Claude Guéant « Être intégré, c’est adopter la civilisation française, sa culture, sa religion… ? »

30 000 étrangers en situation irrégulière devraient être reconduits en 2011 et si « nous atteignons cet objectif , ce sera le meilleur résultat que nous aurons historiquement enregistré ». Là n’est pas le propos de le Pen père et/ou fille mais du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, qui va plus loin encore en annonçant ce que sera la nouvelle France avec moins d’immigrés clandestins ou légaux, peu importe : une France sans une juxtaposition de cultures, ni d’histoires ni de religions car, argumente-t-il, « ce n’est pas conforme à l’idée que nous nous faisons du pays uni ». Ces propos repris d’un entretien qu’il a donné à l’AFP lundi dernier ont le mérite d’être on ne peut plus clairs. Pour bref rappel, le ministre de l’Intérieur a démarré sa nouvelle fonction relative à l’immigration en décidant de relever de 28 000 (initialement fixé par son prédécesseur Brice Hortefeux) à 30 000 le nombre de reconduites aux frontières. Dans un entretien accordé cette semaine à l’AFP, le ministre de l’Intérieur s’est d’abord vanté de son bilan de chasse aux étrangers qui devrait produire des dividendes en cette période si cruciale et où apparemment, en termes de résultat positif, il n’y aurait à l’actif du pouvoir Sarkozy que les chiffres sur l’immigration. « Pour l’instant, il semble que nous puissions atteindre cet objectif » et sachant qu’il y parviendra eu égard à tout le dispositif de chasse mis en place, il crie déjà victoire : « Si nous l’atteignons (l’objectif de 30 000) ce sera le meilleur résultat que nous aurons historiquement enregistré. » Le ministre de l’Intérieur aurait pu ajouter « le meilleur et l’unique résultat positif ». Mais est-ce suffisant ? Assurément pas pour Guéant qui rappelle dans la foulée et pour aller encore plus dans la surenchère avec le FN et ses amis de la droite populaire qu’il veut ramener de 200 000 le nombre d’entrées légales d’étrangers en France à 180 000. Ces réductions devront, explique le ministre, toucher tous types d’immigration, qu’il s’agisse « d’une immigration de travail ou liée au regroupement familial ». Pour cette dernière, il dit « avoir demandé aux préfets d’être beaucoup plus rigoureux dans l’évaluation des critères », autrement dit de mettre encore plus de verrous. Quant à l’immigration de travail, qu’avait brandie Sarkozy au début de son mandat en listant une série de métiers demandeurs de main-d’œuvre étrangère, le revirement est net et le ministre assume : « Il n’y a pas de besoin absolu d’y recourir pour les métiers du bâtiment ou de l’informatique… la priorité, c’est de proposer du travail aux personnes demandeuses d’emploi en France » et dans un éclair de charité, il ajoute : « Qu’elles soient françaises ou étrangères ». Les étudiants étrangers ne sont pas en reste, le ministre ne les ayant pas oubliés de son champ d’expulsion éventuelle, même s’ils sont légalement en territoire français : les préfectures, dit-il, « devront assurer un suivi régulier des études et des examens passés ». Comme pour rappeler que toutes ces mesures ne sont pas de son seul fait et n’ont aucun caractère ponctuel, Guéant précise pour ceux qui continueraient à en douter que la maîtrise du flux migratoire reste « une priorité » et « qu’il s’agit d’une vision de la France de demain ». Autrement dit, la politique de l’immigration développée par le pouvoir Sarkozy a pour arrière plan et pour fondement le changement de la société française. « La France a une histoire, des racines, une culture, un corps de doctrine sociale, juridique, très profondément ancré dans l’opinion et les Français tiennent à tout cela. » Et pour rendre son propos plus explicite, il ajoute que maîtriser le flux migratoire permet « que ceux qui viennent puissent adopter cette civilisation française, être intégrés, sinon nous allons à une France de communautarisme, de juxtaposition de communautés, de cultures, de groupes chacun avec leur histoire et leur religion, ce n’est pas conforme à l’idée que nous nous faisons du pays uni ». C’est dit et à tous les éventuels arrivants en Hexagone, laissez là d’où vous venez, votre histoire, votre civilisation, votre religion et toute votre culture et fondez-vous dans le nouveau moule qui vous est permis, celui de la civilisation française, de la culture française et de la religion chrétienne. Après ces propos de Guéant, essayez de leur trouver une différence avec ceux que développent l’extrême droite.
Khadidja Baba-Ahmed/Le Soir d’Algérie



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