Ferhat Abbas : Extraits de son livre "Autopsie d’une guerre"

Extraits choisis par Foudil Boumala
Extrait 1 : La dédicace "Je dédie ce livre à la mémoire de Mourad Didouche, de Mustapha Ben Boulaid, de Larbi Ben M’hidi, de tous les Algériennes et Algériens, connus et inconnus, tombés dans le combat pour que l’Algérie vive dans la liberté et la dignité. Et aussi à la mémoire de Ramdane Abane, et à celle de tous les Algériens exécutés injustement, par leurs propres frères". Ferhat ABBAS
Extrait 2 : Présentation d’Autopsie d’une guerre.
« Autopsie d’une guerre-L’aurore », analyse des événements qui, à partir du 1er novembre 1954, ébranlèrent l’Afrique du Nord dite « française » et se répercutent jusqu’au cœur de l’Afrique. Il retrace les principales étapes de l’insurrection générale de notre peuple. En même temps, il tente d’insérer ce dernier soulèvement dans l’histoire globale de la Berbérie, pour en saisir la portée sur le présent et concevoir un meilleur avenir. Deux événements, en apparence opposés, mais en réalité liés par une étroite causalité, constituent la trame de ce processus historique. Ils pèsent de tout leur poids dans le destin de notre pays : d’une part, l’occupation d’Alger par la France en juillet 1830, le siècle de colonisation qui s’ensuivit et d’autre part, l’appel aux armes lancé par le Front de Libération Nationale (FLN) le 1 er novembre 1954. »
Extrait 3:Chapitre,l’Humanité sera t-elle une ?
AU-DELA DE NOTRE TEMPS LA SCIENCE ET L’HOMME L’Humanité sera-t-elle une ? « Les créatures humaines sont la famille de Dieu. Et celle d’entre elles qui est la plus chère au Seigneur, est celle qui est la plus utile à sa famille. » Hadith ( ) « Un seul mot de science a plus de valeur que la récitation des prières. » Hadith (67) « Allons-nous vers une civilisatiuon nouvelle, plus personnalisée où chacun pourra acquérir les objets qui lui conviennent et qui seront légèrement différents de ceux qui conviennent aux voisins ou, au contraire, sommes-nous engagés dans un processus de dégénérescence au bout duquel notre société se détruira d’elle-même par excès de richesses ? » « L’excès de biens est malsain… » Louis LEPRINCE-RINGUET « Sciences et bonheur des hommes »
L’Algérie a récupéré sa place dans l’ensemble Nord-Africain. L’antique Berbérie a retrouvé ses frontières naturelles. Désormais, elle s’appartient. Pour obtenir son indépendance, notre peuple a supporté près de huit années de guerre. C’était trop payer pour le règlement d’un problème qui se posait en termes fort simples, à la conscience française : dominer ou libérer. Ceux des habitants de l’Algérie qui n’étaient rien dans leur propre pays, se sont battus pour être quelque chose. Après maintes vicissitudes, ils avaient choisi d’être Algériens. Qui pouvait, légitimement, les en blâmer ? En politique, c’est une erreur de compter sur la sagesse de l’adversaire. Les Français, qui se sont acharnés contre nous, étaient ceux-là même qui avaient bloqué, durant plus d’un siècle, toute solution française à nos problèmes. Mais malgré eux, malgré leur ostracisme et leur mauvaise foi, l’« Aurore » s’est enfin levée sur notre pays. Une aurore baignée de larmes et du sang d’innombrables victimes innocentes ; Certes, avec notre indépendance sont nées nos responsabilités. Elles sont lourdes, comme sont lourdes nos difficultés. D’autant que cette Indépendance est survenue au moment où le monde entier est en pleine mutation. Nous voyons s’accomplir sous nos yeux de profonds changements. La décolonisation n’est qu’un des aspects d’une transformation due, en particulier, aux progrès considérables de la science. Cette science, qui nous vient de très loin, a fait se développer les connaissances humaines durant les dernières décennies, beaucoup plus que durant les vingt siècles précédents. Ces progrès ont été réalisés plus particulièrement en Europe. A telle enseigne que la Civilisation moderne peut être qualifiée de « Civilisation européenne ». C’est par sa science et sa technique que l’Europe a dominé le monde. Les servitudes coloniales qu’elle a imposées aux peuples des autres continents, n’ont été possibles que parce que son armement était supérieur à celui des vieilles civilisations. Celles-ci, vaincues, ont rétrogradé. A cet égard, beaucoup de choses pouvaient être dites. Elles l’ont été. Au début de cet ouvrage, j’ai reproduit un extrait du discours d’Aimé Césaire sur la colonisation. Son jugement, aussi sévère qu’il soit, n’en est pas moins juste. Il est absolument vrai que le progrès dont les pays colonisés ont bénéficié, fut marginal. Il ne peut, en aucune façon, compenser certaines déchéances morales subies par les peuples intéressés. La crainte et la peur ont avili