Chronique du monde arabe, Dégage !

dimanche 13 février 2011
par Chérif Boudelal

Le « Dégage » tunisien devient un mot de passe-porte bonheur aux peuples arabes qui aspirent à se libérer de leurs bourreaux

Le Grand Peuple égyptien vient de réaliser une Grandiose victoire contre la tyrannie, une victoire de la Révolution pacifique de la jeunesse, unique en son genre de par le nombre des manifestants qui se trouvaient tous les jours pendant mobilisés. Pendant 17 jours ils se trouvaient par millions dans toutes les villes d’Egypte, et ils sont sortis par dizaines de millions le 18 ème jour, le jour fatidique du « Dégage » de Moubarak et de son régime corrompu.

Après dix-huit jours d’une mobilisation sans précédent, le peuple égyptien est par venu à mettre à genou son régime tortionnaire et faire fuir son chef suprême, Hosni Moubarak, après 30 ans de dictature. Depuis le 25 janvier 2011 jusqu’au 11 février 2011, la jeunesse égyptienne, puis les partis politiques, les syndicats et des citoyens toutes catégorie sociales confondues ont montré au monde que les bourreaux ne sont que des tigres en papier. Le peuple entier, à l’exception de la classe des privilégiés et le personnel répressif du régime, les a joint au fur et à mesure que les jours de la résistance passent et se succède. Les jeunes « tigres » ont eu raison : il ne fallait pas rentrer avant que Moubarak démissionne : il doit dégager. Devant l’ampleur des manifestations, l’armée a donné son dernier mot au dictateur : ou tu dégage ou on laisse la foule te lyncher. La démission du président implique automatiquement la démission du parlement et le commandement à l’armée qui s’est déclaré être le garant du choix du peuple. Le haut conseil militaire a annoncé que le gouvernement en place dirigerait « les affaire courantes ». Ceci signifie que ce gouvernement continue à travailler en attendant la mise en place d’une commission qui organise les élections législatives et présidentielles, si toutefois les opposants à l’ancien régime acceptent décision de l’armée. La différence entre le changement en Tunisie et ce lui de l’Egypte, c’est que c’est le président fuyard avait délégué les pouvoir au premier ministre et au président du parlement, alors que Moubarak avait démissionné, probablement sous la contrainte de l’armée, et que le haut commandement de celle-ci remplace le chef de l’Etat. Après plus 300 morts et plusieurs milliers de blessés, le peuple égyptien commence à respirer l’air pur de la délivrance, sans la pollution nauséabonde de l’ancien régime qui a asphyxié ce grand peuple pendant trois décennies du règne de Moubarak à laquelle on peut ajouter les 10 ans de Sadat. Mais enfin, la délivrance. Ceci doit être l’exemple fort d’enseignement, un exemple à suivre par les peuples opprimés qui doivent savoir que la lutte du peuple est invincible. « Si le peuple veut un jour vivre libre et digne, son destin l’entendra, la nuit se dissipera et ses chaînes se briseront », comme nous a enseigné le célèbre poète défunt tunisien (Aboul-Qacem Echebbi) dont le peuple vaillant de Tunisie a mis en application son poème éternel 77 ans après sa mort, suivi par le peuple égyptien. A qui le tour sera demain ? Les journalistes occupent la maison de la télévision et réclament la démission de tous les responsables de celle-ci qui ont été des complices avec le régime Moubarak.

Les dernière nouvelles d’Egypte : « Les masses de la révolution du 25 novembre » annoncent leur maintien leur occupation de Midane Tzahrir jusqu’à la réalisation de leurs objectifs qui sont les suivant : 1. La levée totale de l’état d’urgence ; 2. La libération de tous les prisonniers d’opinion ; 3. La dissolution du gouvernement composé par les anciens du régime Moubarak ; 4. La composition d’un gouvernement de compétences nationales provisoire qui ne dépasse pas neuf mois ; 5. La dissolution de la constitution ; 6. La liberté de se constituer en partis politiques ; 7. L’Organisation des élections libres (législatives et présidentielles) ; 8. La dissolution des tribunaux militaires et l’annulation de toutes les condamnations qui ont été prononcé par ces derniers contres les prisonniers politiques

Par ailleurs, un ministre du gouvernement a été démis de ses fonctions ; ce dernier ainsi que plusieurs anciens ministres et responsables du parti de Moubarak ont été interdits de sortir du territoire et leurs avoirs ont été gelés. Un journaliste égyptien a annoncé que Moubarak serait assigné à la résidence surveillée. Une demande aurait été faite aux pays qui abritent les nombreux biens immobiliers et les avoirs de Moubarak et de sa famille pour les geler. (Toutes ces informations ont été diffusées à travers Al Jazeera ou rapportées par celle-ci)

Algérie Il y a eu, ce 12 février, une manifestation à Alger qui aurait rassemblé plusieurs milliers selon les organisateurs, et seulement quelques centaines selon le ministère de l’intérieur. La police a chargé et il y aurait plusieurs dizaine de blessés et 400 arrestations dont l’un des organisateurs et quatre députés selon l’opposition. Mais seulement une vingtaine d’arrestations qui ont été libérés selon les sources officielles, parmi eux il y avait Ali Balhadj du FIS interdit. L’opposition annonce que des milliers de policiers auraient empêché les manifestants de se rendre au lieu du rassemblement, prévu sur la place du Premier mai au centre d’Alger. Voici ci-après une vidéo qui montre les manifestant et les cordons de policiers : Algérie : La manifestation de l’opposition réprimée à Alger

