La crise financière américaine et son impact sur l’économie algérienne

Selon l’analyse boursière que nous a livrée Noureddine Legheliel, analyste auprès de la banque suédoise Carnegie, les bons du Trésor ont même pris très légèrement de la valeur en augmentant de 0,37 point, tandis que les intérêts sont passés de 2,56% vendredi à 2,49% aujourd’hui.
Les Credit Default Swap (CDS), principal indicateur de solvabilité, se sont, de leur côté, stabilisés. Quant à la monnaie américaine, elle semble plutôt bien résister face à l’euro. Le krach des titres obligataires n’a donc pas eu lieu. Cela n’empêche pas l’analyste boursier de lever certaines ambiguïtés à propos de tout ce qui se dit actuellement sur la gestion des réserves de changes. Les inquiétudes autour d’une éventuelle dévalorisation des placements de l’Algérie à cause d’un glissement du dollar ont d’ailleurs été balayées par le financier, qui a insisté sur le fait que les bons du Trésor acquis depuis 5 ans ont pris 20% de valeur. Ce qui couvre, selon ce spécialiste, largement la perte de change du dollar. Il ajoute qu’il ne faut pas trop se laisser impressionner par les prévisions alarmistes de la presse financière internationale sur la base desquelles « nos économistes évoquent la perte de la valeur de nos placements ».
Néanmoins, l’économiste auprès de la Banque mondiale M’hamed Hamidouche ne partage pas totalement cet optimisme. S’il confirme que les titres acquis depuis 2008 ont pris de la valeur, les T-Bonds acquis au début des années 2000 ont subi des pertes du fait de la crise économique mondiale. Il estime également qu’il ne faut pas s’attarder sur les évolutions ponctuelles des cours mais les suivre dans leur globalité, sur une longue période. L’expert auprès de la BM préconise de s’intéresser à « la nature exacte » des placements sur laquelle la Banque d’Algérie entretien le secret le plus absolu. M. Hamidouche fait remarquer dans ce sens qu’il y a différents bons du Trésor.
Ainsi, dans le segment des obligations à coupon zéro qui ouvre droit à une rémunération annuelle en plus de la récupération du capital à échéance, il faut différencier entre les placements à court terme et ceux à moyen et long terme. Il explique ainsi que les placements à court terme sont sujets à de fortes spéculations, contrairement à ceux à moyen et long terme. L’économiste explique aussi que le problème qui se pose avec les bons du Trésor américain est que leur rémunération dépend des conditions du marché. Ainsi, le taux d’intérêt sur les obligations émises en 2001-2002 est passé de 3,5% à 0,75% aujourd’hui, en dessous du taux d’inflation. Ce qui est considéré comme un rendement négatif. Quant à la possibilité de perdre ses réserves de changes, M. Hamidouche minimise le risque, sans toutefois l’exclure.
La Banque d’Algérie entretient l’opacité
M. Hamidouche explique que si la Banque d’Algérie garde les titres qu’elle a acquis jusqu’au terme de l’emprunt, elle pourra récupérer son capital, ce qui semble être le cas aujourd’hui puisque l’Algérie dispose d’immenses liquidités. Cependant, si jamais le pays était confronté à un problème de liquidités et qu’il soit contraint de vendre les bons du Trésor qu’il détient avant terme aux conditions du marché, il expose les réserves de changes au risque de dévaluation. Et c’est là que l’expert interpelle la Banque d’Algérie et l’exhorte à s’expliquer sur de nombreux aspects liés à la nature des placements. Il s’agit en premier lieu de s’interroger à propos de la sensibilité des titres acquis, sachant qu’à une sensibilité de 5%, un titre obligataire perd 5 points de sa valeur sur le marché à chaque fois que le taux d’intérêt augmente d’un point.
L’expert évoque la durabilité, laquelle reflète le délai de retour sur l’investissement des placements effectués. Enfin, M. Hamidouche s’interroge si la Banque d’Algérie a pensé à une stratégie d’immunisation lors de l’achat des obligations. L’opacité entretenue par la Banque d’Algérie autour de toutes les questions qui concernent la gestion des réserves de changes dérange au plus haut point l’économiste.
