Comment devenir riche...

Comment devenir riche…
Psst ! Voulez-vous devenir riche ? Alors, n’écoutez point ceux qui vous présentent des recettes toutes prêtes telles l’audace, l’esprit d’initiative, la persévérence, le goût du risque, beaucoup de volonté, le capital, l’intelligence, etc. Très peu de gens, d’ailleurs, disposent de tous ces atouts. Notre idée est bien plus simple.
Commençons par le début, la réussite dans toute entreprise n’est-elle pas la bonne définition de soi ? Il faudrait mesurer ses capacités pour les mieux adapter à la portée de l’objectif qu’on s’est fixé, sans tomber dans la confusion, il faut bien distinguer la part des choses, parce qu’il y a riche et riche. Il ya le riche héritier d’un leg ataviste qu’il sirote en douceur sans, pour autant, pouvoir l’évaluer. Favorisé par la nature, gâté dès son jeune âge, il rencontre en pratique peu de difficultés à travers le laps de temps qu’il vit. Il se croit au-dessus de tout et de tous, et méprise tout ce qui lui est bas. Quand enfin arrive le jour inévitable où il chute dans le piège que lui a tendu la vie, il reste les bras ballants, conscient de sa vulnérabilité. Cette catégorie de riches est restreinte. L’inconvénient de ce riche : ses enfants finissent toujours dans la médiocrité.
Il y a le riche-illuminé. De formation passable , il sait planifier à court terme. Il se fait des relations. Il a du goût raffiné pour le luxe, il adore les belles voitures et se les offre à son désir. Il importe le plan de sa villa. Il importe la faience, le ciment blanc, la brique pleine, les robinets chromés, le rideau coulissant, le salon style Louis XIV, les curillers inox, le magnétoscope l’antenne parabolique, le siège anglais, le camembert, le cure-dent…Il a compris que seul l’Occident peut lui offrir une vie meilleure. Toujours prévoyant, il sait encaisser et frapper le moment opportun, il mate ouvrier et client. Il sait parler affaires avec son ton officiel et note bien le jour d’anniversaire du fils de monsieur…pour lui offrir son petit cadeau (les clès d’une voiture récemment dédouanée). Il vise haut quand il s’agit de corrompre, il commence toujours par la tête de la masse hiérarchisée. Il choisit ses restaurants, ses amis, ses effets vestimentaires,etc. Son inconvénient : il vit comme l’araignée, suspendu aux relations qu’il a tissées.
Il y a la riche-oisif. C’est le haut-fonctionnaire affairiste, haut comme le ciel. Il est fantômatique dans toutes ses entreprises. Il investit ses idées là où il veut, en s’associant aux autres riches, sans enfreindre la loi qui est restée jusque là l’atout du plus fort. Il apprend à jouer au tennis ; situation exige, joue mal aux échecs pendant ses soirées de détente et les termine par une partie de poker. Un compte par ci, un compte par là, il voyage souvent. Il vole comme cet oiseau migrateur qu’aucune place ne peut apprivoiser. Son inconvénient : sa chute est fatale.
Il y a le riche-pauvre. Il est arrivé cahin-cahin à faire sa bourse en comptant les sous. Chiche de nature, il se sert la ceinture à se rompre les os. Analphabète de surcroit, il se prive de manger à sa faim pour distribuer ce dont il s’est privé aux alphabétisés. Il confond les rôles dans la hiérarchie et donne les pots de vin au planton et patron. Il tremble devant l’administrateur et fait trembler son "administré". Il place son profit au-dessus de tout, quitte à jurer au nom de ses enfants. Il aime construire sa villa insolite et hétéroclite, pourvu qu’elle soit aussi haute que celle de "Flen", pour enfin, caresser sa bedaine en surveillant les envieux du coin de l’oeil. Il va jusqu’à introduire une nouvelle femme dans la nouvelle villa. Son inconvénient : il vit dans la bétise.
Il y a le pauvre-riche. Il se réveille tôt le matin, donne des coups de coude pour prendre sa place debout dans l’autocar qui le ménera à son boulot (s’il en a un ).Il revient le soir satisfait d’avoir accompli sa tâche et s’acharne à inculquer à ses enfants les connaissances et manières qu’exige le modernisme. Il aime sa femme, ses enfants, ses livres, ses collégues et pas toujours le patron. Son inconvénient : il mène la course éternelle aux fins du mois.
Il y a enfin le pauvre. Il vit aux confins du désert sans une tente, derrière le djebel dans une grotte ou au bout des tentacules de la ville sans une chaumière. Il se réveille le matin pour attendre le coucher du soleil. Il ignore tout de la lumière qui vient d’un bouton pressé au bout du couloir, de l’eau conduite dans un tube galvanisé ou la boîte magique qui fait défiler des images fantasmagoriques. S’il a une chèvre, il remerciera Dieu de sa bénédiction. Il laboure son lopin de terre, et si la pluie fait défaut, la saison prochaine ne sera qu’espoirs. Il ignore les méthodes contraceptives et si les enfants se serrent sous la chaumière, ils jouiront demain des espaces infinis qu’ils apprennent au cours de géographie. Il n’a jamais hésité à prendre les armes pour défendre son pays. Il lui arrive de supporter les plaintes de ses gosses torturés par la faim, mais n’osera jamais frapper aux portes ou tendre la main. Il est riche de fierté. Il est riche de patience, de foi et de courage.
Son inconvénient : sa patience n’a pas de limites.
Tous ces personnages ne sont pa fictifs. Ils se côtoient, se bousculent et s’interfèrent dans le brouhaha quotidien sans qu’on distingue le riche du pauvre.
Il faudrait les étiqueter ou chausser les riches au-dessus d’un certain seuil en blanc, vêtir les suivants en veste orange et mettre une ficelle noire autour du cou des loins nantis, ou encore faire marcher les riches sur le côté droit de la chaussée. Certains y ont pensé, lorsqu’ils parlent de quelqu’un, ils disent : "celui qui a la Mercedes noir, année 08…"
Ah, ça y est, je connais !
Au fait, tenez-vous toujours à devenir riches ?
Si oui, voici ma recette :
un kilo d’égoisme
un miligramme de pitié pour les autres ;
un kilo de relations solides ;
un zeste de mensonge ;
et beaucoup de corruption.
Mélangez le tout et prenez-le le matin à grandes écuelles.
A.H (A.B.A)



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