BOUYYACHA

Pour accueillir et fêter Achoura, les familles jijéliénnes ont recours à une recette de "grand-mère" qui consiste à préparer un plat typiquement traditionnel, ancestral et dont les origines demeurent encore mystérieuses et obscures. Aucune source n’est disponible pour éclairer l’énigmatique "Bouyyacha". Les personnes âgées, plus particulièrement les femmes, se contenteront de dire qu’elles ont hérité cette recette des aïeux.
Quoi qu’il en soit, le relais a été transmis et demeure encore, entre les mains de la population jijélienne, qui affûte ses papilles gustatives, au petit matin de cette fête religieuse, ancrée dans les mœurs en dépit des évolutions vécues çà et là. Ainsi, la préparation de ce plat traditionnel typiquement jijélien, persiste toujours dans cette ville côtière qui s’accroche, bec et ongles, aux us et coutumes léguées par les ancêtres. La célébration de la fête religieuse de l’Achoura est accueillie en "grandes pompes" par un plat populaire dont l’art de préparation exige minutie, "petits calculs" et des touches exceptionnelles. "Bouyyacha", un terme pour le moins barbare et aux origines obscures, encore moins intraduisible dans d’autres langues, est, en fait, un amalgame de grosse semoule, de dattes sèches dénoyautées et coupées en deux, d’huile d’olive, le tout placé dans un seau métallique hermétiquement fermé ou mieux, dans la panse du mouton de l’Aid El Kébir, séchée et jalousement conservée, pour être cuit en bain-marie pendant au moins…huit heures d’affilée, sinon plus, selon la quantité de la farce élaborée. Cette recette ancestrale, qui s’apparente à un "plat de guerre", de par sa consistance et sa teneur énergétique, est consommée à froid le matin, au petit déjeuner par toute la famille.
Selon certaines sources, cette recette proviendrait de la vieille Albion et introduite en Algérie, il y a plusieurs siècles, "pour gaver l’estomac des esclaves affectés aux travaux pénibles". Aucun écrit n’est cependant disponible pour vérifier de telles assertions. Cependant, "Bouyyacha" ressemble curieusement au plum pudding anglais, dont la préparation nécessite elle aussi plusieurs heures dans les cuisines d’outre-manche ! Un parallèle entre la recette de Jijel et celles des Anglais montre qu’il y a une quasi-similitude dans les ingrédients, la façon de préparer et le temps de cuisson. Le pudding anglais requiert jusqu’à sept heures de cuisson et une certaine dextérité. Certaines cuisinières anglaises vont jusqu’à le préparer de six mois à un an d’avance ! Pas moins de vingt sept ingrédients entrent en lice pour faire un bloc, une sorte de moule qu’on rencontre dans les pâtisseries. Outre la cuisson "rapide" de 7 heures, les femmes anglaises peuvent aller jusqu’à 216 heures de préparation avec 7 jours rien que pour la macération, pour bien réussir ses saveurs, et dont le service prend parfois des airs de gala. Dans les deux cas de figure, "Bouyyacha", et le pudding très "british" sont entourés de rites dans leur préparation et dans leur service. Recette de grand-mère, "Bouyyacha" donne toujours l’eau à la bouche tant son nom est chuchoté par les familles jijéliennes à quelques jours de la fête de l’Achoura.
Par Noufi



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