Fuera de Aqui , gringo !

lundi 22 juin 2009
par BENKAM

Fuera de Aqui , gringo !

" Un homme meurt en moi toutes les fois qu’un homme meurt quelque part, assassiné par la haine et la hâte d’autres hommes."
- Jaime Torres Bodet, écrivain mexicain (1902-1974), in civilisation.

Certains rapprochements peuvent être hâtifs et hasardeux, des similitudes sont cependant frappantes entre des situations régnant dans des pays éloignés les uns des autres par l’espace et le temps. Hier,en Algérie,la domination française était synonyme de peuplement et d’exploitation des ressources humaines,richesses nationales,et la flamme de la résistance était demeurée vivante malgré la sauvagerie de la répression et le reniement d’une infime minorité de collaborateurs.

En 1870, le général Deligny, dans une lettre au maréchal Mac Mahon, gouverneur général de l’Algérie, apportera le témoignage suivant : "de l’expérience que j’ai acquise, il résulte pour moi que la société indigène est en état permanent de conspiration contre nous et que toute organisation appuyée sur l’élément indigène y repose sur une base instable ". Pour s’en convaincre,il suffit de se référer aux poètes populaires,le souvenir amer de la défaite ne mourra pas et la résignation,lourde à supporter,ne pouvait qu’être passagère. Les chants sont éloquents,surtout après la prise d’Alger en 1830,le départ en exil de l’Emir Abdelkader en 1847, le massacre de l’Oasis de Zaatcha en 1849,l’échec malheureux des soulèvements dans le Sud oranais en 1881,les journées sanglantes de mai 1945 à Guelma,Sétif et Kherrata. Les peuples n’acceptent pas d’être spoliés, humiliés indéfiniment. Outre-atlantique, l’Amérique Latine est depuis toujours considérée comme l’arrière-cour, la "profondeur stratégique" des Etats-Unis du Nord qu’elle tient pour responsable de tous les maux, ce qui explique la rancœur, voire l’hostilité violente dont ils sont l’objet permanent, à l’ombre des multiples alliances "militaires (Big-stick ou gros bâton) et/ou de la "diplomatie du dollar". Les conquistadores ont été relayés par les Yankees et les Gringos, après l"élimination de fait des Européens,à l’issue de la première guerre mondiale. La volonté hégémonique suscite et alimente des conflits incessants, aggravés par d’indiscutables différences (Anglais/Espagnols/protestantisme, catholicisme ; civilisation matérialiste, civilisation humaniste). Avec les immigrés arrivent des capitaux considérables notamment dans les pays, à climat supportable (Argentine, Brésil, Chili, Uruguay) et, chaque fois qu’ils estiment leurs intérêts menacés, les Etats-Unis interviennent militairement,de façon automatique,en vertu du " corollaire Roosevelt "de 1904, blocus proprement dit ou "guerre de faible intensité ("directe : Grenade ou indirecte : Nicaragua). S’ils accordent volontiers des prêts aux gouvernements "loyalistes", ils créent mille et un problèmes aux progressistes pour les déstabiliser et installer leu " protectorat " sur des républiques théoriquement indépendantes en particulier par le biais de " conseillers ", d’ambassadeurs omnipotents, enfin de compagnies pétrolières, minières (fer, nitrate, cuivre) et fruitières (banane, cacao, canne à sucre, café), le tout au nom de leur propre sécurité et de la paix internationale ! Là, ils installent des bases (Cuba), là, ils imposent des concessions (Panama), là, ils occupent carrément les pays (Saint voisins dans de sanglantes épreuves (guerre du Chaco en 1935 entre la Bolivie et le Paraguay) afin d’acquérir des puits de pétrole, d’autre part en 1928 à la conférence de la Havane, ils ne voient pas d’un bon œil la constitution d’une opposition refusant que l’Union panaméricaine devienne instrument de l’impérialisme Yankee. Ils n’apprécient pas non plus les projets " révolutionnaires " du mexicain Cardenas,qui entend nationaliser terre et pétrole,des Brésiliens Vargan qui entame l’élimination des sociétés étrangères et Getulio qui fonde la Petrobras et dénonce les " forces obscures " du guatémaltèque Arbenz qui ose confisquer les terres de la Unites Fruit Compagny et sera en 1951, la première victime de la CIA, du panaméen Rémon assassiné l’année suivante,du cubain Castro dont l’exemple subversif est à la fois une " provocation insupportable " pour les uns et une " revanche contre les Etats-Unis " pour les autres.

A.B.A à suivre…


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Réactions

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vendredi 29 octobre 2010 à 19h44, par  BENKAM

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invité(e) Posté le : 22/06/2009 13:52 Mis à jour : 22/06/2009 14:06
Re : Fuera de Aqui , gringo !
Citation :
(Anglais/Espagnols/protestantisme, catholicisme ; civilisation matérialiste, civilisation humaniste)

civilisation humaniste ???? peut_on considérer la reconquesta et les conquestador avec leur nettoyage ethnique systématique de "civilisation humainiste" ?