Il a d’ailleurs considéré que le meilleur modèle de gestion des réserves est celui de la Norvège, lequel se caractérise par sa transparence. Le fonds souverain norvégien est doté d’un comité d’investissement représentant les élus pour prendre les décisions stratégiques. Il publie un rapport annuel pour rendre compte de toutes les opérations engagées et de leur rendement et transmet un compte rendu trimestriel au Parlement.
Cette opacité est également vivement critiquée par Abderrahmane Mebtoul, qui estime que le silence de la Banque d’Algérie alimente bon nombre de supputations. Il rappelle ainsi que si certaines sources donnent la structure des réserves à 45% en dollars, 45% en euros, 5% en yens et 5% en livres sterling, d’autres les donnent à 80% en dollars. Cela a contribué à créer la confusion autour du montant des réserves de changes. Ainsi, quand certaines analyses les estiment à 173,63 milliards de dollars, le bulletin de la Banque d’Algérie pour le mois de juillet donne un différentiel de 13 milliards de dollars sans les réserves en or et de 10,8 milliards de dollars en incluant les réserves en or, estimées 173,6 tonnes.
Les principaux acteurs de la question se sont d’ailleurs écartés eux-mêmes du débat. Du côté de la Banque d’Algérie, on nous répond stoïquement qu’on suit l’évolution de la situation et que si la Banque centrale voit qu’il faut intervenir, elle interviendra. Une affirmation plutôt laconique au vu des enjeux en place. D’ailleurs, le gouverneur de la Banque d’Algérie se refuse à tout commentaire. Une réticence à s’exprimer en tant que premier responsable de l’autorité monétaire qui ne reflète, malheureusement, que la soumission de l’institution financière au bon vouloir du discours politique.
Tandis que le monde entier multiplie les réunions d’urgence pour faire face à la crise, au ministère des Finances, on nous rappelle bien poliment que le ministre est très occupé à suivre les auditions ramadhanesques à El Mouradia. A méditer…
Melissa Roumadi
A. Mebtoul : L’Algérie ne doit pas céder ses placements aux Etats-Unis
L’Algérie doit garder ses placements en devises aux Etats-Unis sous forme de bons de Trésor américains en dépit de l’abaissement de la dette de ce pays par l’agence de notation Standard & Poor’s, a estimé l’expert M. Abderrahmane Mebtoul. « L’Algérie ne risque rien car ces placements sont garantis par les Etats et déposés dans les banques centrales et elle a tout intérêt à les garder à terme », a expliqué à l’APS cet économiste. Selon lui, l’Algérie risque la dépréciation de ces placements si elle décide de les revendre avant leur arrivée à terme sur un marché libre qui connaît actuellement une décote importante. « Il se pose la question de la dépréciation (des placements) sur les marchés libres en cas de revente avant terme. Pour lئAlgérie, il s’agit d’analyser les rendements, de voir si les placements l’ont été à court terme ou à moyen terme », précise-t-il. Et d’affirmer que « l’Algérie doit opter pour le statut quo en attendant au moins l’arrivée de ces placements à terme ». D’ailleurs, les plus grands créanciers des Etats-Unis à savoir la Chine et le Japon n’ont pas décidé de retirer leurs placements, note M. Mebtoul. « Effectivement, il faut s’inquiéter de la dégradation de la note de la dette américaine mais il faut éviter la sinistrose car si la Standard & Poor’s a dégradé la note américaine, après l’agence de notation chinoise (Dagong), elle n’a pas pour l’instant été suivie par des agences aussi importantes comme Fitch Rating et Moody’s », commente cet analyste. « Je ne crois pas à la faillite de l’économie américaine », car selon lui la situation de défaut de paiement que les Etats-Unis ont évité de justesse est interne et non pas externe. En tant que premier investisseur mondial, les Etats-Unis sont en mesure de mobiliser des capitaux importants de par le monde », explique encore cet expert. Par ailleurs, l’impact de la dégradation de la note de cette dette va peser sur les taux d’intérêt appliqués sur la dette américaine. « La hausse prévisible des taux d’intérêts avec le risque d’un ralentissement des investissements porteurs à maturation lente, combinée avec la dépréciation du dollar entraînera une poussée inflationniste », aux Etats-Unis comme en Europe, prévoit-il. « Pour l’Algérie qui importe 75% de ses besoins (entreprises et ménages selon les statistiques douanières) cela signifie également la hausse de la facture des importations », met en garde cet expert. « Il faudrait entamer un débat serein sur les options d’utilisation des réserves de change pour éviter des rumeurs dévastatrices nuisibles à l’Algérie », préconise encore cet expert. Lire aussi sur Algérie Plus, sur le même sujet, l’analyse plus détaillée sur la dette souveraine américaine et son impact sur l’économie algérienne du même auteur, le Professeur A. Mebtoul, dans la rubrique « Passerelle ».
