Certains « bricolent » pendant que d’autres survivent

Petits salaires et fins de mois très difficiles
jeudi 26 mai 2011
par BNIBRAS

Percevoir un salaire à la fin de chaque mois ne rime pas forcément avec confort. Des chefs de familles ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts avec moins de 20 000 DA par mois. Et pour cause, les prix de beaucoup de produits alimentaires ont augmenté de façon sournoise ces derniers temps. L’exemple type : la sardine, considérée comme le poisson des pauvres et dont le kilo dépasse parfois les 400 DA. Si certains se laissent happer par le sort qui semble s’acharner sur eux, d’autres trouvent des moyens pour gagner un pécule par-ci par-là, toujours dans l’espoir d’offrir le meilleur à leurs enfants. Le luxe, les fantaisies, certains n’y ont pas droit. Ils le savent et vivent avec.

N adia, une jeune femme, mère de deux petits gar- çons de 2 et 6 ans, nous confie sa detresse : « Mon mari est plombier dans une entreprise publique. Il gagne environ 15 000 DA par mois. Depuis quelque temps déja, il est obligé de demander des avances sur salaire ou d’emprunter de l’argent à ses amis, sinon on est vraiment mal ». Un véritable cercle vicieux pour cette famille qui emprunte et doit rembourser chaque mois, un argent qui devient virtuel. Les enfant ont besoin de manger de la viande et du poisson régulièrement, mais « aux prix actuels, on ne mange que du congelé et seulement une fois le mois », ajoute Nadia. C’est qu’il n’y a pas que la nourriture dans les comptes du couple, faut-il encore payer les charges de l’appartement AADL, dont le loyer, puis vêtir et soigner les enfants. « Nos sorties se résument aux après-midi au Jardin d’Essai et au parc d’attraction de temps en temps. Les enfants ont besoin de s’amuser. Quant aux vacances, cela relève du domaine du rêve ! », ajoute encore la jeune maman. Pour Fadela, la situation n’est pas plus brillante. « Mon mari est au chômage depuis longtemps. Je travaille dans un atelier de couture et mon salaire s’élève à 12 000 DA. Nous sommes endettés et n’arrivons pas à offrir grand-chose à nos deux enfants. Heureusement, ils ont leur bourse d’étudiant qui leur permet de compenser. Ils sont tellement compréhensifs que certains mois plus difficiles que d’autres, ils me donnent tout leur argent pour régler les factures et améliorer notre quotidien à table », nous raconte cette maman qui ne sait plus depuis fort longtemps ce que veut dire s’offrir de jolis vêtements ou des produits cosmétiques. « Je m’habille à la fripe, et encore je n’y vais que très rarement. Même mes enfants n’ont d’autre choix que de porter du vieux linge. Ils s’en accommodent tant bien que mal… », ajoute-t-elle. Slimane, lui, touche 20 000 DA. Mais avec trois enfants entre 7 et 15 ans, les fins de mois sont de plus en plus difficiles. Il s’explique : « D’abord, l’école ça coûte cher. Les affaires scolaires, les livres et les cours pour les classes d’examens, j’ai vraiment du mal à leur offrir tout ce dont ils ont besoin. De plus, les adolescents veulent frimer dans de belles baskets et des jeans de marque et ce n’est pas dans mes moyens. Alors quand je leur refuse un achat dans ce sens, ils m’en veulent pendant des semaines. Ma femme qui ne travaillait pas, a commencé depuis peu à garder des bébés pour m’aider un peu. Nous n’offrons toujours pas de vêtements de marque à nos enfants, mais au moins ils mangent à leur faim et s’habillent correctement… à la fripe, bien sûr ». « Bricoler » pour survivre Nombreux sont les couples qui « bricolent » pour améliorer un quotidien carencé et celui de leur progéniture. Certaines femmes font de la couture ou donnent des cours, d’autres font des gâteaux sur commande, s’usent les yeux à broder et à perler des robes, ou vendent leurs bijoux en désespoir de cause. Juste de quoi tenir quelques semaines ou quelques mois de plus. C’est le cas de Hamida, mère de quatre filles entre 10 et 20 ans. Le mari, chômeur, ne fait plus d’effort pour trouver du travail. Elle passe ses journées courbée sur une machine à broder ou un ouvrage sur les genoux à remplir de perles. Un travail très dur et qui use la santé, mais au moins « j’arrive à régler toutes les factures, à nourrir mes filles et à leur offrir quelques extras de temps en temps », nous confie-t-elle. D’ailleurs, par crainte d’un mauvais coup du sort, elle initie ses filles aux différents travaux qu’elle fait. « Les deux grandes se débrouillent comme des professionnelles et la troisième préfère faire du crochet ! », ajoute Hamida. Grâce à leur dextérité, ces filles réussissent même à préparer le trousseau de mariée de la plus âgée d’entre elles qui devrait convoler en justes noces cet été. Les hommes aussi « bricolent » comme ils peuvent. Mahfoud travaille comme gardien de nuit. Ses 10 000 DA ne suffisent pas à nourrir sa famille. « J’ai quatre enfants et ma mère à ma charge. Je travaille la nuit, me repose le matin et l’après-midi, je revends des babioles dans un marché », nous confie-t-il. « Cela ne rapporte pas beaucoup, mais ça me permet d’acheter des fruits de temps en temps », ajoute-t-il, d’autant que sa femme fait un peu de couture et de tricot pour « combler » les vides. Ce qui leur permet depuis quelques mois de fêter dignement les anniversaires de chaque membre de la famille, avec tartes et cadeaux ! Saïd, 30 ans, souhaite se marier. « Mais quelle femme voudrait d’un homme qui gagne 10 000 DA », se lamente-t-il. Et d’ajouter : « Même seul, mon salaire ne me suffit pas ». Quant à Samir, également célibataire et voulant changer de statut, cherche une épouse avec un très bon salaire ! Il s’explique : « Je touche plus de 20 000 DA, mais j’ai un loyer AADL et je viens tout juste de finir mon crédit automobile. Reste à meubler l’appartement ce qui, à mon avis, risque de prendre des années. En fait, il me faut une femme qui gagne mieux que moi sa vie. A deux, l’espoir est permis. Faudrait-il encore trouver la femme en question qui accepterait de me prendre en charge en partie, puisque c’est de cela qu’il s’agit ! ». La précarité est le lot de nombreuses familles. Les salaires étant souvent loin de la réalité des prix affichés chez les commerçants, les chefs de famille rationnent leurs enfants. La viande et les poissons, les fruits et même certains légumes, relèvent désormais de la pure fantaisie. K. T/Les débats


Noter cette article :
bottom

Réactions

Brèves

22 mai - Salon des arts plastiques de Jijel Une vitrine pour encourager et promouvoir les plasticiens locaux

Ces derniè

22 mai - TEXENNA (JIJEL) 67 millions de dinars pour l’assainissement

Une envelo

22 mai - TAHER : 8,44 MILLIONS DE DINARS POUR L’ÉTUDE DU RÉSEAU DE DISTRIBUTION D’EAU

Une étude

19 mai - EL MILIA PROLIFÉRATION DES RATS

La ville

19 mai - RAHIMA NEMER. Elue députée sur la liste de l’UFDS

Ademi-mot,
tonimage tonimage

Top Articles