Ferhat Abbas et l’Islam (2e partie et fin)

mardi 15 décembre 2009
par M.F.TOUMI

j’écris ce livre pour la jeunesse, pour ceux qui naissent à la vie et qui n’ont connu régime colonial ni guerre d’Algérie. Ces jeunes doivent se préparer aux responsabilités de demain. Mon livre est un message, un hymne à la démocratie et aux libertés essentielles de l’homme. Et aussi un hymne à sa dignité. Aussi dirai-je à ces jeunes que vivre c’est choisir et non subir. Et leur rappeler ces vers de Sophocle dans l’Ajax : << Ah ! Donnez-moi vos vingt ans si vous n’en faites rien !>>. J’ai parcouru l’étape le plus importante de ma vie. Elle fut une lutte exaltante. Sorti d’un douar misérable, j’ai été confronté à l’injustice, à la misère des pauvres gens en même temps qu’aux études modernes. J’ai exercé les responsabilités des mandats électifs et enfin celles du pouvoir. A aucun moment, je n’ai trahi mon idéal ni failli aux règles fondamentales de la démocratie.

Je voudrai que mes compatriotes en portent témoignage. Je ne suis ni fanatique, ni rétrograde, ni intégriste. Je suis pour un Islam ouvert à la science, à la technique moderne, ouvert sur le monde extérieur, sur les autres civilisations et les autres croyances. Un Islam dont les premières vertus sont la générosité et la tolérance << Les créatures humaines sont la famille de Dieu et celles d’entre elles qui est la plus chère au Seigneur est celle qui est la plus utile à la famille .>> Cet humanisme exprimé par notre Prophète a valeur universelle. Le savant Pasteur, par exemple, ne l’a pas oublié quand il s’est écrié << Je ne te demande pas qu’elle est ta race, ta nationalité ou la religion mais quelle est ta souffrance.>>

C’est pourquoi il faut s’armer moralement pour parer aux dangers de la vie. De graves menaces pèsent sur l’humanité, et, d’un jour à l’autre, la tempête peut déferler sur le monde. Si ce cataclysme se produit, la jeunesse y résisterait mieux en restant fidèle à la foi de ses pères, à son enracinement. C’est dire que vous ne pouvez adopter la vie du progrès, sans renier notre origine et vos sages traditions, sans tourner le dos à l’héritage des ancêtres, sans abandonner votre style de vie. C’est dans notre passé que nous devons puiser notre force et notre raison d’être.

J’ai vécu l’époque coloniale sans peur, sans compromission et sans haine. Je sais que << l’Algérie Française>> telle qu’elle avait été édifiée, n’était qu’une étape dans l’histoire de l’Algérie. Et qu’un ordre social qui repose uniquement sur la force s’écroule un jour, de quelque manière que ce soit.

Durant mon combat politique la bonne foi était ma règle, la croyance en Dieu mon soutien, l’Islam mon guide, le progrès, la liberté et la justice socilale mon idéal de tous les jours. J’exprime l’espoir que la même croyance et le même idéal guident nos enfants et donnent un sens à leur vie. Puissent ces enfants marcher vers le changement et les temps nouveaux sans mutiler l’Islam, sans renoncer à la liberté et sans renier leur propre civilisation. Alger, mars 1976-mai 1983.

Source, l’Indépendance confisquée 1962-1978, pages 22/23/24/25. Editions Flammarion, le 20 Septembre 1984.

M.F.TOUMI.


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