L’Algérie est en passe de perdre plusieurs dizaines de milliards de dollars en valeur. A qui la faute ?
(Communiqué de Jil Jadid)
La crise financière américaine qui va très vite se transformer en crise boursière puis en dévaluation drastique du dollar aura des répercussions mondiales rapides et intenses. Comme nous l’avions écrit dès l’année 2009 (1), cet effondrement très prochain de la valeur du dollar était attendu depuis plusieurs mois (en fait depuis au moins 2008).
Or, l’Algérie possède des réserves financières (excédant dû à la transformation de notre patrimoine naturel d’hydrocarbures en papier vert d’imprimerie), qui dépasseraient les 170 milliards usd. Il semblerait que rares sont les personnes qui auraient une idée précise de la gestion de ces fonds. Une bonne partie serait confiée à la bonne garde des Etats-Unis sous forme de T-Bonds.
A part notre gouvernement, toute personne censée au fait des affaires du monde, savait depuis longtemps qu’il s’agit là du plus mauvais placement. Ayant personnellement écrit à ce sujet en attirant l’attention de l’opinion publique sur l’inéluctabilité de la dévaluation du dollar (dernier recours pour les Etats-Unis pour éponger une partie de leurs faramineuses dettes et ce, au détriment de pays tiers) et sur la nécessité pour l’Algérie de préserver ses avoirs en les transformant essentiellement en or (2 et 3) je ne peux qu’affirmer aujourd’hui, encore une fois, que nos dirigeants ont fait preuve soit d’un aveuglement coupable et d’une incompétence crasse, soit d’un choix délibéré en échange d’un soutien politique de la grande puissance. Il ne faut pas oublier qu’en Novembre 2008 (donc après le crach boursier de septembre 2008), le Président de la République avait décidé de mettre à exécution le changement constitutionnel pour lever la limitation des mandatures ! Faudrait-il voir ici une négociation de haut vol, pour un silence complice contre le patrimoine du pays et une compensation à l’annulation de la loi sur les hydrocarbures ?
Quoi qu’il en soit, nous sommes à la veille d’un dérapage de la valeur du dollar qui peut atteindre 30 à 50% d’ici quelques mois, une récession mondiale qui se traduira par la baisse rapide du prix du baril de pétrole et un renchérissement inflationniste en partie importé (la valeur de nos importations pour l’essentiel en euro va croitre très fortement) et en partie interne à cause d’une politique gouvernementale irresponsable et incapable de prévoyance. A ce rythme, l’Algérie verra s’évaporer toutes ses réserves en quelques mois. Et bien sûr, nos gouvernants viendront encore une fois, nous dire que l’Algérie n’est pas concernée par la crise, comme elle n’est pas concernée par le printemps arabe, et qu’en tous les cas, ce n’est pas de leur faute s’il y a une crise mondiale qui laminera le pays !
Les épreuves que l’Algérie va devoir affronter pour très bientôt, nécessitent un renouvellement profond et rapide des hommes qui sont aux commandes. Plus que jamais, l’Algérie a besoin d’hommes jeunes, actifs et capables de comprendre ce qui se passe vraiment dans le monde. Dans le cas contraire, le peuple ne tardera pas à scander en chœur et dans les rues de toutes les villes à l’attention du pouvoir : « Irhal ! », dégage !
Le coordinateur de Jil Jadid,
Soufiane Djilali
(1) 1er Novembre : Quel monde attend les héritiers du flambeau national ? In Le Soir d’Algérie du 27 octobre 2009.
(2) Voir plusieurs textes sur jiljadid.com
(3) L’Algérie en question, édité à compte d’auteur, juin 2011.
El-Watan/APS/Soufiane Djilali Le coordinateur de Jil Jadid,




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