Bouteflika candidat, Soltani en velléitaire : Corruption, Politique fiction et réflexes pavloviens

mercredi 7 décembre 2011
par Ahmed Selmane

M.Boudjerra Soltani, leader présumé du MSP, a quelques velléités d’être, et voilà - réflexe pavlovien de gardiens de la maison ? – que des journalistes lui tombent dessus sur le mode de la révulsion. Curieuse manière d’informer ou d’éclairer. A moins que ce ne soit une réaction épidermique à la « vague verte » qui essaime sur l’Afrique du Nord et contre laquelle on n’ose pas s’afficher franchement après l’avoir adulée sur le mode printanier. On a des journaux remarquables. Ils ne comprennent pas que l’Algérie rate le « printemps » et n’hésite pas à bombarder un propos velléitaire d’un islamiste du pouvoir qui s’exprime sur le mode amusant du « retenez-moi ou bien je m’envole ». La bonne attitude serait de l’encourager : « Envole-toi donc, qu’on voit s’il te reste une capacité de bouger après vingt ans de bons et loyaux services au régime de l’immobilité ». Pourquoi dissuader Soltani de jouer la très vieille partition du MSP, entamée avec un peu plus d’inventivité lexicale sous feu Mahfoudh Nahnah, qui consiste à être constamment en train de « quitter » le gouvernement ; comme les tenants de régime sont constamment en train de « transmettre-le-flambeau-aux-jeunes-générations ». Il faudra y ajouter le reflexe pavlovien journalistique qui consiste « à tirer sur le barbu même quand il est oxygéné », selon la formule d’un retraité de la presse qui s’amuse de voir à quel point le reflexe de « gardien du régime » est incrusté dans les esprits. Les islamistes « similaires » à Soltani gagnent en Tunisie, au Maroc et en Egypte… et du coup, les réflexes fonctionnent sur un mode agressif et révulsé. Cela est surtout éclairant du fonctionnement de la presse comme partie intégrante du blocage général où M.Soltani fait mine de bouger, la presse s’enflamme pour le remettre à sa place – celle que lui a donnée le régime durant ses deux dernières décennies – tandis que M.Belkhadem joue à l’immobilisme caricatural en annonçant que Bouteflika sera le candidat du FLN à la prochaine présidentielle s’il le veut bien.

Bouffonneries et jeux de rôles

Demander à Boudjerra Soltani de « rentrer dans le rang » a quelque chose de puéril, sachant qu’il n’est pas un créateur et qu’il se contente de jouer son rôle dans les limites qui lui sont imparties… Des limites qui transforment les hommes politiques en bouffons et qui ont en trainé sur deux décennies un départ en douce de très nombreux cadres du MSP. Au lieu de demander à Soltani de rentrer dans le rang, il faut l’encourager. Pour vérifier s’il ne joue pas une nouvelle partition – qui sait, se dit-on au sein du régime, si « vague verte » il y a, autant qu’elle soit pâle et surtout qu’elle soit « N’taana, à nous ! – de la comédie de « l’ouverture » politique qui n’en finit pas, elle aussi, d’être annoncée. Et accessoirement, si cette ouverture improbable se fait, vérifier si l’on peut survivre à des décennies de renoncement et de lobotomisation. Pour l’heure, il n’y a pas de raison de changer de lecture : Soltani n’est pas en train d’écrire une pièce, il lit un texte. Ceux qui tapent sur des députés hyper-obéissants en les accusant de « bloquer » les « réformes du président » (Soltani vient de les rejoindre !) jouent aussi un rôle ! Car le régime algérien, n’en déplaise à ceux qui cherchent des sophistications qui n’existent pas, n’a rien de mystérieux. Les députés obéissent, ils ne sont autorisés qu’à introduire, parfois, un amendement pour « libérer » la vente de la fripe ou pour bloquer l’augmentation du prix du « gasoil »…. Les accuser de « bloquer les réformes du président », cela fait « chic », cela crée un semblant de dramatisation. Il suffit de reprendre les textes qui leur sont soumis par le gouvernement : ils n’ont aucun effort à faire. Tout est dans le déplacement d’un mot ou dans la reconfiguration d’une phrase pour continuer à empêcher les Algériens de bouger et d’accéder à l’âge de la politique et de l’organisation. « Nous n’avons pas vidé les réformes de leur contenu » a juré Abdelaziz Belkhadem, présumé secrétaire général du FLN. Il faut le croire. Car il n’y a pas de réformes et il n’y a pas de contenu. Il n’y a encore – jusqu’à preuve du contraire – que des présumés hommes politiques qui s’agitent sur une fausse scène politique et des journaux qui réagissent, au quart de tour, comme s’ils étaient programmés.

