Fierté et fête nationales

lundi 20 juillet 2009
par BENKAM

Je suis jaloux des autres pays, des autres nations qui savent parfaitement qu’ils ont une fête nationale dont ils connaissent la date exacte et le jour ; qui la fêtent et qui assistent avec fierté à la parade de leurs troupes, celles qui sont chargées de défendre leur pays, leur mode de vie et leurs libertés. J’ai pensé à tout cela en regardant la télé française le 14 juillet dernier, jour de la fête nationale commémorant la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, haut fait d’armes de ce qui, au fond, n’était que le début d’une longue guerre civile qui a dévasté ce pays.

Le temps était idéal pour les différents exercices et démonstrations terrestres et aériennes, la parade militaire impeccable, les représentants du pays invité, l’Inde pour cette année, impressionnants dans leurs uniformes et leur pas martial plein de rigueur et de majesté.

Par Mohamed Chouieb

Les Français étaient là, présents en masse – on parle de plus d’un million de personnes - pour applaudir leur armée dont ils sont tellement fiers et en qui ils ont une totale confiance (90% des Français lui feraient confiance selon le « Journal du Dimanche daté du 12 juillet), une armée qui, pourtant, hormis les guerres coloniales entreprises contre des adversaires beaucoup plus faibles, n’a essuyé que des défaites et des raclées mémorables depuis la fin de l’épopée napoléonienne, il y a bientôt deux siècles de cela.

Mais les choses sont ainsi : le sentiment et la fierté nationales n’obéissent ni à des faits rationnels, ni à une quelconque comptabilité des exploits guerriers. Ils naissent, grandissent et se confortent sur la capacité des institutions à insuffler à leurs citoyens la conviction intime que le pays est à leur image et qu’il possède et met en œuvre tous les moyens nécessaires pour leur garantir, à eux et à leur descendance, une vie digne et conforme à leurs convictions, à leurs valeurs et à leurs ambitions. Profitant de cette communion populaire, le président, malgré une côte de popularité anémiée et les critiques acerbes qui accompagnent chacune de ses initiatives, s’est mêlé à la foule, plaisanté avec gamins et parents dans une atmosphère fleurant bon les lendemains qui chantent. Je ne peux m’empêcher de faire la comparaison avec mon cher pays, l’Algérie, vissée à mon cœur et à mon corps, malgré les déceptions, le temps, les distances et l’exil. Indépendants depuis bientôt un demi-siècle, nous ne savons pas encore si nous avons une fête nationale. Au début, c’était évident : c’était le jour de l’indépendance, le 5 juillet. Cela d’autant plus que les patriotes qui avaient négocié les accords d’Evian avaient fait coïncider cette date avec celle de l’agression coloniale de Sidi Fredj, le 5 juillet 1830. Et il en fut ainsi pendant les quelques années où l’Algérie tenait son cap : fête nationale, fierté nationale, sentiment national d’être en capacité de damer le pion au reste du monde, intangibilité de nos principes comme de notre unité et de nos frontières. Puis vint la période des doutes et des reniements honteux, qui a vu la « Fête nationale » se métamorphoser en « Fête de la jeunesse » , nous invitant, par là, à danser, consommer, profiter de la vie et griller nos maigres économies au lieu de penser à l’avenir et, aussi, de communier avec les héros qui ont libéré le pays au prix du sacrifice suprême. La « Famille révolutionnaire » en cours de conception ne vit pas ces choses d’un très bon œil : elle exigea et obtint que le 1er novembre fut sa journée, journée au cours de laquelle, finalement, on lui reconnaîtrait sa part sonnante et trébuchante dans les affaires à venir et un droit de regard symbolique sur la marche du pays. Ainsi, pendant quelques années, le 1er novembre joua le rôle de succédané de fête nationale. Un succédané discret et fort peu martial malgré toute la symbolique se rattachant au 1er novembre dont seule rappelait la nature : la visite des cimetières de chouhada. Point de manifestation martiale, guerrière et, encore moins, de discours belliqueux. Tout est fait pour ne pas montrer que nous sommes un pays qui est capable de casser les dents à quiconque qui oserait s’y frotter : il n’était pas question de froisser l’ancienne puissance coloniale qui reprenait de plus en plus la main dans le jeu algérien. Il en fut ainsi jusqu’à la longue parenthèse de la guerre civile qui fit oublier à chacun qu’il avait un pays et où l’étendard vert remplaça souvent le drapeau algérien. Et, l’état d’urgence aidant, les choses ne semblent pas avoir bougé.

