"Ce que nous voyons dans la corne de l’Afrique est sans précédent"

Selon les Nations unies, la corne de l’Afrique est frappée par la pire sécheresse que la région ait jamais connu depuis 60 ans. Jens Oppermann, chef de mission d’Action contre la faim (ACF) pour la Somalie, décrit, depuis le Kenya où il est basé, une situation sans précédent et appelle aux dons.
Somalie : la famine s'aggrave à Mogadiscio par Nouvelobs
Les Nations unies disent que la région connaît la pire sécheresse depuis 60 ans. Le confirmez-vous ?
Jens Oppermann : Absolument, ce que nous voyons ici est sans précédent, et nous n’avons pas vu une situation comme celle-là depuis des dizaines d’années. Nous sommes habitués à ce que la corne de l’Afrique soit affectée par la sécheresse et les catastrophes naturelles, mais pas à cette échelle. Nous estimons que la situation est la pire depuis 1950.
Combien de personnes sont touchées ?
Il y a 10 millions de personnes à travers la corne de l’Afrique qui ont besoin d’une aide humanitaire. En Somalie, il y a 2,85 millions de personnes affectées, ce qui représente un tiers des Somaliens. Les femmes, les enfants et les personnes âgées sont les plus touchées.
Dans quel état de santé sont-ils ?
Ils sont à deux doigts de la famine. Ils n’ont accès ni à l’eau, ni à un logement, ni à des installations sanitaires. Ces gens ont marché pendant des jours et des semaines en Somalie, dans l’environnement le plus hostile que vous pouvez imaginer. Ils sont pauvres au point de ne pas pouvoir s’acheter à manger et ils atteignent nos centres, épuisés.
Comment s’organise votre travail sur place ?
Nous travaillons en Somalie depuis 1992. Nous nous sommes adaptés et nous avons l’habitude de travailler en Somalie. La plupart de nos missions sont conduites en ce moment à Bakool. Cette région est lourdement affectée et c’est l’un des épicentres de la crise actuelle. Nous sommes la seule organisation internationale à travailler là-bas. Nous travaillons également à Mogadiscio, où se rendent les gens qui ne peuvent aller en Ethiopie ou au Kenya.
Les Chebab (islamistes) ont décidé d’autoriser les organisations humanitaires à reprendre leurs activités, suspendues depuis 2009, dans les zones qu’ils contrôlent. Comment réagissez-vous à cette annonce ?
Cette décision est bienvenue, et nous espérons que cela nous permettra concrètement d’accroître nos activités en Somalie.
Est-ce que vous travaillez avec des réfugiés somaliens au Kenya ?
Notre mission au Kenya travaille avec les Kenyans dans le besoin et les personnes qui se rendent dans nos centres. Nous pensons qu’il y a quelques réfugiés somaliens parmi eux. Même chose pour nos missions qui se trouvent en Ethiopie et à Djibouti.
Quelles sont les causes de cette crise ? Il y a bien sûr le manque de pluie, mais y a-t-il d’autres facteurs ?
Le facteur principal est la sécheresse : le manque d’eau provoque une inflation des prix de la nourriture. Par exemple, par rapport à l’année dernière, les prix ont augmenté de 270 % en Somalie. Après, il y a un facteur spécifique à la corne de l’Afrique : le conflit continuel en Somalie. Ce conflit provoque des déplacements de populations et rend plus difficile l’accès à l’aide humanitaire. Dans les pays voisins, la sécheresse et ses conséquences sont aggravées par l’arrivée des réfugiés somaliens.
Par conséquent, pour résoudre le problème de la corne de l’Afrique, il faut commencer par la Somalie. Cela permettrait d’apporter l’aide humanitaire directement en Somalie et cela aurait un impact positif sur l’activité humanitaire au Kenya, en Ethiopie et à Djibouti.
Pensez-vous que la situation va empirer dans les prochains mois ?
Tout va dépendre de l’aide humanitaire que nous pourrons apporter. Nous avons commencé à lancer des appels d’urgence et nous avons intensifié nos activités. Nous espérons que nous recevrons des moyens supplémentaires de la part des donateurs (les pays et les donateurs individuels) pour accroître notre aide d’urgence aux populations. Dans le cas contraire, nous ne serons pas capables de répondre à cette crise.
Propos recueillis par Thomas Baïetto
Le Monde
URGENCE SOMALIE : FACE AU SPECTRE DE LA FAMINE LE SECOURS ISLAMIQUE FRANCE SE MOBILISE
Mis à jour le 21.07.11
Face à la sécheresse dévastatrice qui touche plus de 10 millions de personnes au niveau de la Corne de l’Afrique orientale et plus particulièrement la Somalie, l’Ethiopie et le Kenya, le Secours Islamique France (SIF) a décidé d’agir : évaluation et intervention sur le terrain et appel à la mobilisation générale !
Avec deux mauvaises saisons de pluies consécutives, provocant l’inflation des prix céréaliers et la mort précoce du bétail, la Corne de l’Afrique accuse l’année la plus sèche depuis près de 60 ans. A ceci s’ajoutent les conflits internes et les difficultés des humanitaires pour accéder à certaines zones géographiques. Conséquence inévitable : la région fait face à une crise alimentaire sans précédent ! Au moins 500 000 enfants risuqent de mourir si nous n’intervenons pas rapidement !
En Somalie, où les besoins ne cessent de croître et où les Nations Unies, depuis le 20 juillet, ont déclaré une situation de famine dans 2 régions du sud, ce sont près de 3 millions de personnes qui sont touchées. Sans eau ni nourriture dans leur propre pays, elles n’ont d’autre possibilité que de fuir dans les pays voisins à la recherche d’une aide efficiente. Ainsi, sur le camp de Dadaab à l’est du Kenya – le plus grand camp de réfugiés au monde – on compte près de 1 800 nouvelles arrivées par jour. Prévu pour accueillir 90 000 personnes, il est à présent surpeuplé et abrite plus de 370 000 personnes. Parmi elles, les femmes, les enfants de moins de 5 ans et les personnes âgées sont les plus vulnérables.
Après une évaluation de la situation et une coordination avec les acteurs présents, le SIF a décidé d’intervenir sur le camp de Dadaab et plus spécifiquement auprès des enfants et des femmes qui souffrent de malnutrition aigüe. Dans un premier temps, nous répondrons à leurs besoins alimentaires et effectuerons une évaluation des autres priorités à pallier.
Pour faire face à cette crise et éviter que la situation n’empire, la mobilisation de tous est primordiale !
*Source chiffres OCHA/UNICEF



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