Ferhat ABBAS : "Au premier coup de feu en Algérie, j’ai crié : " Bravo !"" pourquoi ?

Abane se souvient du succès relatif obtenu par l’AML, l’association de soutien formée des signataires du Manifeste du peuple algérien. Il est temps de faire payer à Ferhat Abbas son entrée dans ce que Ben Tobbal appellé cyniquement le < Club des rescapés >. Pour beaucoup de raisons, cette tentative d’intégration vient trop tard. Depuis la conquête, on n’a pas mené impunément une politique d’islamisation et de différenciation. Les leaders pieds-noirs n’en veulent pas encore, beaucoup de hauts fonctionnaires n’y croient pas.
Et le fait même que Soustelle souligne qu’intégration ne veut pas dire assimilation sème la méfiance dans l’esprit des musulmans les mieux disposés. En somme, Soustelle adopte textuellement, avec vingt-quatre ans de retard, les principes, alors jugés révolutionnaires, exposés par Ferhat Abbas, en 1931, dans son livre Le Jeune Algérien. Lui aussi veut préserver l’ < âme musulmane > et la < personnalité algérienne>.
Pour être juste, il faut dire qu’à cette époque le gouverneur Violette approuvait les idées d’Abbas et son projet n’échoua qu’en raison de l’opposition du colonat et de son soutien parlementaire.
Ferhat Abbas m’a dit plus tard : < Oui, l’intégration est une idée belle et généreuse. Mais maintenant, c’est trop tard. Vous autres Français, vous me jetez souvent au visage ma phrase : j’ai interrogé les cimetières, il n’y a pas de nation algérienne. J’étais avec vous. Je suis contre vous. Pourquoi ? Je ne suis pas l’homme à la mitrailette : pourtant, quand le premier coup de feu a éclaté en Algérie, j’ai dit : Bravo ! Pourquoi ? C’est à vous de répondre. Je suis le symbole du déchirement de l’Algérie d’aujourd’hui !>
Source Historia magazine nr 207 pages 221/222.
M.F. TOUMI



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