l’homme colonisé. « Je parle, écrit Césaire, de milliers d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinage. » Je suis né et j’ai grandi sous le régime colonial. Durant un demi-siècle j’ai regardé autour de moi. J’ai observé les transformations subies par les hommes et les sociétés soumis aux régimes répressifs. Comme dans la fable, « Les animaux malades de la peste » : les hommes ne « dégénéraient » pas tous, mais tous étaient plus ou moins atteints. Voilà que l’ère coloniale s’achève. Par quel ordre va-t-elle être remplacée ? Ne perdons pas de vue que l’Europe a marqué de son empreinte des colonies. L’héritage laissé par elle est multitude. Il ne s’effacera pas en un jour, même dans ce qu’il a de pire. D’où la nécessité d’agir avec prudence et de savoir séparer la bonne semence de l’ivraie. A cours des siècles, des leins se sont tissés entre l’Europe et les peuples colonisés. La civilisation occidentale a eu son côté positif. Toute œuvre humaine a ses ombres et ses lumières. Ce que l’instituteur, le médecin, le professeur, l’ingénieur, l’humaniste, ont semé en Asie et en Afrique a pénétré une partie des masses, a germé et quelquefois fleuri. C’est sans doute cet aspect des choses quiu a fait dire au Président Hô-Chi-Minh : « Le remords de ma vie est de n’avoir pas réussi l’entente avec la France » En pays musulmans l’œuvre de la France a été ternie par l’antagonisme religieux. Malgré les hymnes a respect des Droits de l’Homme et un humanitarisme de façade, elle n’alla pas au-delà de la « Bataille de Poitiers et des Croisades ». la déclaration du Ministre des Affaires Etrangères, Georges Bidaut, lors de l’arrestation, en août 1953, du Sultan du Maroc, S. M. Mohammed V, est révélatrice de cette hostilité permanente. « Entre la Croix et le Croissant, je choisis la Croix », dira-t-il. Que venaient faire, dans le drame de la décolonisation, la Croix et le Croissant ? Il s’agissait, en l’occurrence, de couvrir le coup de force perpétré par le Résident, le Général Guillaume, celui-là même qui se promettait de « faire manger la paille aux militants de l’Istiqlâl ». Georges Bidault prenait, sans doute son Résident Général pour l’incarnation de Saint-François d’Assises et se prenait lui-même pour Bernard de Clairvaux ! Ce conflit religieux a relégué au second plan le côté inhumain du « peuplement européen » en Algérie. Personne ne s’est pas penché sérieusement sur le sort des millions de musulmans qui habitaient notre pays. Ces derniers allaient-ils devenir les « Peaux-Rouges » des Français d’Algérie et finalement disparaître, pour laisser place nette à la nouvelle race occupante ? Il est vrai, qu’à partir de 1900, c’est-à-dire soixante-dix ans après le débarquement de Sidi-Ferruch, il devenait évident que la formule coloniale dite « de peuplement » n’était pas viable. Les Européens d’Algérie n’étaient, ni en nombre suffisant pour nous remplacer, ni assez clairvoyants pour nous associer à leur entreprise. Si la discrimination raciale était restée la loi, elle n’a pas pour autant empêché l’accroissement constant de noter peuple. L’erreur initiale de la France et des colonisateurs a été de mésestimer le facteur « Islam » et la race maghrébine. L’Islam, religion aux dimensions universelles, est éminemment respectable. Quant à notre peuple, il a donné au monde de grands hommes. Massinissa, Saint-Augustin, Ibn-Khaldoun, Ibn Tumart, pour ne citer qu’eux, sont là pour témoigner de la valeur des hommes du Maghreb. Ni l’Islam, ni les Nord-Africains, ne méritaient donc la condition humiliante à laquelle furent réduits. Pas plus qu’au XIV e siècle, la Grèce ne méritait d’être occupée par la Turquie. Des siècles sont passés. Après avoir dominé le monde, l’Europe a été contrainte de se remier sur des frontières naturelles. Et, comme elle tenait, en grande partie, sa puissance et sa richesse de l’exploitation des autres continents, elle subit aujourd’hui le contrecoup de la décolonisation. Déjà elle a perdu la première place au profit des Etas-Unis et de l’URSS, devenus, après la deuxième guerre mondiale, les deux super grands. Alors, plusieurs questions se posent. Entre l’Europe et ces deux grande puissances, que vont devenir les anciens peuples colonisés ? que vont devenir l’Afrique et l’Asie ? L’indépendance acquise, ces peuples vont-ils couper les ponts avec les anciennes Métropoles ? Vont-ils se jeter dans les bras des Etas-Unis ou de l’URSS ? Mon sentiment est qu’il faut se garder de commettre cette double erreur. Il serait dangereux d’opter pour un camp contre l’autre. Le mieux que nous ayons à faire est de rester nous-mêmes tout en établissant de nouvelles relations avec les anciennes métropoles. Si cette Europe n’est plus