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invité(e) Posté le : 25/06/2009 10:38 Mis à jour : 25/06/2009 10:56
Re : Fuera de Aqui , gringo !
La préférence des impérialistes va tout naturellement aux colonels et aux caudillos,dictateurs de dimensions diverses auxquels est dictée visiblement ou non la politique à suivre : oppressions et misère interne, dépendance externe et enrichissement illimité des étrangers maîtres des marchés mondiaux des matières premières et fournisseurs imposés des produits manufacturés,étouffement de toute velléité de libération des peuples,avec assassinat des dirigeants nationalistes en cas de besoin.
L’illégalité et la violence sont justifiées par l’exploitation effrénée des fiefs gérés par les Américains,sous leur propre drapeau et avec leur propre police,ainsi que par l’amitié "inconditionnelle" des Batista, Duvalier, Cabrera, Ubico, Armas et Fuentes Andino, Guardia et Fernandez, Somoza et autres gangsters, champions dans les trafics de drogue et des armes.
L’Amérique Latine doit demeurer sous haute surveillance, et tant pis si la démocratie ne voit pas le jour, si le modèle agro-exportateur de la monoculture intensive est maintenu, si les usines se contentent du montage et profite d’un réservoir de main-d’oeuve à bon marché, si la dette extérieure est plus écrasante, si les tensions sociales ne baissent pas . Trade, si ; Aid, No.
Parce qu’elle est "trop loin de Dieu et trop près des Êtas-Unis", l’Amérique Latine sera créée à Bogota en mai 1948. Le traité inter américain d’assistance militaire est en fait destiné à perpétuer l’hégémonie dévorante et insatiable des États-Unis, qui ne cacheront pas, en 1989, leur hostilité à la constitution d’un parlement centraméricain.
L’on ne pourra pas ici, éviter d’évoquer, la mise sur pied en 1945, de la Ligue arabe à l’instigation de la Grande-Bretagne, fidèle à sa politique sournoise de division et d’exploitation des richesses du Moyen-Orient.
Nul ne s’étonnera donc de l’image franchement négative de Gringo et du Yankee chez les peuples sud-américains. Les sans-voix trouvent, selon les circonstances et les États, des témoins de leurs conditions d’existence. Fidèles, ardents et courageux, des écrivains et des cinéastes sont souvent talentueux dans leur dénonciation de la dictature locale et de la tutelle étrangère.

ABA.
à suivre …


Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 25/06/2009 13:57 Mis à jour : 25/06/2009 13:59
Re : Fuera de Aqui , gringo !
Suite et fin.

Approchons-nous du plus célèbre d’entre eux,prix nobel de littérature en 1967, Miguelle Angel Asturias, qui lui-même, participa à la chute du dictateur guatémaltèque Estrada Cabrera et collabora avec le gouvernement nationaliste Arbenz. Écoutons avec lui les chants des étudiants rapportés dans son " Vendredi des douleurs ".

" Oncle Sam, Oncle Sam
Tes usuriers
Enrichissent les uns
Mais le peuple est nu et a faim
Le Yankee pote Recinos
Pour mener sa lutte gredine
Usa de méthodes canines.
Mais il a pu garder son os
Sois chien ou bien apprends
Patriote
Ce qui t’attend
La prison
L’exil
Ou
La tombe ."
Apprécions ensemble le portrait de Green Pope, le cynique Geo Maker Thompson, Yankee ambitieux, exploiteur sans scrupule en sa qualité de contre-maître ou fondé de pouvoir de la United fruit.
" Rien de ce que la Compagnie a fait dans ce pays n’est correct, et ce n’est point parce que nous manquons de titres que nous allons laisser à l’abandon les cultures, les installations et, ce qui vaut plus encore, le chemin de fer !
Eh bien, on obtiendra ça en achetant les gros bonnets.
Il me semble qu’il n’y a plus qu’à procéder à la déclaration (d’annexion) à Washington, In le pape vert.
Enfin offrons ce saisissant raccourci qui dit la misère, la peur partagée, la nuit de la dictature : " Les mendiants se taisaient et grattaient leurs puces sans pouvoir dormir,attentifs aux pas de gendarmes allant et venant sur la place peu éclairée, et au cliquetis des armes des sentinelles,fantômes enveloppés dans des ponchos rayés et qui aux fenêtres des casernes voisines, veillaient sur pied de guerre comme toutes les nuits, sur la sécurité de président de la République dont on ignorait le domicile parce qu’il habitait hors de la ville plusieurs maisons à la fois,comment il dormait, car on racontait que c’était debout à côté d’un téléphone, avec un fouet à la main, et à quelle heure, car ses amis assuraient qu’il ne dormait jamais.in " Monsieur le président ".
ABA.

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