Des « inconnus » négocient l’avenir des Algériens

Par Nacera Chenafi E n lançant les consultations sur les réformes politiques, le mot d’ordre porté par l’Instance de Abdelkader Bensalah est de n’exclure personne des audiences tenues à l’ancien siège du ministère des Affaires étrangères, devenu une annexe de la Présidence. Mais l’application de cette règle, même si elle semble démocratique puisque la parole sera donnée à tout le monde sauf l’ex-FIS, cette instance se retrouve avec deux à trois invités par jour, ce qui réduit l’audience à une heure et demi et parfois moins pour des invités qui n’ont « rien à dire ». A titre d’exemple, l’Instance des consultations a reçu hier deux invités dans un temps record, puisque Abdelkader Bensalah devait présider la séance plénière du Conseil de la nation consacrée au vote du projet portant code communal. Une semaine est passée depuis le début des consultations sur les réformes politiques annoncées par le président Bouteflika, le 15 avril dernier. L’Instance de Bensalah a reçu, jusqu’a hier, plus de dix invités entre représentants de partis politiques, de la société civile et ce qu’ils appellent des « personnalités nationales » qui ont des formations politiques non agréées, à l’instar de Sid Ahmed Ghozali et Mohamed Saïd. Au total, l’Instance de Bensalah a adressé 250 invitations dont certaines ont été déclinées. Toutefois, cette instance redonne vie à quelques partis qui ont disparu de la circulation, à l’instar du Mouvement pour la jeunesse et la démocratie, représenté par Mahdjouba Chalabia, et le Parti de la nature et du développement représenté par Abderrahmane Akif. Des partis qui ont quitté la scène politique nationale depuis les législatives de 2007, si ce n’est avant. D’autre part, les déclarations faites à la presse par certains invités révèlent qu’ils n’ont rien à apporter aux grands chantiers des réformes politiques, en particulier la révision de la Constitution. A sa sortie des consultations sur les réformes politiques avec l’Instance de Abdelkader Bensalah, Abdelkader Merbah, pré- sident du Rassemblement patriotique républicain (RPR) a résumé ses propositions sur les « préoccupations de la presse ». Il s’agit, selon lui, du pluralisme médiatique et des libertés. Il expliquera que la presse doit accéder aux « secrets » des institutions ? Voilà le souci de M. Merbah, il veut connaître les « secrets politiques ». Avant lui, l’ancien Chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali dira que la démarche des consultations « est fausse » et qu’il a répondu à l’invitation par « courtoisie » ! Pour sa part, Khalfa M’barek, président de l’Association des enfants de moudjahidine, a oublié, à sa sortie des consultations, qu’il fallait s’adresser à la presse. Il a fallu que les journalistes lui expliquent qu’il devait faire une déclaration. En réalité, Khalfa M’barek n’avait rien à dire. Ainsi, on se demande si ces invités disent vraiment quelque chose en salle de consultations, sachant qu’il ne s’agit pas de dialogue puisque l’Instance de Bensalah est chargée de rassembler les propositions des consultés. L’Instance avait reçu mardi le président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’homme (Cncppdh), Farouk Ksentini. Ce dernier a l’habitude de présenter un rapport détaillé sur les droits de l’homme en Algérie au président de la République et même faire des propositions, on ne sait pas ce qu’il pourrait apporter, par exemple, à la révision du code électoral. Dans une déclaration à la presse à l’issue de la rencontre, il a souligné que la commission qu’il dirige avait évoqué naturellement le sujet qui l’intéresse en particulier, à savoir la promotion des droits de l’homme et l’édification d’un Etat de droit. Il a ajouté qu’il avait soumis à l’Instance plusieurs propositions relatives à la justice, à la Constitution, aux droits des femmes, à l’école et au phénomène de la corruption. Pour leur part, des partis et des personnalités de l’opposition refusent de participer à ces consultations. Au terme de ces consultations qui se poursuivront jusqu’à la fin du mois de juin prochain, un rapport final détaillé, reflétant les avis et les propositions émis par les participants, sera soumis au Président Bouteflika Les propositions seront ensuite présentées au gouvernement qui élaborera, sur cette base, des projets de loi qui seront soumis à l’APN en septembre prochain, alors que les rumeurs circulent déjà sur l’anticipation des législatives. N. C./Le Jour d’Algérie



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