Carnage en Norvège : plus de 90 morts, un fondamentaliste chrétien arrêté

Comme les images de dévastation au centre d’Oslo et les scènes de panique sur une île voisine où se déroulait un rassemblement politique le laissaient redouter, la double attaque terroriste du 22 juillet a fait une hécatombe. Selon le dernier bilan, au moins 91 personnes ont été tuées, parmi lesquelles plus de 80 victimes lors du meeting de la jeunesse travailliste. Au lendemain de l’attentat à la bombe et de la fusillade, la police a annoncé samedi détenir un suspect qui pourrait être coupable ou du moins impliqué dans les deux attaques. Le suspect proche de l’extrême-droite ? "Nous avons trouvé des raisons pour le tenir responsable des deux épisodes" a déclaré un responsable policier à la presse. Alors que le New York Times a évoqué hier une revendication islamiste, il s’avère que l’homme interpellé après la fusillade d’Utoeya, un Norvégien "de souche" âgé de 32 ans serait effectivement un fondamentaliste, mais chrétien. A la télévision publique NRK, le commissaire Sveinung Sponheim a déclaré que d’après des éléments publiés sur Internet par cet individu : "il a certains traits politiques penchant vers la droite" et serait violemment "antimusulmans". Il est cependant "trop tôt pour dire si cela a été un motif pour son geste", a ajouté le policier. A ce point de l’enquête, les autorités n’ont pas souhaité confirmer l’identité du suspect, identifié comme un certain Anders Behring Breivik par les médias, ni les informations de la chaîne TV2, selon lesquelles il serait proche des milieux d’extrême-droite et avait deux armes enregistrées à son nom, dont un fusil automatique. Sur sa page Facebook, Breivik se décrit notamment comme un "conservateur", "chrétien", célibataire, passionné de chasse et de jeux vidéos tels que "World of Warcraft" ou la simulation de guerre "Modern Warfare 2". Hier, environ une heure après l’explosion d’au moins une bombe de forte puissance dans le quartier des ministères d’Oslo, sur une île située dans le Fjord, à une quarantaine de kilomètres de la capitale, il s’est présenté sur les lieux de l’université d’été des jeunes sociaux-démocrates, prétendant être là en renfort pour assurer leur sécurité, et a méthodiquement exécuté des dizaines de militants. Il a été confirmé que le tireur arborait un pull flanqué du sigle de la police, mais il n’a jamais travaillé pour elle, a assuré le commissaire Sponheim. Des explosifs qui n’ont pas détoné ont également été découverts sur l’île d’Utoeya, a-t-il ajouté. Le bilan du carnage n’est pas définitif… "Au moins 80 personnes sont mortes au cours de la seule fusillade" a indiqué dans la nuit un porte-parole de la police, Are Frykholm, à l’AFP. Depuis le bilan des pertes s’est encore alourdi et serait de 84 victimes. Au lendemain du drame, "A Utoya, nous continuons les recherches d’éventuelles victimes dans les eaux" a déclaré le directeur adjoint de la police, Roger Andresen, alors que des participants ont tenté de fuir à la nage. Par ailleurs la puissante déflagration qui a ravagé plusieurs bâtiments officiels, dont le siège du gouvernement, a fait sept morts et neuf blessés graves. De même, ce bilan n’est sans doute pas définitif, "vu l’explosion et l’impact qu’elle a eue" a dit M. Andresen. Entendue à plus de sept kilomètres à la ronde, l’explosion ou la double explosion survenue en milieu d’après-midi a soufflé toutes les vitres du ministère d’Etat, l’équivalent norvégien de Matignon, et causé des dégâts importants à plusieurs bâtiments alentour. Tôt ce matin, la police d’Oslo a indiqué qu’avec l’appui de l’armée, elle allait renforcer la sécurité autour des ministères et autres institutions potentiellement exposée. Le Premier ministre, qui n’était pas à son bureau au moment des faits, a qualifié la double attaque de "tragédie nationale". "Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, notre pays n’avait été frappé par un crime de cette ampleur" a déclaré Jens Stoltenberg ce samedi. C’est aussi l’acte terroriste le plus meurtrier qu’ait connu l’Europe depuis les attentats de Madrid revendiqués par Al-Qaïda, qui avaient fait 191 morts et quelque 2.000 blessés le 11 mars 2004. "C’est un cauchemar" a également dit le chef du gouvernement évoquant "la peur, le sang et la mort" qu’ont rencontrés les jeunes sympathisants du parti au pouvoir. La communauté internationale choquée et solidaire Du Guatemala à la Chine, de la Jordanie à l’Afghanistan, dans le monde entier, des dizaines de chefs d’Etats, de gouvernements ou d’institutions internationales ont fait part du même effroi. Ces attentats rappellent "à toute la communauté internationale l’enjeu d’empêcher de tels actes de terrorisme et la nécessité de coopérer dans le domaine du renseignement" a estimé Barack Obama présentant ses "condoléances personnelles aux Norvégiens" et s’engageant à ce que les Etats-Unis fournissent "toute l’aide possible" à son allié au sein de l’OTAN. Dans un communiqué, le président de l’Union européenne Herman Van Rompuy a condamné "ces actes de lâcheté pour lesquels il n’y a aucune justification". "Profondément choqué", il indique dans son communiqué avoir "envoyé un message de condoléances et de solidarité de l’Union européenne au Premier ministre Jens Stoltenberg et au peuple norvégien". De son côté, alors que des forces norvégiennes interviennent actuellement en Afghanistan et en Libye, le président du Parlement européen Jerzy Buzek a souligné que "la Norvège a apporté ses bons services à la paix dans les régions les plus instables de la planète". Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’Alliance atlantique a parlé d’"actes de violence odieux". Présentant ses condoléances, "au gouvernement norvégien, au peuple norvégien, aux familles et aux proches de tous ceux qui ont été les victimes de ces actes cruels et lâches", il a affirmé la solidarité inébranlable de l’Otan avec la Norvège et a assuré que les pays membres de l’organisation "restent unis dans la bataille contre ces actes de violence". Entre autres réactions, dans une lettre au Premier ministre du royaume, Nicolas Sarkozy a condamné "avec la plus grande fermeté cet acte odieux et inacceptable" ; la chancelière Angela Merkel a déclaré que "le gouvernement norvégien et la population norvégienne doivent savoir que [son] gouvernement et les Allemands sont solidairement à leurs côtés" ; le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, le président polonais Bronislaw Komorowski ou encore la Première ministre australienne, Julia Gillard se sont dits "choqués", son homologue canadien, Stephen Harper, est "horrifié" par ces "actes de violence barbares et insensés", quant au néerlandais Mark Rutte, il a estimé que cet "horrible évènement" témoigne d’un "total manque de respect pour la vie humaine". A noter enfin, le commentaire publié sur Twitter par le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt : "Le terrorisme a frappé. Nous sommes tous norvégiens". On ne saurait mieux dire…



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