Ciel, le Conseil de la nation existe !

M.Medelci Mourad, ministre officiel des affaires étrangères de l’Algérie sera entendu demain devant la commission des affaires étrangères du parlement français. Son porte-parole, Amar Belani, a réagi aux commentaires suscité par l’emploi équivoque du terme « auditionné » par la presse. Ne vous braquer pas, auditionner veut dire écouter. Pas de quoi de sentir des flétrissures à son patriotisme. Pour calmer ceux qui trouvent que la politique extérieure algérienne n’a aucune lisibilité pour les Algériens et qu’ils auraient aimé « entendre » le ministre officiel des affaires étrangères leur expliquer les choses avant d’aller le faire chez les Français, le système algérien a fait preuve d’une extraordinaire prouesse. Il a organisé, en un tour de main, une « audition » du ministre officiel des affaires étrangères par la Commission des affaires étrangères du sénat ! Qui a dit que le Conseil de la Nation et l’APN ne servaient à rien. Voilà donc l’honneur est sauf. Medelci a « parlé » aux Algériens avant d’aller le faire chez les députés français. Il faut surtout souligner la vigilance de M.Belani qui a eu l’intelligence de se mettre sur facebook – et d’encaisser au passage – pour prendre le pouls de ce qui se dit. Voilà donc ! A une agitation sur « mot », a répondu une éclatante démonstration du caractère « vivant » des institutions algériennes ! Amen ! Medelci, ira donc en paix à Paris. Il a été précédé par Claude Guéant, ministre anti-étrangers de la République française, qui est venu appuyer les « réformes » du président Bouteflika. Dans les arcanes du régime, on attend, avec impatience, une visite de Mme Hillary Clinton, pour accéder à la caution suprême. L’Algérie officielle pense toujours que l’Aqmi est un motif persuasif. C’est ce qu’elle expliquera à Paris et à Washington. Sans se soucier de ce que pensent les Algériens. Seul Amar Belani, porte-parole du ministre officiel des affaires étrangères, contaminé par facebook, a l’air de se soucier de ce que disent quelques Algériens. Belani finira sans doute par se fatiguer. Ou alors, on lui dira de fermer son compte facebook. Comme ça, il ne se passera rien. Et le ministère officiel des affaires étrangères continuera à faire ce qu’il a toujours fait : parler au « centre » sans penser à ce que pensent les Algériens.

Corruption, as usual

Dans le rapport 2011 de Transparency International sur l’indice de perception de la corruption (IPC), l’Algérie a reculé de 7 places et se classe à la 112e place sur une liste de 183 pays. Ni Belkhadem, ni Soltani n’ont eu l’idée de commenter ce nouvel indice d’une corruption systémique. Même la presse ne s’est pas étendue sur cette « banalité » nationale. L’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) a tenu cependant à faire son communiqué, en soulignant que cette baisse de l’IPC de l’Algérie pour la neuvième année consécutive, est le signe d’une « « l’absence totale de volonté politique » de lutter contre la corruption. « Une note inférieure à 3 sur 10 signifie l’existence d’un haut niveau de corruption au sein des institutions de l’Etat » souligne l’AACC. Que dire de l’université où le taux de recalés est tellement important que des organisations estudiantines en sont à accuser les enseignants de les « noyer » et de ne pas leur donner ce qu’ils considèrent être un « dû ». Et les administrations qui ne « veulent pas de problèmes » mettraient la pression sur les conseils scientifiques pour rabaisser les exigences en termes de moyenne de passage. Le « 10 » sur 20, c’est pour les brillantissimes ! Des enseignants de l’université font des récits tragicomiques de la déliquescence des lieux de savoir. « On est arrivé un moment jusqu’à discuter de la possibilité de « représenter » les étudiants au sein du Conseil scientifique chargé de préparer les sujets examens » raconte un professeur qui ne savait plus s’il fallait en rire ou en pleurer. La politique officielle est une fiction. On ne peut en dire autant de la corruption.

La Nation


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Réactions

mercredi 7 décembre 2011 à 14h10

DNA - Dernières nouvelles d’Algérie ..En 2010 il a versé une Zakat de 15 milliards de centimes : Bouteflika un milliardaire caché ? .
Mercredi, 07 Décembre 2011, 11:51 | Tayeb Belmadi .Le président Bouteflika est-il milliardaire caché ? A-t-il fait une fausse déclaration de patrimoine en se portant candidat à la présidentielle d’avril 2009 ? S’est-il enrichi en dehors de toute légalité ? Dispose-t-il d’un autre patrimoine secret autre que celui qu’il avait déclaré ? Ces questions se posent à la lecture d’un dossier publié, avec appel en Une, par le quotidien arabophone Ennahar dans son édition du mardi 06 décembre.