J’ai souvent entendu nos dirigeants nous reprocher notre peu de fierté d’être algérien sans qu’ils ne se posent la question s’ils font eux-mêmes des choses dont les Algériens peuvent être fiers. On a été fiers, plus fiers que ne l’a jamais été aucun autre peuple du monde, lorsqu’on libéré notre pays, lorsqu’on construisait notre pays, lorsqu’on voyait un tracteur, un camion algérien, lorsqu’on a nationalisé le pétrole, lorsque tous nos enfants étaient scolarisés, lorsque notre équipe nationale de football battait l’Allemagne en coupe du monde ou le Nigéria à Lagos, lorsque Boulmerka et Morceli gagnaient des médailles d’or sur les stades du monde. Maintenant, nous sommes réduits à considérer une victoire contre l’Egypte, pays qui, au moment où on y a commencé à jouer au football dans les années 70, la Fédération algérienne de football était celle qui comptait les plus de licenciés dans cette discipline de toute l’Afrique, comme un exploit extraordinaire. On a été tellement fiers que d’autres nous l’ont reproché et que les nôtres ont tout fait pour que cela ne se reproduise plus : plus de victoire, plus d’indépendance nationale, plus de parade militaire ; plus aucun succès ni réussite dans aucun domaine tout en rendant le peuple responsable de cette situation. Et en faisant semblant d’oublier qu’un peuple n’est que ce qu’on a voulu qu’il soit, c’est-à-dire, le résultat d’une politique et d’une gestion du pays. Et que ce peuple était un peuple d’acier avant qu’on lui fasse perdre la boussole. En plus de cela, la seule institution dont les Algériens peuvent être légitimement fiers depuis 1954, c’est-à-dire notre armée, on nous la cache comme si l’Armée nationale populaire avait commis les pires fautes, les pires crimes qui soient, alors qu’elle est la seule à avoir parfaitement rempli sa mission de défendre chaque pouce du territoire national malgré les convoitises, les complots et les agressions. Non seulement, on nous la cache mais, aussi, on laisse des pays tiers hostiles proférer des insultes à son encontre sans qu’aucune réaction officielle n’ait lieu. Comme s’il y avait une sorte d’approbation complice avec l’étranger car « celui qui ne dit mot, consent ». Le plus grave c’est, qu’au-delà des gesticulations, des déclarations ponctuelles et des effets de manche destinés à nous faire accroire qu’on effectue un bras de fer avec l’Union européenne, l’OMC et le reste du monde pour préserver les intérêts de la Nation, tous les indicateurs montrent que ce n’est pas le cas. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir la manière dont l’Occident chrétien et les Juifs ont traité l’Iran lors de ses dernières élections présidentielles alors que notre pays venait juste de jouer devant leurs yeux fermés un simulacre d’élection à ranger dans le pire répertoire des républiques bananières. Pourquoi cela ? Tout simplement, parce que l’Iran mène une politique nationaliste qui préserve et développe les intérêts iraniens et l’Algérie une politique de pays colonisé qui pompe et exporte des ressources précieuses car non renouvelables, et qui rend l’argent à ses clients par le biais de l’importation, des contrats et de l’achat de bons du trésor américain. Et puis, nous voyons de nos yeux, tous les jours, l’imbrication de plus en plus grande du politique avec le monde du fric et des affaires qui ne prédit rien de bon pour l’avenir. C’est pour ça que, malheureusement, je ne crois pas que c’est demain qu’on nous donnera le sentiment que notre pays est entre de bonnes mains et qu’il y aura motif à fierté.