la première puissance, elle est toujours, par rapport à nous, riche de sa science, de sa technique, de sa production industrielle et agricole. Sans oublier aussi qu’elle est la patrie de Pasteur, de Koch et de Feming qui ont tant fait pour la grande famille humaine. Incontestablement, cette Europe peut être la mieux placée pour nous aider à vaincre le sous-développement, nous aider à émerger vers les temps modernes ! A la condition, cela va sans dire, que nous nous aidions d’abord nous-même ! En ce qui concerne l’Afrique du Nord, le problème intérieur, et qui ne dépend que de nous, consiste à briser l’enkystement médiéval qui nous paralyse encore. Pour ma part, je crois que la renaissance du monde musulman se réalisera aux conditions suivantes : 1° Renouer avec l’étude des sciences exactes chères à nos savants du Moyen Age. C’est par la science que les peuples s’élèvent au-dessus de leur condition première. A cet égard, notre Prophète nous a tracé le chemin : « Un seul mot de science vaut mieux que cent prières », a-t-il dit. Ce Hadith démontre à l’évidence que la science est le fondement de tout progrès. 2° Remettre en honneur les libertés fondamentales de l’homme. Respecter la liberté de penser et la liberté d’expression. Dieu a dit : « Pas de contrainte en religion ( ). » Et encore « L’homme est libre de croire ou de ne pas croire (68). » Si la contrainte est exclue en matière de foi religieuse a fortiori doit-être bannie en politique. La tolérance en tout doit être la règle. L’homme ne peut atteindre les cimes du Savoir et de l’Invention qu’en homme libre. Si la société musulmane n’échappe pas, une fois pour toutes, à l’ « atavisme » légué par les régimes des « Sultans » qui avaient droit de vie ou de mort sur leurs sujets, les musulmans continueront à ramper au lieu de vivre. Condamner les régimes qui engendrent la peur est la peur est la condition première du renouveau et de la grandeur. Tout régime totalitaire « produit » la servilité et la médiocrité. 3° Vivre socialement l’Islam en associant toutes les couches sociales à la prospérité générale. Aucune religion autant que l’Islam, n’a défendu le pauvre au sein de la communauté. Economiquement, le riche a des devoirs. Le pauvre n’a que des droits. En interdisant l’intérêt rapporté par l’argent, les jeux de hasard, les spéculations financières, la concentration de capitaux entre les mêmes mains, l’Islam a condamné les bases mêmes de la société capitaliste, sans, pour autant recommander le collectivisme. Il a prescrit la voie médiane, celle qui encourage et honore le travail et l’entreprise privée, tout en obligeant le riche à être moins riche pour que le pauvre soit moins pauvre. A l’époque où nos Khalifs étaient élus démocratiquement, le Khalif Ali eut un mot célèbre. S’adressant au Trésor Public, il dit : « Sois témoin, que je t’ai approvisionné équitablement et que je t’ai vidé équitablement. » C’est cette équité, dans la répartition du revenu national, que tout gouvernement musulman doit rechercher et appliquer. 4° Le corollaire de la liberté de l’homme est l’émancipation de la femme. Cette émancipation est en puissance dans l’Islam, comme la suppression de l’esclavage et de la polygamie. Les devoirs de la musulmane et du musulman sont les mêmes. Ainsi doivent être leurs droits. Priver une société de la participation de la femme, c’est la condamner à la stagnation. A notre époque, le rôle de la femme en tant qu’épouse et mère, est considérable. Il est à la base de l’équilibre familial et social. Si la femme ne se hausse pas, par la culture, au niveau de l’homme, c’est l’homme qui descendra à son niveau. La religion musulmane est une religion de progrès. Elle propose une cité ouverte à tous les changements, à la science, à la recherche, à l’invention. C’est à partir du moment où elle cessa de progresser que la main de l’étranger a pesé, lourdement, sur elle. En ayant le courage de le reconnaître, nous ne sortirons que plus vite du « ghetto » où l’ignorance et la sujétion nous ont enfermés. Il n’y a qu’une seule façon d’être musulman. C’est là une vérité première. Mais les peuples qui ont embrassé l’Islam sont très divers. Chacun d’entre eux a conservé ses particularités, sans porter atteinte, d’ailleurs, à l’unité de la foi. Le Maghreb a les siennes. Il est à la porte de l’Europe. Il est, en quelque sorte, l’Occident de l’Islam. Durant un siècle il a été imprégné de culture française. Il s’est ouvert aux valeurs, scientifiques de la civilisation européenne. Il ne s’est pas interdit de penser qu’il est bien placé pour être un lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident. Cette rencontre est désormais possible. Après la décolonisation, l’Occident