Des parlementaires qui n’ont de députés que le nom

Le syndicat des absents
Les élus à l’Assemblée populaire nationale sont censés être des relais entre les citoyens et les institutions de la République. Des jeunes s’immolent, d’autres tentent la « harga » sans que leurs prétendus représentants dans leur majorité ne bougent le petit doigt.
Assemblée populaire nationale, entre relâche et relâchement
La chambre basse du Parlement a été désertée hier par la majorité de ses membres. Pour cause évidente, qu’aucun projet de texte n’était programmé. L’institution législative, qui continue de servir de chambre d’enregistrement, se soumettant, impuissante, à l’emprise de l’exécutif, compterait ses derniers jours au vu des appels incessants à sa dissolution. La réalité est amère : les permanences des groupes parlementaires ne grouillent pas de monde. La seule chose que nous avons apprise, auprès d’un député du MSP, c’est que l’assemblée reprendra jeudi ses travaux en séance plénière consacrée aux questions orales aux membres du gouvernement. Là encore, aucune précision si ces questions concerneraient les derniers événements en Algérie et en Tunisie. A une question de savoir si son groupe compterait appeler à un débat général sur la situation, notre interlocuteur du MSP rétorque : « Pour le moment, rien n’est encore prévu ». Seul, le chef du groupe parlementaire pourrait vous informer ». En effet, à l’exception de quelques députés rencontrés dans le hall de l’APN, la grande majorité d’entre eux étaient aux abonnés absents. Pourtant la situation recommande plus de vigilance et d’écoute aux préoccupations de la société, après les émeutes qui ont duré une semaine, et dont aucun bilan n’a encore été rendu par les autorités. Pourtant, en coulisses, le débat bat son plein. « Un jeune s’est immolé à Mostaganem, un autre à Aïn Benian », « c’est la confusion en Tunisie et la formation du gouvernement ne sera pas chose facile dans un tel climat », entend-on dire. Il était difficile de recueillir le point de vue des groupes parlementaires, par rapport à certaines questions, ces derniers étant absents. A noter qu’à l’exception du RCD et d’El Islah, du PT et du FNA qui appellent à un débat général à l’APN sur la situation en Algérie, les partis de l’Alliance présidentielle, à leur tête le FLN, préfèrent adopter un profil bas, même si au sein même de ces partis, des voix se sont élevées pour demander l’ouverture d’un débat sur la situation. Les députés du RCD ont même boycotté, à titre symbolique, le « simulacre de plénière », de dimanche dernier, consacrée au débat du projet de loi sur le règlement budgétaire. Une chose est sûre, la chambre basse élue à moins de 40 % des suffrages, est définitivement coupée du peuple, d’autant plus où rares sont les députés qui continuent à entretenir des contacts et surtout à faire siennes les préoccupations des populations. Au moment où des jeunes se transforment en torches humaines, seule façon pour eux d’alerter les autorités sur leur situation sociale, ceux-là même qui sont censés transmettre leurs revendications se cloîtrent dans leurs tours d’ivoire, ne se manifestant qu’à l’occasion des « saisons » électorales. Ainsi, la chambre basse du Parlement connaît non seulement une session non fournie, mais surtout fait montre de passivité déconcertante face à la situation qui l’interpelle en premier lieu. Salim H.