Mohamed Chouieb 20 juillet 09


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Réactions

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mercredi 3 novembre 2010 à 02h51, par  BENKAM

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invité(e) Posté le : 20/07/2009 17:46 Mis à jour : 20/07/2009 18:51
Re : Fierté et fête nationales
Ça fait longtemps que les Algériens ont perdu leur fierté. Quand Boudiaf Allah Yrahmou est revenu il s’est posé la question : elle où la fierté des Algériens ? Cette fierté c’était un fait qui a duré jusqu’au années 70 et après c’est la chute libre. Au moment où la fierté des peuples et nations peut durer des siècles, la notre malheureusement n’a durée qu’une décennie. Quand j’ai entendu le ministre de l’intérieur hier parlait en Français, je me suis dis elle où cette fierté, pourquoi les responsables français ne parlent jamais en Anglais quand ils s’adressent à leurs concitoyens.
Le manque de cette fierté est dû à l’injustice, l’homo-algérianus ne voit pas que les institutions et l’Etat sont faits à l’image de la « nation » ou plus précisément à celle du peuple.
C’est vrai l’Algérie ne voulait pas froisser l’ancien colonisateur, ça fait longtemps, par exemple, qu’on n’a pas vu un nouveau film sur la guerre d’indépendance.
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invité(e) Posté le : 21/07/2009 06:03 Mis à jour : 21/07/2009 06:29
Re : Fierté et fête nationales
Le coup le plus dur qu’a connu la "fierté" algérienne c’était l’assassinat de Boudiaf. C’est très symbolique, les lâches ont tout simplement tué celui qui a lancé le plus grand projet de fierté algérienne.

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invité(e) Posté le : 21/07/2009 07:31 Mis à jour : 21/07/2009 08:08
Re : Fierté et fête nationales
Monsieur Chouieb Bonjour et merci pour l’article

J’ai une petite question, un petit peu hors sujet, concernant la fete de l’indépendance à Jijel en 1962.

Pouvez-vous nous donner une image en quelques lignes de ces "fetes" du 19 mars et du 5 juillet 1962 à Jijel ?

Merci

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invité(e) Posté le : 21/07/2009 09:55 Mis à jour : 21/07/2009 10:25
Re : Fierté et fête nationales
Du 19 mars, je n’ai pas beaucoup de souvenirs à part celui d’une journée de grisaille avec une mer pas très calme, c’était important pour moi qui habitait au Village Mustapha, et, tout d’un coup, le bruit a courru que le cessez-le-feu avait été signé. Les gens sont sortis spontanément pour exprimer leur joie et des cortèges se sont formés dans tous les quartiers et, surtout, au centre ville. Mais nous avions quand même peur car les forces coloniales étaient toutes présentes et on ne savaient pas comment elles aller réagir et jusqu’où on pouvait aller. Le changement le plus radical fut la levée des barrages qui bouclaient les accès à le ville. On en a profité pour sortir à la campagne en vélo et cueillir essella.

Pour le 5 juillet, c’était différent, très different, ce fut le délire, tout le monde est sorti dans la rue dans une joie indescriptible, chacun a confectionné son drapeau qu’on a mis au balcon et avec lequel on a défilé. Quand je dis "tout le monde", c’est tout le monde, femmes hommes, enfants et vieillards. La fête a duré des semaines avec l’arrivée progressive des quelques maquisards qui restaient en vie et avec la fameuse chanson " a yemma echili wal 3oun ;-échec ". On étaient heureux et fiers comme personne ne pouvait l’imaginer au point que lorsque j’écris ces lignes, les larmes me viennent aux yeux.
Inch’Allah que mes jeunes compatriotes vivront un jour un bonheur de cette intensité.
Mohamed Chouieb

