Edward Said : à propos des Intellectuels et du Pouvoir

En ce temps où les intellectuels faussaires font recette (lire l’essai de Pascal Boniface qui vient de paraitre sous ce titre), et où la visibilité passe dans le camp des traders, footballeurs et autres tennismen, il est bon de relire entre autre Edward Said, mort trop tôt tout comme Darwich, et son essai sur les intellectuels qui rassemble des conférences qu’il donna à la BBC en 1993. Said y fait une mise au point éthique et politique de la place et du rôle de l’intellectuel face au pouvoir, mais aussi implicitement face à "l’agir". S’engager (la suite logique de l’indignation !) n’est pas, d’après lui, s’affilier politiquement mais développer une forme de résistance active au cloisonnement accru du savoir et au climat de défaitisme, choses qui déjà à cette époque se manifestaient avec éclat, tout comme, bien entendu, la servilité qui est de tout temps… Cette posture pourrait sembler à certains "élitiste" et méprisante (et ils ne se privent pas de le dire avec démagogie !), elle est à discuter, c’est sûr - tout comme le statut que j’ai posé dernièrement sur mon mur sur lequel beaucoup on fait silence - , mais elle me semble correspondre à une nécessité, celle de dénoncer toutes les impostures, les mensonges médiatiques, les faux-semblants narcissiques, l’exact contraire de cette "vigilance d’outsider" que prônait Said. L’intellectuel est "exilé et marginal, amateur et auteur d’une langue qui essaie de dire la vérité au pouvoir", écrivait-il. J’ajouterais : la vérité DU pouvoir et de celle qui réfléchit, se basant sur l’expérience des siècles passés - échecs et réussites - sur les moyens de lutter, de s’organiser ensemble pour ne pas retomber dans les travers qui ont entrainés les échecs des révoltes du passé. Ça me semble indispensable devant les nuages noirs qui s’amoncèlent dans notre ciel commun, du Nord au Sud, et les poussées de révoltes qui surgissent dans le monde arabe, coupées de l’analyse de ces expériences du passé ; ce qui manifestement pose problème…comme ici. Avec toujours, c’est indispensable j’écrirais en premium !, une réflexion éthique, une auto-critique permanente, telles que Said nous les propose dans ses écrits ET dans sa vie.
par Claude Zylmans



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