Dans ce dossier consacré aux personnes fortunées qui s’acquittent de la Zakat, l’aumône obligatoire dans le rite musulman, le journal Ennahar, réputé proche de services de sécurité et du clan présidentiel, affirme que le président de la république Abdelaziz Bouteflika a versé l’année dernière 15 milliards de centimes (150 millions de dinars) en guise de contribution personnelle à cet impôt annuel.

L’information du quotidien arabophone n’a pas été commentée, confirmée ou démentie par la présidence de la république ou par un membre du gouvernement au lendemain de sa publication.

La somme versée par le chef de l’Etat est aussi surprenante qu’ahurissante. S’agit-il de la totalité de ces revenus en 2010 ou simplement de 2,5 % de l’ensemble de sa fortune ?

Troisième pilier de l’islam, la zakat est une obligation que tout musulman doit verser chaque année aux pauvres et aux nécessiteux.

Le salaire du président de la république étant de 700 000 dinars par mois (contre 260 000 dinars cinq années plus tôt), plus 3000 euros d’indemnités mensuelles, la zakat de Bouteflika représente presque deux années de salaire.

A cette rémunération mensuelle en qualité de chef de l’Etat s’ajoutent une retraite d’ex-ministre des Affaires étrangères et une pension d’ancien maquisard.

Bien que le président soit totalement pris en charge par l’Etat, bien qu’il bénéficie de multiples privilèges, il est difficile d’imaginer qu’il se soit constitué au cours de l’année écoulée un bat de laine de 15 millions de dinars.

D’où vient donc cette petite fortune dont Bouteflika s’est acquittée en 2010 ? Bouteflika serait-il à la tête d’une fortune cachée ? Les interrogation sont légitimes dans la mesure où des soupçons d’enrichissements douteux pèsent sur son entourage, notamment ses propres frères.

Dans un câble secret de l’ambassade américaine révélée par Wikileaks, l’ambassadeur Ford écrivait en janvier 2008 que la corruption en Algérie a pris de telles proportions qu’elle touche jusqu’aux frères de Bouteflika.

En mars 2011, le magazine français Challenges publiait une enquête sur la fortune des dirigeants arabes.

A propos du chef de l’Etat algérien l’hebdomadaire écrivait ceci : « Ainsi de celle, en Algérie, du président Abdelaziz Bouteflika, encore en poste malgré la contestation de la rue. Officiellement, il ne disposerait que de deux appartements à Alger. Mais, selon des opposants algériens, il aurait détourné avec les généraux une trentaine de milliards de dollars, placés du Liechtenstein au Brésil. »

Enfin, la question est encore plus pertinente que la déclaration de patrimoine d’Abdelaziz Bouteflika est plutôt claire. Candidat à sa propre succession pour un troisième mandat en 2009, le président avait déclaré être propriétaire :

- Biens immobiliers :
1. Une maison individuelle sise à Sidi Fredj (commune de Staouéli) suivant acte enregistré sous le n° 226 du 11.11.1987.
2. Une maison individuelle sise rue de la Rochelle, Alger, suivant livret foncier n° 70-68/07 du 11/12/2007.
3. Un appartement sis au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, suivant livret foncier n° 29-39/07 du 26/06/2007.

II -Biens mobiliers
- Deux (02) véhicules particuliers.

Abdelaziz Bouteflika « déclare qu’il n’est propriétaire d’aucun autre bien à l’intérieur du pays ou à l’étranger. »

Bien qu’aucune preuve n’ait été avancée pour soutenir les allégations, la fortune supposée de Bouteflika fait l’objet de fantasmes populaires depuis le début des années 1980 date à laquelle il avait été épinglé par la Cour des Comptes pour « gestion occulte de devises au niveau du ministère des Affaires étrangères » entre 1965 et 1978.

Dans son arrêt définitif en date du 8 août 1983, la Cour livrait ainsi son verdict : « M. Abdelaziz Bouteflika a pratiqué à des fins frauduleuses une opération non conforme aux dispositions légales et réglementaires, commettant de ce fait des infractions prévues et punies par l’ordonnance n° 66-10 du 21 juin 1966 et les articles 424 et 425 du Code pénal. »

Alors Bouteflika un milliardaire caché ?

Lire l’article original : En 2010 il a versé une Zakat de 15 milliards de centimes : Bouteflika un milliardaire caché ? | DNA - Dernières nouvelles d’Algérie

Site web : zakat
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