semble évoluer à son tour. Il a une meilleure compréhension des problèmes qui se posent aux peuples africains et asiatiques. Il commence à prendre en respect les autres religions, à admettre le droit à la liberté de tous les peuples. Cette évolution est réelle. Le fait que, durant les années de guerre, de nombreux Français, et une bonne partie de l’opinion publique française, aient pris fait et cause pour nous, le fait que des Français d’Algérie, même, nous aient aidés et protégés, démontrent à l’évidence que le sens de la justice, le respect des nationalités, a débordé les frontières de l’Europe chrétienne. A cet égard, le Général de Gaulle, que beaucoup de Français ont contesté et blâmé, a été, en toute objedivité, un homme de son temps. En reconnaissant la légitimité de notre combat et le droit de notre peuple au libre choix de son destin, il a pris des responsabilités qui le haussent au-dessus du commun. Quoi qu’on en ait dit, en tournant le dos à « l’esprit d’empire », en brisant le cercle vicieux du concept colonial, le Général de Gaulle a su imposer une solution à un problème qui paraissait insoluble. Son courage, sa lucidité, sa ferme détermination, eurent raison des multiples obstacles semés sur sa route. Il fit droit à nos revendications et à l’héroïsme de nos combattants. Ainsi mit-il fin à la guerre d’Algérie. Son nom restera associé à l’histoire de notre pays. L’attitude du Cardinal Duval et du clergé en général est également un encouragement en faveur d’un rapprochement. Monseigneur Duval fut héroïque. Placé au centre du drame, malgré les sarcasmes et les injures des siens, il tint fermement la Croix au-dessus des passions, des préjugés et des haines. A ce titre, il reste, au milieu de nous, le symbole vivant de la coexistence pacifique de la Chrétienté et de l’islam. D’autres secours nous sont venus. Que dire des journalistes, des intellectuels, de Francis Jeanson et de ses amis et de certaines personnalités françaises qui ont accepté le risque, souvent tragique, de dire la Vérité et d’affirmer le bon droit de notre peuple ? La mort était suspendue au-dessus de leur tête. Leur mérite n’en est que plus grand. Dans le cadre de l’appui que des Français apportèrent à notre peuple en guerre, on ne saurait oublier celui de certains soldats du contingent. J’en ai déjà fait mention. On se souvient du putch des généraux d’avril 1961. Si la V e République avait été renversée et si le Général de Gaulle avait été chassé du pouvoir, la guerre d’Algérie aurait pris une autre dimension. Elle se serait probablement étendue à la Tunisie au Maroc et peut-être même à la Lybie. C’était toute l’Afrique du Nord à feu et à sang. Et pour combien de temps ? Si cette aggravation du conflit nous fut épargnée, nous le devons, en grande partie, à l’attitude de certains soldats français. Ils eurent le bon sens et le courage de faire échec à un coup d’état qui ne pouvait qu’aggraver le conflit. Sans en exagérer la portée, ces actes courageux et positifs ont été le fait de nombreux chrétiens. Ils s’inscrivaient à notre actif, à un moment où le moindre geste pouvait avoir de lourdes conséquences. On ne manquera sans doute pas de faire observer que ces manifestations étaient minimes au regard de ce que nous subissions. Mais pour ceux qui ont connu le passé - les conflits de religions et les haines de races - ces attitudes ont une profonde signification. Elles sont l’espérance sur laquelle peut se bâtir l’Avenir. Cet Avenir - celui de l’Afrique du Nord musulmane et de l’Europe judéo-chrétienne - dépend donc, au premier chef, de la réconciliation des trois religions monothéistes. Cette réconciliation déterminera tout le reste. Mais au préalable, il convient de substituer aux anciens rapports de force, des rapports de loyale coopération. Si les peuples Nord-Africains se doivent de dépasser le stade des regrets et de l’amertume, les anciennes métropoles - la France, l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie - doivent, nécessairement, remettre leur épée au fourreau. Est-ce difficile de dominer ses appétits en présence de la misère du voisin ? Avant de parler du prix des matières premières, l’Europe devrait constamment se rappeler qu’elle jette dans ses « poubelles » de quoi nourrir toute l’Afrique. Pour leur part, les Maghrébins - de la Mauritanie à la Lybie - aspirent à travailler dans la paix. Ils sont prêts à donner et à recevoir. Les richesses naturelles dont ils disposent et que la science est allée chercher dans les flancs de la terre, doivent être utilisées d’abord au profit des peuples pauvres, et converties avec le concours d’une Europe nouvelle, en écoles, en universités, en habitations, en hôpitaux, en laboratoires, en