Escale de l’Histoire

lundi 19 mai 2008
par BENKAM

Hasard de programmation ou choix délibéré ? Une chaîne française a passé samedi sur une chaîne, on ne peut plus officielle, une émission sur la période coloniale 54-62, précisément. Un choix qui coïncide avec la commémoration, aujourd’hui, de la journée nationale de l’Etudiant qui avait vu des Algériens, promus au plus brillant des avenirs sous la bannière tricolore, décider de déserter les bancs des universités et rejoindre, le 19 mai 1956, les maquis dont beaucoup ne revinrent jamais. Morts au champ d’honneur ou victimes d’un machiavélique plan -la bleuite- qui instaura une suspicion ravageuse et emporta des centaines d’authentiques fils de l’Algérie que seule la flamme de la libération animait.

Le documentaire est d’une qualité telle qu’il aurait pu avoir valeur juridique et conduire nombre de responsables français -ainsi que le menu fretin- en prison pour de longues années, si un tribunal neutre avait été saisi et les photos, films et autres témoignages avaient été présentés comme pièces à conviction. Un simple tribunal, neutre ou pas, aurait, au vu des mêmes images, envoyé à la potence les témoins qui « apportaient » leur contribution à l’histoire -torturés ou non par une conscience qui commence à trembler sous le poids de l’âge et des années, s’il avait concerné… des Juifs en ces temps où l’on commémore en Israël, et sous le haut patronage du président des Etats-Unis d’Amérique, la création d’un Etat qui a appliqué aux Palestiniens ce que les Nazis ont fait subir à ses habitants survivants. Le propos n’est pas de faire dans l’obsession ou de se lamenter sur le sort des Palestiniens, les Algériens n’ont rien à leur « envier » sur ce plan, d’autant plus qu’il y a cinquante ans, c’est-à-dire durant les corvées de bois, la gégène, la villa Susini et les DOP, il n’y avait ni caméras portables ni satellites pour lever le voile sur ce qu’enduraient des fillettes de 9 ans, des femmes, des vieillards et des bergers qu’abattaient les glorieux paras de Massu et qui leur coupaient les oreilles pour les présenter comme preuve matérielle de la mort de l’un de ces « terribles fellagas qui écumaient la région » et gage d’un pari pour bénéficier d’une tournée offerte par le tenancier du coin. Ce seront ces crimes que reconnaissent des Français qui avouent, aujourd’hui, l’inqualifiable, qui fustigent le bon Parisien qui jouit devant un blessé qu’on torture en lui appliquant la strangulation progressive, ou qui dénoncent ces compatriotes qui portaient encore des traces de torture subie dans les camps d’internement allemands et qui se vengeaient sur des civils, sachant pertinemment que c’était des civils que Sarkozy veut balayer en nous proposant un rôle clé dans cette UPM qui ne nous sera utile en rien. Bravo pour la leçon d’histoire, et merci pour la prise de position courageuse de hauts gradés qui ont renoncé à la gloire par humanité et par respect à ces Algériens qui étaient moins que des sous-hommes. On ne peut que féliciter et le réalisateur du documentaire et le programmateur qui nous a expliqué pourquoi ces centaines d’étudiants ont choisi la rigueur des djebels aux sourires charmeurs des étudiantes. Dommage que des Algériens choisissent de périr en mer que dans les bras d’une mère. Peut-être que personne ne leur a si bien expliqué ce qu’est le vrai visage de la France. Peut-être aussi parce qu’ils attendent que quelqu’un l’écrive pour eux avec le même courage. Peut-être pourraient-ils comprendre ce qu’est ce patriotisme dont on parle tant mais qu’ils soupçonnent de n’être qu’un fonds de commerce ?

Miloud Horr La Voix de l’Oranie


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