BOUMEDIÈNE DERKAOUI. Président-directeur général de Saidal, Je dérange des groupes d’intérêts

vendredi 18 mars 2011
par BENKAM
2 votes

En désignant clairement le lobby des importateurs sans le citer, le PDG de Saidal dénonce le complot dont son groupe fait l’objet depuis l’affaire Rhumafed*. Il a accepté de revenir en détail sur les dessous du dossier et sur les tensions que génère la politique du gouvernement. Car la volonté de développer la production nationale, dans le secteur de la santé comme ailleurs, dérange plus d’un.

● Le ministre de la Santé a déclaré fi n février que l’affaire Rhumafed avait été « montée de toutes pièces » pour nuire à la production nationale et au groupe Saidal. Que voulait-il dire ?

J’ai des documents prouvant qu’il s’agit réellement d’une cabale contre le groupe Saidal. Le 17 janvier, nous avons été alertés par notre usine de Batna sur une erreur s’était produite dans le conditionnement. Il ne s’agissait en aucune façon d’une confusion entre des médicaments, ni rien de dangereux qui nous pousse à lancer une alerte auprès des citoyens. Nous avons donc demandé le retour du lot, qui ne dépassait pas les 500 boîtes, et le problème a été réglé. Le 20 janvier, Saidal en a référé au ministère de la Santé, en tant qu’autorité sanitaire, pour savoir s’il était nécessaire qu’il informe la population sur l’incident. Ce dernier a estimé que, dans la mesure où il n’y avait pas de danger pour les citoyens, une telle opération ne se justifi ait pas. C’est pourquoi d’ailleurs le groupe n’a pas jugé utile de communiquer l’information. Nous avions fourni les détails à un journal qui nous avait sollicités, mais lui aussi avait n’avait pas jugé utile d’en parler. Une semaine plus tard, le quotidien Ennahhar est revenu sur cette histoire en lui donnant une dimension plus grave, parlant de danger de mort. Puis des SMS et des emails ont commencé à circuler. J’estime que cela relevait de l’orchestration et de l’acharnement. Le Syndicat national algérien des pharmaciens d’offi cine a même affi rmé qu’aucune offi cine n’avait signalé une quelconque anomalie. Nous considérons qu’il y a eu une volonté manifeste de détruire le groupe. Statistiquement, aux Etats-Unis, il y a eu 1700 rappels de lots de médicaments en 2010, idem en Suisse et dans d’autres pays européens. Les plus grands laboratoires pharmaceutiques rappellent systématiquement des lots pour des erreurs plus graves sans que des scandales soient déclenchés.

● Qui peut avoir un intérêt à grossir l’affaire ?

Des groupes d’intérêts ont des comptes à régler, des groupes ayant des avantages à préserver. Ou alors Saidal dérange avec son plan de développement ambitieux pour couvrir le marché national. Il est clair pour moi que ces groupes d’intérêts ont peur de nous voir réaliser 16,5 milliards de dinars en quatre ans seulement.

● Vous accusez des laboratoires étrangers, ou des importateurs et conditionneurs de médicaments d’avoir agressé votre groupe… Pourquoi ne donnez-vous pas de noms ?

Je m’interdis de porter des jugements, encore moins de citer des noms. J’en profi te pour démentir le fait que j’ai accusé des laboratoires étrangers d’être derrière cette cabale. Personnellement, j’estime que ces derniers, dont certains sont classés parmi les meilleurs mondialement, ne se sentent pas menacés par notre groupe. Les groupes d’intérêts dont je parle ont un marché de 1,5 milliard d’euros et importent à hauteur de 70% de médicaments. Moi, je les appelle les rentiers. Sans leur rente, ils ne valent rien. Certes, nous avons fait une erreur, mais nous prendrons nos dispositions pour que ce genre d’erreur ne se reproduise plus. Nous allons également mieux communiquer, car tout le monde a critiqué le silence du groupe. Nous savons que malgré cela, nous allons encore être attaqués. Il y a d’ailleurs eu une deuxième tentative de déstabilisation du groupe. Ces derniers jours, des journaux ont parlé de dix cadres de Saidal incarcérés. C’est faux. Ces derniers n’ont rien à voir avec l’affaire Rhumafed. Nous avons sanctionné administrativement toute la chaîne de production, soit sept employés pour l’erreur commise, sans aucune volonté malsaine.

