Déclaration de Ferhat Abbas de 1961
Voici le texte intégral de l’allocution que Ferhat Abbas a prononcé en 1961 : sur les antennes de Radio.Tunis et de Radio.Maroc. << Algériens, Algériennes : Demain souvriront, à Evian, les négociations entre le Gouvernement français et le Gouvernement provisoire la république algérienne. << Notre délégation abordera cette rencontre avec la ferme volonté d’apporter une solution définitive au problème qui se pose depuis 130 années. Elle l’abordera avec l’espoir de mettre fin à la guerre. La paix est possible, si elle est entourée des garanties indispensables. Elle est souhaitable et souhaitée par le peuple algérien comme par le peuple français.
Article proposé par M.F.TOUMI.
Article proposé par M.F.TOUMI.
<< La rencontre d’Evian doit avoir pour objet la libération réelle et totale de l’Algérie. Elle signifie que le peuple algérien, soumis depuis 130 ans à la loi française, la loi du plus fort, doit se trouver libre de toute servitude. << Les problèmes à résoudre ne sont pas nouveaux. Le peuple algérien a toujours revendiqué des droits. La résistance a été pour lui une constante. Quand elle n’était pas dans ses actes. Depuis le 1 er novembre 1954, elle n’a pas cesser de s’affirmer par les armes. << De novembre 1954 à ce jour, le peuple algérien combat et meurt pour son indépendance. Il n’a épargné ni son sang, ni ses biens. Ses martyrs ne se comptent plus. Ce sont des dures épreuves, soutenues avec courage et abnégation, qui ont provoqué la rencontre d’Evian. C’est le combat de notre invinciple armée de libération nationale qui a rendu possible la négociation de demain.
<< Cette négociation doit permettre à notre peuple l’exercice réel de sa souveraineté et la réalisation de son indépendance.
<< Sur le plan intérieur, cette souveraineté doit nous permettre de promouvoir le nécessaire développement économique et social et atteindre les objectifs de notre révolution. La république algérienne sera démocratique et sociale. Elle se penchera sur le sort de tous ses enfants. Elle ne connaitra aucune discrimination confessionnelle ou sociale.
<< Sur le plan extérieur, l’Algérie entend sans entrave, entretenir ses relations fructueuses avec tous les peuples et bien entendu le peuple français. Mûrie par sept années de lutte, elle a le désir d’apporter la contribution à la reconstruction du Maghreb arabe, de l’afrique et à la consolidation de la paix dans le monde.
<< Une Algérie indépendance sera prête à tendre la main à la France. Elle sera prête à respecter ceux de ses intérêts qui ne seraient pas en opposition avec les intérêts algériens. Il est dans la nature des choses que le peuple algérien, libéré des servitudes coloniales, entretienne les meilleurs rapports avec le peuple français.
<< La guerre terminée et l’indépendance acquise, des relations justes seront non seulement possibles mais souhaitables. Entre les deux peuples il ne restera de place que pour une libre coopération.
La négociation n’est pas la paix :
<< Algériens, Algériennes, l’enjeu de cette rencontre ne vous échappe pas. Le colonialisme n’a pas désarmé. Comme je l’ai dit, la négociation n’est pas la paix. Les forces du mal, les forces rétrogrades, les << ultras >> continuent à se manifester. Nous devons rester mobilisés et notre vigilance sera à la mesure de nos convictions. Nous espérons que les Européens d’Algérie comprennent une fois pour toutes qu’une ère nouvelle s’ouvre et qu’ils n’ont rien à gagner à lier leur sort au colonialisme. Dans l’Algérie, il y aura de la place pour tous les Algériens. Un avenir de progrès et de paix s’ouvrira devant nous.
<< C’est pour rendre possible cet avenir que notre délégation se rend à Evian. C’est par ce qu’elle représente les légitimes aspirations de notre peuple qu’elle prendra place, d’égal à égal, face à la délégation française.
<< Au moment où s’ouvre cette négociation, nous tenons à rappeler que des membres de notre gouvernement ont été arrêtés à l’instant où où ils effectuaient une mission de paix. Le gouvernement provisoire de la république algérienne entend associer tous les ministres à cette négociation.
<< Nous vous tiendrons informés de ses développement. Nous informerons également l’opinion publique. Si la France est prête à tourner définitivement et loyalement la page sombre de la colonisation, nous sommes prêts à panser nos plaies et à surmonter notre amertume.
<< En votre nom à tous, je dis que la reconciliation est encore possible.
<< Vive la république algérienne, vive l’Algérie indépendante>>.
Cette allocution avait été enregistrée dans l’après-midi au domicile de Ferhat Abbas. Source : LA DEPECHE DE CONSTANTINE ET DE L’EST ALGERIEN nr 16.879 du Samedi 20 Mai 1961, page 3.



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