Tunisie En Tunisie, rien n’est terminé ; les manifestations et rassemblement continuent et exigent la démission du parlement, l’organisation des élections législatives et la refondation de la constitution ainsi que l’organisation des élections législatives et présidentielles démocratique, sans les anciens du régime Ben Ali. Par ailleurs, un manifestant a été tué dans la ville de « Gballi » lors que les habitants manifestaient pour refuser la nomination d’un wali (préfet) appartenant au parti RCD de Ben Ali, l’accusant de corruption. Dans toutes les wilayas du pays, les Tunisiens refusent la nomination à la tête des institutions de l’Etat des gens ayant servi fidèlement l’ancien régime ou ayant appartenus à son parti.

Maroc Le parti interdit des frères musulmans « Justice et Bienfaisance » de cheikh Abdessalam Yassine, appelle les Marocains à manifester pacifiquement le 20 février prochain pour un « changement démocratique urgent et l’établissement de mécanismes mettant fin à l’autocratie ». Voici un dossier sur le Maroc : Merzak Tigrine Malgré les promesses des régimes arabes, et quelques gestes comme la baisse des prix de certaines denrées d base, les peuples se réveillent et se révoltent contres les injustices de leurs administrateurs/affameurs. Les peuples ne veulent plus vivre et mourir dans la pauvreté, en souffrant des injustices et des humiliations que leur infligent leurs bourreaux de régimes.

Yémen Depuis plusieurs semaines déjà le peuple yéménite est sorti manifester par centaines de milliers pour demander au régime d’Ali Abdellah Salah de dégager. Et la mobilisation continue malgré la répression

Le Soudan disloqué Le lundi 7 février 2011 ont été annoncés les résultats officiels du référendum au Soudan concernant « l’autodétermination » des habitants su Sud ; les résultats prédits à l’avance par les « analystes politiques » internationaux se sont avérés justes, mais aussi prédits par Omar hassan El Bachir, le président-roi du Soudan. Ceci dit, les Soudanais ont consommé et digéré la séparation de leur pays entre le Nord et le Sud, en douceur, voulue par les USA/UE et « bénie » par leur président lui-même. Ce dernier a joué sa dernière carte pour sa propre protection avant que le peuple soudanais lui dise « dégage », comme l’ont fait les peuples vaillants de Tunisie et d’Egypte. Ce référendum s’est déroulé sous l’œil vigilent de ce qu’on appelle « les observateurs internationaux », délégués par les USA et ses alliés occidentaux pour « empêcher les fraudes ».

Ce qui pourrait surprendre certains ce ne sont pas les résultats de ce référendum eux-mêmes, mais le comportement du président soudanais vis-à-vis de ce référendum. Alors que ce bourreau a fait tuer des dizaines de milliers des « insurgés » du Sud pour garder l’unité du pays, il s’est montré tout d’un coup compréhensif dès que les USA ont exigé le référendum en question ! Sa volte face est pourtant claire pour les observateurs perspicaces qui agissent librement et n’ont de compte à rendre à personne. Il n’y a qu’une seule hypothèse possible à ce revirement du président soudanais. Ce n’est pas le fait que les USA aient promis le retrait du Soudan de leur liste « anti terroriste » sur laquelle ils ont écrit en rouge le nom du Soudan, mais celle du président Omar El Bachir lui-même. Etant donné que ce dernier est poursuivi en « justice » internationale pour crime de guerre, les USA lui auraient promis d’abandonner ces poursuites s’il donne son approbation à ce référendum et se montre favorable à la séparation de son pays.

Voilà dans quel état se trouve le monde arabe depuis des décennies et jusqu’à ce jour : leurs dirigeants se vendent comme du bétail et vendent leurs pays pour des avantages personnels. Moubarak a sacrifié la richesse gazière de son pays en vendant le gaz à Israël à un tiers de son prix normal pour en tirer avantage lui-même. Le président soudanais a œuvré pour diviser son pays en deux afin de s’extraire à la « justice internationale ». Après cette soumission, ce bourreau deviendra probablement l’« ami » intime des USA et d’Israël, voire le plus démocrate du monde arabe après Moubarak et Ben Ali. Il a œuvré dans ce sens en sachant que le but de la séparation de son pays est l’installation des bases USA/Israël au Sud du Soudan, et il avait dit plusieurs fois lui-même et dénoncé les Occidentaux pour avoir voulu séparer son pays pour leurs intérêts et les intérêts d’Israël. Mais, nous sommes persuadés que son sort sera le même que celui de Ben Ali et de Moubarak ; il doit dégager un jour ou l’autre et sera quand même jugé, non pas par la cour de « justice internationale » qui n’est qu’une mascarade, mais par son peuple.

Par Chérif BOUDELAL - samedi 12 février 2011 (contact : mmigrationstorys@yahoo.fr)


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