usines, en instituts techniques. Cette promotion de l’homme, promotion sociale et culturelle, sera, en définitive, profitable à tous les peuples méditerranéens. Il faut plus de courage pour se supporter que pour détruire. Le resped des libertés fondamentales de l’homme, la foi commune en Dieu, seront-ils des liens suffisants pour atteler à même charrue deux civilisations qui devraient être appelées, de notre temps, à coopérer et à se compléter ? Cette opinion ne m’est pas particulière. Elle est partagée par un grand nombre de musulmans et tout spécialement par ceux dont le destin dépend de la paix en Méditerranée. Il y a plus d’un siècle, le 27 mai 1855, l’Emir Abdelkader, ce héros qui lutta de 1830 à 1847 contre la France coloniale, exprimait la même pensée. Dans sa « Lettre aux Français », adressée au Président de la Société Asiatique, l’Emir aborde différents sujets ; traitant des guerres de religions, il écrit : « La religion est unique. Et ce, par l’accord des Prophètes, car ils n’ont été d’un avis différent, que sur certaines règles de détail. Ils ressemblent, en fait, à des hommes qui auraient un même père, chacun d’eux ayant une mère différente. Les accuser tous de mensonge ou accuser de mensonge l’un et croire l’autre, revient au même : c’est enfreindre, avec légèreté, la règle essentielle du devoir religieux. Si les Musulmans et les Chrétiens avaient voulu me prêter leur attention, j’aurais fait cesser leurs querelles : ils seraient devenus, extérieurement et intérieurement, des frères ( ). Sans doute, l’Emir faisait-il abstraction d’une des causes du conflit : l’impérialisme capitaliste de l’Europe et son expansionnisme pour satisfaire les besoins de son industrie. Mais les temps ont changé : l’Europe chrétienne qui fut en guerre avec le monde musulman, n’est plus la première puissance du monde. Elle a, aujourd’hui, devant elle des nations plus puissantes. D’où la nécessité, pour elle, de changer de stratégie politique et économique. Par ailleurs, les peuples africains et asiatiques aspirent à sortir du sous-développement. Ils ne repoussent aucune coopération économique et scientifique, à la condition que cette coopération se fasse sur un pied d’égalité et dans le respect mutuel des deux parties. A la condition aussi que la personnalité des petits peuples soit respectée. C’est aux économistes et aux scientifiques de découvrir des formules nouvelles en harmonie avec les exigences de notre temps. Pour cela, il est urgent que l’Europe cesse de gaspiller des richesses qui lui viennent de l’univers entier, qu’elle mette un frein à son égoïsme et qu’elle envisage, avec sérieux, de ne plus ignorer la misère qui sévit en Asie et en Afrique. Le XX e siècle s’achève dans l’inquiétude, l’angoisse, la contestation dramatique, la violence individuelle et collective. Les points chauds se multiplient dans le monde. Aucun peuple n’est à l’abri des nuages qui s’amoncellent à l’horizon. Une conflagration générale est à craindre. Si elle se produisait, personne ne serait épargné, ni les grands, ni les petits, ni les riches, ni les pauvres, ni les croyants, ni les athées. Les peuples sont devenus solidaires les uns des autres. Ils sont embarqués, comme au temps de Noé, sur la même arche. Aujourd’hui, le déluge qui nous menace ne vient pas du débordement des eaux, mais de celui de la science. L’arsenal de destruction s’enrichit chaque jour davantage. L’homme ne sait plus quoi inventer pour se protéger et, en même temps, pour se détruire. Le problème du désarmement se pose depuis de longues années. Dans la recherche d’une solution, aucun progrès n’a été à réalisé. La course aux armements s’accentue. Rien n’a été établi pour freiner la volonté de puissance des grandes nations. Dans ce domaine, l’impuissance des petits peuples est manifeste. La paix ou la guerre dépend avant tout des puissances industrielles. Leur arsenal de destruction est tel qu’elles peuvent, en moins de 24 heures, détruire toute civilisation et anéantir tout germe de vie sur notre planète. Or, voilà que le continent où s’affrontent les intérêts économiques et stratégiques des deux grandes puissances. Les rivalités qui animèrent les nations européennes à l’éppoque coloniale, vont-elles renaître entre l’Est et l’Ouest et transformer notre Continent en champ de bataille ? Voilà le péril auquel nous risquons d’être confrontés. Le danger est réel. Sur le plan international, le sens de la justice varie selon que l’on est blanc ou rouge. La morale et la probité intellectuelle n’existent pas. Les Etats-Unis, par exemple, refusent la justice aux Palestiniens pour des raisons électorales et sans doute financières. L’URSS, par le jeu et le choix des alliances, sacrifie