● Le ministre de la Santé a également appelé votre groupe à mener une action en justice afi n de dévoiler les auteurs du complot…

Notre avocat est chargé de porter l’affaire en justice. Des éléments importants seront mis à la disposition de la justice, qui seule pourra détecter les auteurs de cette cabale. Il existe des informations que nous jugeons importantes et dont les enquêteurs pourront se servir. Maintenant, je me retrouve sur deux fronts, interne et externe. Nous avons identifi é des personnes au sein de l’entreprise impliquées dans cette affaire, dont une a déjà été licenciée. Ce front, qui use de tout pour nous nuire, comme la falsifi cation de documents, est facile à maîtriser. Il nous reste le front extérieur face auquel nous n’aurons pas droit à l’erreur. Nous devons créer une cohésion et une stabilité intérieure et entrer dans les standards internationaux afi n d’encourager la richesse humaine dont dispose l’entreprise. Mes employés sont mal payés. Le salaire et le statut seront revus pour que nos cadres ne soient plus débauchés. Je suis fi er que Saidal demeure un centre de formation. Maintenant, mes cadres ont de l’espoir et croient en l’avenir de l’entreprise et ils ne seront pas déçus.

● Le groupe ambitionne de lancer un programme de développement extrêmement important de 160 millions d’euros pour construire sept usines, et atteindre un taux de couverture de 40% des besoins du marché national…

Nous comptons, à long terme, couvrir 70% des besoins nationaux. Dans quatre ans, nos ambitions visent 35% du marché national, et l’avenir nous dira si le groupe en sera capable. Nous sommes dans la phase fi nale du projet de construction des sept usines. Nous lancerons des appels d’offres avant la fi n de ce premier semestre. Pour conforter notre position de leader, nous allons miser sur nos deux atouts : les prix les plus bas du marché et la contribution à l’allégement des frais de la caisse d’assurance sociale. ● Après le lancement de l’insuline de Saidal, les hôpitaux et les offi cines continuent de s’approvisionner en produits étrangers. Peut-on parler d’un boycott de l’insuline de Saidal ? Non. Notre insuline se vend normalement. Après les dernières mesures prises pour encourager la production nationale, interdisant l’importation de tout produit fabriqué localement, nous considérons que les choses vont mieux. Nous avons d’ailleurs un projet de couvrir la totalité du marché local d’insuline dans le cadre d’un partenariat. Nous y travaillons encore. *En février, des rumeurs ont circulé selon lesquelles du Cardital, un médicament contre les maladies cardiaques, avait été emballé dans des boîtes de Rhumafed.

El-Watan


Bio express

Né en 1948 à Saïda, Boumediène Derkaoui décroche un DEA en macro-économie en France puis une licence en gestion à l’université d’Alger. Il repart en France pour un BTS en chimie. Il fait toute sa carrière à l’usine Sonipec comme cadre. Puis il effectue un bref passage au Centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement, comme chef de projet. Il occupe, un mois après les événements de 1988, le poste de conseiller chargé des relations sociales du ministre de l’Industrie lourde. De 1989 à 1991, il est chef de cabinet au ministère du Travail. En 1991, il revient à l’usine comme dirigeant de la filiale Emac/ Sonipec jusqu’à 1996 où il devient président de la holding publique « Industries manufacturières ». En 2000, il est secrétaire général du ministre de la Participation pendant deux ans. Puis il devient consultant auprès des cabinets nationaux et internationaux jusqu’en mars 2010 pour prendre, un mois plus tard, la tête du groupe pharmaceutique public Saidal.


Noter cette article :
2 votes
bottom

Réactions

Logo de Hadj Moussa
samedi 19 mars 2011 à 18h14, par  Hadj Moussa

Un pur produit de la génération Sonipec : très bonnes bases tehniques, moralité, honnêteté et nationalisme. Malgré les postes prestigieux qu’il a occupés, il habite toujours dans le même appartement depuis 35 ans, ce qui est exceptionnel quand on sait que des cadres qui ont intégré Sonipec bien après lui se sont retrouvés propriétaires d’affaires et de biens immobiliers valant des fortunes (vous en connaissez bien à Jijel…)
Ce fils de chahid qui n’a jamais oublié pourquoi son père s’est sacrifié, est allé, lors d’une conférence de presse, jusqu’à traiter de harkis de notre époque la mafia des importateur qui sont prêts à saboter leur propre pays pour augmenter leur chiffre d’affaires.
Ce n’est qu’avec ce genre de gestionnaires que notre pays pourra se redresser si la volonté politique y était. Courage Boumediène et que Dieu te protège !

tonimage tonimage

Top Articles