Relation députés-citoyens, une rupture longue comme un mandat
Dans les pays à démocratie majeure, les citoyens chargent des représentants, par le biais d’élections libres et transparentes, à défendre leurs intérêts et à concrétiser en programmes gouvernementaux leurs points de vue. La relation entre l’électeur et l’élu ne s’arrête pas au lendemain d’élections, bien au contraire, les élus restent attentifs à ceux qui les ont élus en rendant compte des réunions périodiques et en les recevant dans des sièges appelés permanences parlementaires. En Algérie, les choses sont différentes. Après chaque élection législative, les députés nouvellement élus s’isolent de la société et se lancent dans une nouvelle vie. En effet, les citoyens restent, pendant 5 ans, à la recherche de ceux qu’ils ont élus pour leur faire part de leurs préoccupations quotidiennes. En vain. Le meilleur exemple à citer dans ce cadre est celui du parti de la majorité, à savoir le FLN. D’après son chargé de communication, Kassa Aïssi, la majorité des députés de ce parti ne disposent pas de permanences au niveau de leurs wilayas. « Certains de nos députés tiennent des réunions avec les citoyens dans les sièges du parti, mais cela est minime par rapport au nombre global des députés de cette formation », a-t-il indiqué. Si le parti de la majorité parlementaire ne donne pas d’importance à l’ouverture des permanences, ce n’est pas le cas des députés du Front national algérien (FNA), qui, d’après le président de son groupe parlementaire, M. Drihem Abdelkader, dispose de sept permanences au niveau national. « Nous avons au total 15 députés, qui assurent des permanences dans sept wilayas, à savoir Oran, T é b e s s a , Boumer d è s , Tlemcen, Relizane, Ghardaïa et Chlef », a-t-il dit. Dans la wilaya de Chlef, notre interlocuteur affirme que son parti s’est doté d’un siège au centre-ville, ouvert aux citoyens tout au long de la journée. Il nous a indiqué, en outre, que même le numéro de téléphone de leur député est affiché publiquement. Les mêmes propos ont été tenus par le président du groupe parlementaire du MSP, M. Boubaker Mohand Saïd. « Nous avons 25 permanences indépendantes et le reste de nos députés reçoivent les citoyens dans les locaux du parti. Etre à l’écoute des citoyens fait partie des préoccupations majeures de notre mouvement », a-t-il fait remarquer. S’agissant du RCD, ce parti semble non concerné par l’ouverture des permanences. En effet, à l’exception de certains de ses députés ayant quitté le parti, à l’exemple de Tarek et de Djamel Fardjellah, qui ont opté pour se rapprocher des citoyens après avoir démissionné du RCD, les autres préfèrent se focaliser davantage sur les revendications à caractère politique. Younès Saadi
C’est la forme de suffrage appropriée, le scrutin uninominal à deux tours comme remède
Les derniers événements qui ont touché le pays, où des jeunes et moins jeunes ont investi la rue durant des jours, pour réclamer une situation sociale décente, ont montré une fois de plus que ceux qui devaient porter les aspirations de la population aux hautes autorités du pays à savoir les députés sont loin d’assurer cette tâche. Les experts ainsi que les certains partis politiques contactés par nos soins s’accordent à faire incomber la responsabilité de cette défiance au code électoral actuel, qui prévoit le mode de scrutin à la proportionnelle. Ce dernier a ouvert la voie, selon le président du groupe parlementaire du Front national algérien FNA, M, Drihem Abdelkader, au clientélisme et au favoritisme dans la sélection des candidats. « Le retour au mode électoral appliqué en 1991, à savoir le scrutin uninominal à deux tours, réglera beaucoup de problèmes posés. Les citoyens pourront par ce scrutin mieux connaître les candidats, et faire ainsi le bon le choix », at- il affirmé. Néanmoins, il craint que ce système électoral ouvre lui aussi la porte aux barons des finances, qui achèteront les voix des citoyens. La vision est partagée par le chargé de la communication au Front de libération nationale FLN, Kassa Aissi. « La proportionnelle a montré ses limites aussi bien dans les assemblées communales que de la Chambre Basse du parlement. Pour mieux examiner le code électoral actuel et émettre des propositions sérieuses pour sa révision, nous avons créé une commission. Cette dernière prépare en ce moment, une série de propositions à soumettre à la prochaine révision du code électoral », a-t-il déclaré. Pour le FFS les choses sont claires depuis 1991, il a toujours plaidé pour le scrutin uninominal à deux tours.Arguments : ce mode électoral permet d’ancrer la pratique démocratique et d’instaurer une véritable représentation des citoyens au niveau des institutions de l’Etat. Le FFS estime, par ailleurs qu’avec le scrutin uninominal à deux tours, les possibilités d’une fraude électorale généralisée est minime. En attendant la révision du code électoral, les citoyens restent otages d’un parlement figé. Y. Saadi
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