Black list

Black List : quand un ministre arabe convoque l’ambassadeur US
La scène se passe dans le bureau d’un ministre arabe des relations extérieures. S’y trouvent l’ambassadeur américain et le ministre, sans aucun autre témoin que notre petite souris transgénique équipée du matériel d’écoute le plus performant qui existe et qui a enregistré pour nous la conversation ci-après.
L’ambassadeur : Pouvez-vous m’expliquer l’objet de cette convocation ?
Le ministre : Je m’excuse tout d’abord d’avoir recours à une telle procédure mais il y a urgence…
Par M. Chouieb 12/04/2010
L’ambassadeur : Venons-en aux faits, vous savez, je n’ai pas de temps à perdre car, pour nous, time is money, le temps, c’est de l’argent. Comme pour vous le pétrole…
Le ministre : C’est à propos de cette malheureuse affaire de liste noire dans laquelle vous avez, par erreur, j’en suis sûr, inclus mon pays.
L’ambassadeur : Ce n’est pas du tout une erreur, nous avons des informations précises et récurrentes sur le fait que des citoyens de votre pays peuvent constituer une menace certaine pour la sécurité américaine s’ils venaient à pénétrer sur notre territoire. Et nous devons nous en protéger.
Le ministre : Mais vous connaissez notre lutte contre le terrorisme et les efforts que nous faisons pour rétablir la paix…
L’ambassadeur : Oui ! Je sais, mais la décision ne dépend pas de moi. Ni même de notre Président, d’ailleurs.
Le ministre : Pas même de votre Président !!!
L’ambassadeur : Je vais vous expliquer quelque chose qu’il vous sera très difficile de comprendre : les U.S.A. sont un pays démocratique, ce qui fait que le pouvoir réel appartient au peuple qui choisit ses représentants et qui, eux-mêmes, choisissent le Président. Ainsi, le Président lui-même est en permanence à l’écoute du peuple américain et s’il ne le fait pas, il risque gros sur le plan politique et, même, sur le plan juridique. Et, en ce moment, nos compatriotes ont peur d’un nouveau 11 septembre et nous devons prendre toutes les mesures pour les rassurer et leur montrer que nous prenons au sérieux leurs préoccupations.
Le ministre : Nous comprenons très bien vos problèmes et c’est pour cela que nous n’avons rien dit jusqu’au jour…
L’ambassadeur : Quel jour… ?
Le ministre : Vous savez bien…le jour où je suis venu dans votre pays pour une rencontre avec mon homologue. On pensait que les traitements spéciaux n’étaient réservés qu’aux simples citoyens mais, là, ils m’ont été appliqués dans toute leur rigueur, moi, tout ministre des relations extérieures que je suis !
L’ambassadeur : Ha ! Ha ! Ha ! Mais il ne s’agissait que d’un effroyable mistake, une erreur, une ghalata comme vous dites…
Le ministre : Expliquez-moi, je ne comprends pas…
L’ambassadeur : Vous savez…on peut être le pays le plus riche et le plus puissant du monde et être encore à la merci d’une erreur humaine. Et c’est ce qui s’est passé. A cause d’un manque de coordination entre les gens de la C.I.A. et ceux du F.B.I., ces derniers n’avaient pas des informations up to date, récentes, vous concernant. Il croyait avoir encore affaire à cet islamiste tendance pro-iranienne qui occupait le poste bien avant vous et qui, depuis, a été promu à des fonctions supérieures. Comme c’était un personnage que nous considérions comme très dangereux pour la sécurité des U.S.A., les services de sécurité étaient instruits pour lui faire subir le protocole de contrôle renforcé et c’est tombé sur vous parce que l’information n’avait pas été actualisée. Il ya eu confusion.
Le ministre : Je comprends… je savais bien que mes amis américains n’allaient pas me faire ça, eux qui connaissent ma fidélité depuis des décennies !
L’ambassadeur : Alors ? Tout est réglé maintenant ?
Le ministre : Hélas, non ! Car le peuple est au courant, la presse indépendante, vous savez… de ce que vos policiers m’ont fait subir et vont penser que, chaque fois qu’un personnage de notre gouvernement se rendra dans votre pays ou dans un de vos pays vassaux, comme la France, par exemple, il subira le même sort. Et cela est insupportable et très grave pour la pérennité de nos régimes qui ont toujours fait croire aux peuples arabes qu’ils étaient dirigés par des surhommes. Et si ces peuples se rendent compte que nous ne sommes que des hommes comme eux et, souvent, beaucoup moins qu’eux, je ne sais pas ce qui va arriver dans nos pays. Alors, pour nous, la seule solution, le seul moyen de couper court à ces sous-entendus, à ces germes de désobéissance, c’est que vous annuliez cette « black list ».
L’ambassadeur : Impossible ! Et je vous ai expliqué pourquoi.
Le ministre : Alors, si je comprends bien, le pétrole et le gaz à volonté, le rachat de votre dette par le biais de vos bons du trésor à coup de centaines de milliards de dollars, l’ouverture de notre marché, le démantèlement de nos entreprises, notre silence devant vos agressions envers les peuples musulmans, notre impassibilité devant votre soutien à la politique diabolique de votre protégé sioniste contre nos frères palestiniens, la souplesse de nos échines devant vos agressions en Irak, en Afghanistan et, bientôt, en Iran, tout ça ne compte pas.
L’ambassadeur : Mais si ! Ça compte énormément ! N’oubliez pas que nous vous tenons à bout-de-bras depuis plus de trente ans et que malgré vos excès, vous erreurs et vos manquements aux règles démocratiques les plus élémentaires, vous êtes toujours au pouvoir ! N’importe quel autre régime aurait été balayé pour dix fois moins que ça !
Le ministre : Comment faire alors ?
L’ambassadeur : Très simple ! Vous n’avez qu’à faire le boulot à notre place.
Le ministre : Comment ?
L’ambassadeur : On laisse dire que la liste noire a été supprimée et vous, vous effectuez les opérations de contrôle chez vous mais à notre compte. Comme ça, nous pourrons ficher tous vos citoyens et plus besoin de les palper ou de les scanner, les apparences seront sauves, les critiques n’auront plus rien à dire et nous, on saura tout sur tout.
Le ministre : Mais…on ne va quand même pas contrôler les gens chez nous avant qu’ils ne partent en voyage ou sans même qu’ils ne bougent ?
L’ambassadeur : Vous les contrôlerez tous, vous les ficherez tous, qu’ils voyagent ou pas, et vous nous transmettrez les informations.
Le ministre : Ce n’est pas possible…il nous faut, au moins, un prétexte.
L’ambassadeur : Dites que vous allez établir des cartes d’identité et des passeports biométriques pour une meilleure défense de la dignité et de l’identité nationales et que c’est comme ça que ça se passe dans les pays avancés. Et profitez-en pour leur soutirer toutes les informations qui nous intéressent. Et dites- leur que nous avons supprimé la black list, parce que nous avons été très sensibles à vos protestations, ça les calmera et ça les rendra plus malléables. Souvenez-vous en : plus c’est gros et plus ça passe. Vos peuples s’enflamment, certes, très vite mais, se calment tout aussi vite.
Le ministre : Très bonne idée mais il faut que j’en parle au Président.
L’ambassadeur : Pas la peine ! Laissez-le tranquille ! Vous savez bien qu’il ne supporte plus ni vos problèmes ni l’air de votre pays ! Et que vous risquez de lui gâcher son séjour en Suisse. Parlez-en plutôt à votre collègue de l’intérieur. Il saura comment faire…



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