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invité(e) Posté le : 21/07/2009 11:04 Mis à jour : 21/07/2009 11:24
Re : Fierté et fête nationales
Merci Monsieur Chouieb pour votre témoignage, c’est très sympa ! ;- à votre santé

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salahovski Posté le : 21/07/2009 11:52 Mis à jour : 21/07/2009 12:03
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Inscrit le : 30/05/2009
De :
Envois : 680 Re : Fierté et fête nationales
"La fête a duré des semaines"
je dirais méme des années…personne ne travaillait aprés l’introduction du systeme de l’autogestion.L’agriculteur était devenu salarié,se couchait aprés le film de la soirée et reprends le travail vers 9h du matin aprés une partie de domino dans le café du coin.Dans les usines,les responsables du parti avaient une autorité plus imporatnte que celle du directeur.Un point positif:le programme de formation des cadres mais ces ingenieurs étaient "muselés" par les "anciens maquisards" analphabétes.Je crois que nous avons ráté notre indépendance et perdu,pour rester dans le sujet,notre fiérté d’étre algérien.


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invité(e) Posté le : 21/07/2009 14:39 Mis à jour : 21/07/2009 14:46
Re : Fierté et fête nationales
"je dirais méme des années…personne ne travaillait aprés l’introduction du systeme de l’autogestion.L’agriculteur était devenu salarié,se couchait aprés le film de la soirée et reprends le travail vers 9h du matin"
ce n’est pas vrai c que vous dites la !
pd les premières années de l’indépendance l’algérien a relevé un défi qu’on n’arrive pas à égaler actuellement avec tous les moyens et la manne financière qu’on posséde en 2009

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invité(e) Posté le : 21/07/2009 18:00 Mis à jour : 21/07/2009 19:01
Re : Fierté et fête nationales
je fais partie de cette première génération d’ouvriers et de cadres qui ont travaillé dans le secteur public dès ses débuts après l’indépendance. Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai eu l’occasion de travailler et d’occuper plusieurs types de responsabilités au Maroc puis en France et je peux vous dire que jamais je n’y ai travaillé autant que nous le faisions en Algérie. Si cela n’a pas marché, ce n’est pas parce que les Algériens ne voulaient pas travailler mais parce que la bureaucratie et les entraves politiques et idéologiques les en ont empêchés. J’ai d’ailleurs écrit à ce sujet un long témoignage que j’ai intitulé " Vie et mort d’une société nationale" et qui a été publié sur les sites de Jijel et sur le Quotidien d’oran en février 2008.
M. Chouieb

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salahovski Posté le : 22/07/2009 17:23 Mis à jour : 22/07/2009 19:41
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Inscrit le : 30/05/2009
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Envois : 680 Re : Fierté et fête nationales
"pd les premières années de l’indépendance l’algérien a relevé un défi qu’on n’arrive pas à égaler actuellement avec tous les moyens et la manne financière qu’on posséde en 2009"

Quel défi ?celui de suivre les francais ?á vous lire,on a l’impression que les algeriens des premiéres années de l’indépendance étaient des bátisseurs sans failles..l’histoire nous montre le contraire.Citez-moi des sociétés publiques de l’époque,qui étaient bénéficiaires..(en dehors du secteur hydrocarbure).L’algérien est souvent un bras cassé,dans son pays.C’est la triste vérité.
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invité(e) Posté le : 22/07/2009 23:35 Mis à jour : 23/07/2009 00:34
Re : Fierté et fête nationales
Toutes les sociétés publiques étaient bénéficiaires jusqu’au moment où le pouvoir a rappelé aux gestionnaires qu’ils n’étaient pas là pour faire des bénéfices. Je vous parle du vécu et non pas d’histoires ou de légendes telles que les répandent les ennemis de l’Algérie.

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