les peuples Erythréen et Somalien à l’Impérialisme Ethiopien. Dès l’instant où l’Ethiopie embrasse le marxisme, aux yeux de I’URSS tout lui devient permis. Elle est sûre de bénéficier de l’aide de celle-ci et de Cuba, même si, en l’occurrence, il s’agit de conquêtes de territoires qui ne lui appartiennent pas. L’impérialisme marxiste est aussi injuste et cruel que celui du dollar. Le mot « progressiste » qu’il met en avant, comme un alibi, ne change rien à sa nature agressive. La formule « l’Afrique aux Africains » est séduisante. Faut-il encore s’interroger et se demander si les Africains veulent et peuvent la réaliser ? Pour l’instant ils s’entretuent avec les armes des Russes et des Occidentaux, celles de l’Est et de l’Ouest. Certains de ces pays aspirent à être libres et à protéger leur personnalité, leur concept de vie, leur type de société, tout en recherchant l’amitié de tous. Par contre quelques-uns ne croient qu’à l aide des Etats-Unis. D’autres, au contraire, se rangent sous la bannière du marxisme et appellent, au nom de la Révolution, les soldats cubains à leur secours. En renonçant aux libertés fondamentales de l’homme, ces peuples espèrent s’émanciper plus vite. Ce qui n’est pas toujours vrai. En d’autres termes, ce sont les Africains eux-mêmes qui introduisent chez eux la discorde, au risque de pourrir et d’ensanglanter tout le continent. La sagesse ne consiste-l-elle pas à aller de l’avant tout en restant fidèles à l’héritage de nos ancêtres et à nos grandes et belles valeurs traditionnelles ? Loin de moi la pensée de vouloir ignorer les Etats-Unis et I’URSS. Ce serait absurde. Pour nous Africains (et Asiatiques) les relations amicales, commerciales et techniques avec ces deux puissances sont utiles. Ce qui est condamnable, c’est le fait de s’inféoder à l’une ou à l’autre des deux puissances, au risque d’introduire les germes de guerre dans nos continents. En tant que croyant, j’avoue humblement que les religions n’ont pas donné la Paix aux hommes. Aujourd’hui encore, des chrétiens s’entre-tuent. Des musulmans en font autant. Si les juifs échappent à la guerre intestine, c’est parce que depuis vingt siècles, la conjoncture historique a joué en faveur de leur solidarité et de leur unité. Quant à la quatrième religion sans Dieu, le marxisme, elle n’a pas été plus heureuse Les pays socialistes se font la guerre avec autant de férocité que les peuples capitalistes. Les classes sociales y subsistent, Et l’Etat qui devait « dépérir » pèse de tout son poids sur les citoyens. Le parti unique qui donne naissance à une nouvelle caste privilégiée, jouit d’une « infaillibilité » supérieure à celle de Dieu. Ce qui entraîne l’aliénation de l’homme lequel devient un spectateur muet face au pouvoir qui dispose de son destin. Si les religions n’ont pas ouvert la voie au respect de l’humain et à l’unité de l’humanité, peut-être que la science nous y conduira. Elle peut devenir, grâce à ses découvertes, le Temple de la pacification et le « gendarme » de la paix. Pour l’instant, cette science monopolisée par quelques-uns, fait peser une lourde menace sur les autres. L’Afrique connaîtra t-elle, comme Hiroschima, le cataclysme thermo-nucléaire ? Pouvons-nous éviter ce risque ? Les deux grandes puissances seront-elles assez averties pour procéder à un désarmement réel, éviter la surenchère et la politique du pire ? Depuis des décennies elles s’épient et rusent l’une avec l’autre. C’est là un jeu dangereux qui risque, s’il continue, de déclencher la catastrophe finale. Où trouver une parade à cette menace ? Si ces deux puissances continuent à s’armer, ne serait-il pas salutaire, qu’elles ne restent plus - militairement - en tête à tête, et que d’autres puissances émergent et rendent plus incertain le recours à la guerre ? La Chine Nouvelle, le Japon, l’Europe des Neuf, doivent pouvoir, un jour, jouer ce rôle modérateur. Mais que de perte d’énergie et que de pertes de richesses s’il fallait obligatoirement s’engager dans cette voie pour sauver la paix, alors qu’une multitude d’hommes manque de pain ! En attendant, que pouvons-nous faire ? Que peuvent faire les petits peuples anciennement colonisés ? Un grand nombre d’entre eux ont tenté de se regrouper sous l’étiquette de « non alignés ». Ce mouvement fut créé par Nehru, Nasser, Soekarno, le Maréchal Tito. A l’exception de Tito, tous ces chefs d’état ont disparu, sans avoir pu donner à ce mouvement une efficacité réelle. Parmi les non-alignés, des peuples sont en réalité sérieusement engagés ou tenus en laisse, par l’un ou l’autre camp. Il en résulte qu’ils ne tirent pas leur char dans le même sens. L’Egypte, par exemple, est inféodée aujourd’hui aux Etats-Unis. Fidel Castro