Ferhat Abbas ou l’’Algérie au coeur‏

mardi 23 décembre 2008
par M.F.TOUMI

C’est un problème difficile à résoudre que d’estimer ce qu’un itinéraire historique doit au milieu social et culturel dont il exprime le savoir, les passions, les préjugés, les forces et les faiblesses. Toutefois une évidence s’impose homme de conviction et de courage politique, ABBAS Ferhat s’est totalement investi dans la lutte pour l’affranchissement de son peuple et de ses compatriotes.

Tous ceux qui l’ont connu appréciant sa franchise , sa générosité, son culte de la vérité ainsi que la passion de sa recherche. Fougueux et éloquent dans le verbe comme dans l’écrit, il n’aimait pas verser cependant dans la démagogie ni faire des promesses en l’air. Car il avait le respect des autres et s’attachait à créer des rapports de confiance avec eux.

Ferhat ABBAS est resté vivant dans la mémoire collective, en dépit des silences de l’histoire confisquée. Les gouvernants ont eu beau dépolitiser le corps social et mobiliser les symboles à leur profit, l’affection portée à l’"ancien" au premier Président du GPRA, continue de les narguer. Quant aux jeunes Algériens, malgré les feux d’éclairage de la propagande mais à la lumière des récents combats pour les droits de l’homme, ils découvrent que les droits de l’homme justement constituaient le drapeau de Ferhat Abbas, comme Messali Hadj et tous les militants nationalistes. Ferhat Abbas vantait les mérites des principes de la Révolution Françaises de 1789 afin d’en revendiquer l’application en Algérie au nom de leur caractère universel et imprescriptible. Les droits de l’homme lui paraissaient être l’Alpha et l’Oméga afin de faire coincider le peuple Algérien avec son humanité. On ne discerne pas toujours le meilleur en politique, mais on éprouve souvent le mal avec certitude. Or, ce sont les maux coloniaux (le régime d’exception, le deuxième collège, les lois scélérates) qui ont poussé vers Ferhat ABBAS la revendication de l’assimilation. Son souci était d’abord d’accéder à la dignité de citoyen, de conquérir le droit d’avoir des droits. " France, rends moi ma dignité, ou reprends tes écoles ". Etait-ce là un langage d’obscurantiste. Lui qui croyait qu’on ne pouvait avançait qu’en développant la raison ? En réalité, pour lui les dimensions de la dignité constituaient un tout indissociable. Il ne voulait pas d’écoles -alibi, vitrine de la tutelle. Quelle actualité dans ce jugement ! Dire par ailleurs de Ferhat Abbas qu’il était un libéral dans le sens restreint du terme, c’est-à-dire très sensible à la misère, c’est oublier ses luttes d’émancipation économiques et sociales. Moins marxiste dans ses analyses que ses proches. Il a combattu avec véhémence avec plus de véhémence et plus de conséquence en faveur de la réforme agraire et la distribution des terres aux paysans pauvres. Certes, révolutionnaire il ne le fut pas dans le sens de la promotion et de l’organisation des masses en tant que moteur de l’histoire. D’ailleurs, il ne prétendait pas l’être. Notable sans peur et sans reproche, il s’est dévoué à sa manière et sans relâche ; il refusait l’inanité de stratégies qu’il croyait fondée sur l’illusion ; tacticien de génie et sans être opportuniste il eut le sens des opportunités. En leader scrupuleux et intelligent, il a toujours eu conscience des responsabilités politiques historiques. Ainsi, peu après le débarquement allié à Alger en 1942, il rédigea, en Février 1943, le "manifeste" du peuple algérien et le remit aux autorités américaines et françaises. Dans ce texte mémorable, il hissait les froits de l’homme au niveau des droits des peuples à disposer d’eux mêmes. Ainsi, en avril 1956, il rejoignait publiquement le FLN "l’insurrection étant devenue le plus sacré des devoirs de l’homme". Il intégrait dans la révoluttion algérienne les principes de 1789, faisant basculer la bourgeoisie algérienne dans le combat libérateur et apportait le poids décisif dans les luttes intérieures et extérieures. Contrairement à tant de dirigeants, il ne fut jamais affligé de cette double fatuité de suffisance et d’incapacité de comprendre ce qui les dépasse. Ainsi, il a deux à peine, à la vieille du 30 ème anniversaire de l’insurrection de novembre 1954, il publiait son dernier ouvrage l’indépendance confisquée. Un véritable testament qu’il faut lire au présent et au futur. Il dénonce le parti unique, appelle à l’ouverture démocratique, à l’arrêt de la guerre larvée au Maghreb et à la construction de l’unité maghrébine… Par une ironie de l’histoire la mort de Ferhat Abbas coïncide avec le congrès du FLN. El-Moudjahid titre " Le nouveau départ " ! Que de temps, de richesse, de patriotes gaspillés pour des résultats connus d’avance ; les mêmes causes engendrant les mêmes effets. Sans doute Ferhat Abbas a-t-il quitté sa famille, ses amis et son peuple attristé par le spectacle renouvellé d’un conclave aveugle. Mais non sans espoir, puisque imprégné de la foi et de l’ardeur de ces jeunes Algériens jugés à Médéa et qui ont pour nom Ait-Djoudi, Amirouche, Mehenni ou Saadi. L’idéal fondateur de la révolution algérienne n’est pas mort. Une nouvelle floraison d’espérance vient d’éclore. C’est ça le vrai départ. …..

M.F.TOUMI


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Réactions

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dimanche 17 octobre 2010 à 13h36, par  BENKAM

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 23/12/2008 13:16 Mis à jour : 23/12/2008 13:37
Re : Ferhat Abbas ou l’’Algérie au coeurþ
Bravo, ce témoignage serait de Hocine Ait-Ahmed leader de la Révolution Algérienne, et du F.F.S…Un lecteur

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