesse exagérée. .
Qu’appréciez-vous le plus chez l’homme ? J’ai énormément de respect pour quelqu’un de sincère et d’honnête.
Que détestez-vous le plus par contre ? L’égoïsme, le mensonge et la méchanceté gratuite.
Qu’est-ce qui peut vous rendre heureux ? Le fait de voir mes trois enfants tous universitaires réussir dans leur vie, tout en restant bien éduqués.
Qu’est-ce qui par contre peut vous énerver ? Voir des gens ne pas manger à leur faim.
Avez-vous un quelconque regard sur la JSD actuelle ? L’équipe continue depuis des années à se morfondre dans les profondeurs de la hiérarchie. C’est certainement le manque de travail en profondeur, de stabilité des staffs dirigeant et technique, ainsi que l’infrastructure sportive qui a longtemps fait défaut à travers toute la région.
Et dire que ce n’est pas la pâte qui manque à Jijel.
Avez-vous un quelconque passe-temps favori ? Je m’entraîne toujours au rythme d’une séance par semaine, en jouant au football avec des amis au stade de la DNC au Caroubier. Il m’arrive de prendre part à des parties de pétanque.
Etes-vous branché politique ? Je m’intéresse à ce qui se passe dans mon pays et à travers le monde sans plus.
Avez-vous un homme politique préféré ? J’en ai quelques uns et je ne dévoilerai pas leurs noms. Votre plat de cuisine préféré ? Le couscous sous toutes ses formes.
On vous laisse le soin de conclure… Je souhaite vivement que la violence quels que soient sa nature et son degré soit à jamais bannie. Je souhaite aussi que notre football retrouve son rang et ses valeurs, et que notre EN se qualifie à la coupe d’Afrique et au Mondial sud-africain. C’est difficile certes mais ce n’est pas impossible.
Entretien réalisé par Abdenour B.



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