devient, en Afrique, le fer de lance du marxisme et y pratique la politique de Moscou. Le Viêt-nam, non aligné, entre en conflit avec un autre peuple, non aligné le Cambodge, sans que le mouvement n’intervienne. L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) est mieux placée pour résoudre pacifiquement les problèmes de notre continent. Elle pourrait avoir un excellent avenir à la condition de commencer par le commencement, de regarder à ses pieds et de balayer devant sa porte. Pour l’instant, les peuples africains se nourrissent de leur propre faiblesse. Le jour viendra où, de leur entente, de leur coopération, naîtra une « Communauté Africaine » capable de se faire respecter et de se faire entendre. Quant à I’ONU, simple pendule destiné à enregistrer les oscillations entre la puissance des Etats-Unis et celle de I’URSS, elle ne prend de décisions que si les intérêts des grandes nations ne sont pas en jeu. A l’exemple de la Société des Nations, elle se comporte comme une vieille fille. Elle se laisse distraire par des problèmes secondaires et oublie de régler les questions importantes dont dépend l’avenir du monde. A-t-elle réglé le problème palestinien qui se pose devant elle depuis des décennies ? S’est-elle penchée sur le drame sanglant de l’Irlande du Nord ? A-t-elle inscrit à son ordre du jour le problème basque ? A-t-elle réclamé le droit à l’autodétermination de l’Erythrée, victime de l’impérialisme éthiopien ? S’est- elle inquiétée du sort des Kurdes ? Elle a mis cinq ans pour reconnaître à notre peuple le droit à l’autodétermination. Par, contre, elle s’est empressée de reconnaître ce droit à des tribus du Sud-Marocain pour encourager, sans doute, les arabo-berbères à s’entre-tuer avec les armes sophistiquées des grandes puissances. En vérité I’ONU est « colonisée »par les grandes nations. Elle n’intervient que si ces nations l’autorisent à intervenir. Reste l’Occident Chrétien. La vieille Europe se remet lentement de ses blessures. Elle est à la recherche d’un second souffle que l’union économique, monétaire et institutionnelle pourrait lui donner. On souhaite qu’elle y parvienne et qu’elle devienne, pour tous les pays méditerranéens, un partenaire de choix, riche et puissant. C’est avec cette Europe que l’Afrique du Nord musulmane devrait signer un « pacte méditerranéen » d’entente et de coopération qui respecterait la personnalité et les intérêts de chacun. Pour vivre et durer, ce pacte réclame deux conditions. La première est que les peuples maghrébins se souviennent de leur commun passé. Il serait sage qu’ils dépassent un nationalisme étroit et réalisent le grand Maghreb. L’avenir est aux grands ensembles. La même langue, la même religion, le même sang, facilitent, mieux qu’ailleurs, la formation de ce Maghreb uni. C’est dans cette voie que la jeunesse maghrébine doit s’engager sans attendre. Est-il besoin de dire, que dans ce contexte, la guerre du Sahara est une infamie ? Cette guerre intestine, entre tribus, nous ramène au Moyen-Age. Quels que soient les hommes qui tombent sur les champs de bataille, c’est le même sang des Arabo-berbères qui se répand dans les sables désertiques. C’est la Berbérie qui saigne. Qu’avons-nous donc appris des événements du monde moderne ? Nous sommes la risée des nations. Il est urgent que ceux qui ont allumé cet incendie l’éteignent, au nom de la solidarité du peuple arabe-berbère, au nom de l’unité du Grand Maghreb, au nom de la fraternité de l’Islam. Les journalistes de Rabat et ceux d’Alger qui vantent leurs « victoires » et décomptent les morts de « l’ennemi », savent-ils que finalement, le glas sonne pour eux et pour nous ? La deuxième condition est que notre « pacte méditerranéen » s’étende à la Méditerranée orientale et que la paix soit rétablie an Palestine. L’heure est arrivée où Israéliens et Palestiniens doivent avoir le courage de s’asseoir à la même table et de trouver les conditions d’une coeexistence pacifique. Israël existe. L’Etat palestinien doit exister aussi. Et la sécurité de l’un et de l’autre doit être assurée. Depuis 28 ans, la malheureuse Palestine est transformée en un cirque pour gladiateurs. Américains et Russes, tels les empereurs romains, restent indifférents aux massacres des innocents. Ils sont plus attentifs à leur hégémonie dans cette partie du monde qu’à la recherche d’une solution juste et d’une paix durable. C’est pourquoi, Israëliens, et Palestiniens doivent cesser d’être des pions entre les mains des grandes nations. La paix en Palestine, la coopération du monde arabe et d’Israël sera, sans aucun doute, l’aube d’une ère de prospérité et de grandeur sur tout le Moyen-Orient. « Certes, il peut vous arriver d’exécrer une