Comment les véritables chefs de la révolution de novembre se faisaient respecter
Les chefs militaires de la Révolution comme Didouche Mourad, Ben M’hidi, Amirouche, Si L’Haouès, Ouamrane, Krim Belkacem et tant d’autres avaient cette capacité extraordinaire de commander aux hommes d’aller mourir pour une cause collective. Ces djounoud obéissaient en sachant qu’ils allaient y laisser leur vie. Pourquoi cette obéissance ? Parce que tout simplement, ces fils du peuple qui donnaient des ordres n’étaient pas des illuminés et n’avaient pas pour vocation d’être des chefs de guerre, ils ont pris les armes par nécessité impérieuse. Leurs convictions et leur sens du sacrifice étaient les armes les plus redoutables pour se faire entendre. Présentement, nos dirigeants qui ne ratent, pourtant, aucune occasion pour clamer à qui veut les entendre qu’ils tirent leur inspiration de cette Révolution sont malheureusement incapables de mobiliser la population d’une dechra pour une cause collective et pacifique. Laissons le côté historique ou politique de la Révolution et son désenchantement découlant du détournement et du reniement et examinons le côté humain de ces grands dirigeants du maquis qui, heureusement, ont survécu jusqu’à donner légitimité, crédibilité et objectif à cette Révolution qui s’arrêtera net un certain été 1962. Hélas, ils ne sont plus là pour la remettre sur son chemin naturel. Voici ce que rapporte un moudjahid de la Wilaya V, si Muhand Aârav Bessaoud sur l’un d’eux : le chef de la Wilaya IV, Si M’hamed Bougara : « Au cours d’une mission qui m’a été confiée, je suis tombé un jour sur un commando de la Wilaya IV. Tout le jour durant, je me trouvais dans l’impossibilité de reconnaître le chef de ces trois compagnies. Je dormis avec elles sans que ma curiosité fût satisfaite. Le lendemain au réveil, le commando, au grand complet, présenta les armes à celui-là même qui avait refusé de partager ma petite natte préférant se coucher « par terre » (précision, ndlr), à mes pieds. Ce fut ainsi que j’ai connu le colonel Si M’hamed. » (Témoignage rapporté en page 266 du livre : Les Frères en contemplatifs en zone de combat — Algérie 1954/1962 Wilaya IV —dans le même livre l’auteur, le frère : Louis Saïd Kergoat, qui a vécu pendant la guerre de Libération dans la Zone 4 de la Wilaya IV et qui a côtoyé le chef de cette wilaya et d’autres dirigeants de la Révolution, écrivait d’une part pour commenter une décision militaire prise par Si M’hamed, visant à protéger une petite congrégation chrétienne installée sur les monts du Dahra et d’autre part, décliner les sentiments de respect et d’affection des membres de cette confrérie vis-à-vis du chef de cette région militaire « … notre admiration et notre reconnaissance envers le colonel Si M’hamed déjà très grandes ne font qu’accroître. Si M’hamed fut, en effet, l’un des grands politiques et militaires de la guerre de Libération. On ne pouvait pas ne pas aimer le colonel Si M’hamed. Et nous aussi, nous l’aimions. » Même ses pires ennemis, comme le général Bigeard, lui vouaient un respect. Ce que l’officier supérieur de l’armée française déclina publiquement. Bougara qui jouissait d’une double culture occidentale et orientale était comme ces jeunes rêveurs d’après-guerre, qui pensaient qu’ils avaient crié assez fort et pendant longtemps leur réclamation de la liberté et la dignité pour leur peuple. Or, leur rêve s’est fracassé un certain 8 mai. Ces jeunes utopistes ont pris brutalement conscience que la réalisation des meilleurs rêves d’une nation naissante exigeaient la dîme du sang. Bougara n’est, donc, pas un guerrier mais tout simplement un des leaders éclairés qui ont mis leur peuple sur le chemin du combat et du sacrifice. Pour le malheur de notre pays, les meilleurs sont partis trop tôt ; certains ont été les victimes des turpitudes commises par des hommes surgis de nulle part. Abachi L. /Le Soir d’Algérie



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