chose alors qu’elle est un bien pour vous » Dans l’incertitude des temps présents, ce verset du Coran mérite d’être médité. Israël doit finir par admettre que la force ne réglera rien de durable, car elle implique l’idée de revanche et de recommencement. Son existence ne sera vraiment assurée et garantie que dans l’amitié et la paix avec les peuples arabes et, plus particulièrement, avec les Palestiniens. Il ne sert à rien d’être puissant si l’on n’est pas juste. Quoi qu’il en soit, il est impensable que ces Palestiniens deviennent à leur tour un « peuple errant », comme le fut le peuple juif durant vingt siècles. Ce nouveau crime ne se cmmetra pas. D’autres pactes peuvent être réalisés dans d’autres régions du monde. Entre la Chine Nouvelle et le Japon par exemple. La coopération pacifique de ces deux nations ferait de cette région un centre de technique moderne susceptible de modifier l’équilibre économique du monde. Les peuples de l’Amérique Latine peuvent aussi coordonner leurs efforts et mettre fin à leur exploitation par les capitaux étrangers et par les régimes des dictateurs de droite et de gauche. Leur unité de langue et leur foi Chrétienne sont des liens susceptibles d’être utilisés pour former une « Grande Entente » à la faveur de laquelle ils multiplieraient leurs équipements scientifiques et leurs industrialisations. Et du même coup juguler leur misère. J’achève ce livre sur une interrogation et une espérance. L’Humanité pourra-t-elle s’orienter vers son unité ? Le passé démontre à l’évidence que l’exploitation des peuples pauvres par les nations riches est non seulement un sujet de discorde, mais crée un ordre économique injuste et fragile. Toutes les guerres du XIXe et du XXe siècle ont été provoquées par la convoitise des biens des peuples sous-développés. D’où la nécessité de mettre fin au sous-développement, par tous les moyens, si l’on ne veut pas se retrouver devant de nouveaux conflits. La loi des vases communicants doit jouer entre les peuples au niveau de vie le plus haut et les peuples au niveau de vie le plus bas. Partout l’Homme doit se reconnaître en l’Homme. La notion du bien et du mal, du juste et de l’injuste, est universelle. C’est une lumière que Dieu a semée sur notre terre. Elle est commune à tous les hommes. Mais elle habite surtout le cœur du pauvre. Les peuples riches, le savent-ils ? Voudront-ils demain augmenter la production des produits alimentaires de première nécessité, dont une bonne partie de l’humanité est encore privée, ou bien continueront-ils à fabriquer des armes terrifiantes et coûteuses pour imposer leur hégémonie ? C’est la question qui doit se poser impérativement à leur conscience. Nous sommes à l’aube de l’an 2000. Il faudra que notre Civilisation change radicalement de cap. Si les nations qui monopolisent la science, la richesse et la puissance ne les utilisent pas pour établir, à travers l’univers, un nouvel ordre économique plus juste ; s’ils ne suppriment pas la « faim du monde » et les agressions impérialistes, ils risquent dans un avenir plus ou moins long, de voir la faim des autres perturber leur opulence, semer parmi eux le désordre et peut-être les conduire à un conflit qui les détruira. Tel est leur problème. Et tel est le nôtre. Ferhat Abbas Alger, février 1978 – mai 1980
Sommaire du livre :
AVANT-PROPOS 3 CHAPITRE I LE LONG CHEMINEMENT DE L’HISTOIRE 12 Le poids du passé 12 CHAPITRE II L’ETINCELLE ET L’INCENDIE 16 Effacer le temps du mépris 16 CHAPITRE III LE GOUVERNEUR SOSUTELLE FACE A L’IMMOBILISME COLONIAL 31 Aucun choc psychologique ne vient ébranler l’ordre établi 31 CHAPITRE IV L’APPEL DE LA MONTAGNE ET L’ECHO DE LA PLAINE 46 CHAPITRE V OBSTINATION ET ECHEC DE SOUSTELLE 59 Son « intégration » ressemble comme une sœur au statut colonial 59 CHAPITRE VI L’ALGERIE S’INSTALLE DANS LA GUERRE 75 Les colons restent hostiles à tout changement - Le Congrès de la Soummam 75 CHAPITRE VII L’INTERNALISATION DU CONFLIT 99 La mission de la Délégation Extérieure - Conséquences de la torture et de la Bataille d’Alger 99 CHAPITRE VIII LE MAQUISARD SE BAT ET MEURT DEBOUT 124 L’assassinat de ABANE Ramdane - A Alger l’orage approche 124 CHAPITRE IX La main de la Providence et L’Epée du Général de Gaulle 138 Proclamation du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) 138 CHAPITRE X LE GPRA ET LE DROIT A L’AUTODETERMINATION 162 Régression du concept Colonial dans le monde 162 CHAPITRE XI PAYS MAL AIME, L’ALGERIE SOMBRE DANS LA GUERRE CIVILE Elle est mutilée par l’OAS, seule responsable de l’exode des Français 176 CHAPITRE XII AU-DELA DE NOTRE TEMPS LA SCIENCE ET L’HOMME 196 L’Humanité sera-t-elle une ? 196



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