Fukushima, c’est quoi messieurs ?
Par Noureddine Khelassi
Faut-il croire les responsables algériens quand ils parlent de choix irrévocables qui engagent l’avenir du pays et les deniers publics ? Assurément pas, surtout si les options prises le sont en l’absence de tout débat contradictoire. On sait que le régime, dans une démarche démiurgique, a l’habitude de vouloir faire le bonheur des Algériens à leur place. Parfois, avec une sincérité touchante. Et c’est encore le cas, cette fois-ci, avec le choix du nucléaire pour répondre à une demande croissante d’électricité à l’horizon 2030.
Avec la foi ardente d’un nucléariste intégriste, le ministre de l’Energie a présenté cette option comme étant une fatalité. Devant des parlementaires algériens, il a, en effet, déclaré que « l’Algérie n’a pas d’autre alternative que de recourir à long terme à l’énergie nucléaire pour la production d’électricité ». Dans la foulée, il a annoncé la construction de la première centrale en 2020 et un nouveau site tous les cinq ans. Comment le gouvernement algérien peut-il croire dur comme fer que l’atome civil est l’alpha et l’oméga de l’énergie comme si les nuages radioactifs de la centrale de Fukushima étaient une brise parfumée de printemps méditerranéen ? Comment M. Youcef Yousfi peut-il nous faire admettre que l’installation de centrales nucléaires sur le sol algérien relève d’un déterminisme économique ? Les questions peuvent s’enchaîner à l’envi à l’heure où, partout, on tire les leçons nécessaires de la catastrophe de Fukushima, provoquée par un enchaînement de hasards naturels malheureux. Ici ou là, le débat, qui semblait s’amenuiser au même rythme que le souvenir de Tchernobyl, a ressurgi de façon brutale. Et il n’y a pas que les écologistes et les militants de Greenpeace pour se demander si les installations sont aussi sûres qu’on le dit. Tout en s’interrogeant sur l’idée de sortir progressivement du nucléaire au profit de choix alternatifs. A l’instar des réformes démocratiques, l’option du nucléaire civil doit relever d’un débat qui engage toutes les forces vives du pays, toutes les bonnes volontés et toutes les intelligences. En raison de ses spécificités géophysiques, géologiques et climatologiques, notre pays, plus que d’autres, ne peut pas inscrire le nucléaire parmi les énergies décarbonées, au même titre que l’hydraulique, le solaire ou l’éolien. De plus, l’installation de centrales nucléaires, fussent-elles de troisième génération (EPR), pose de très sérieux problèmes de sécurité. Le ministre aura beau dire que « toutes les conditions de sûreté et de sécurité liées au nucléaire » seront réunies, le risque zéro n’existe pas. Pas plus qu’une élimination sûre des déchets radioactifs ne sera garantie. Surtout qu’en raison des énormes ressources en eau exigées par le fonctionnement d’une centrale, celle-ci doit être installée en bord de mer. Or, comme tout le monde le sait, le littoral algérien se trouve en zone sismique et de surcroît à forte densité de population. Les fondamentalistes algériens de l’atome semblent avoir oublié qu’Alger a été frappée par un tsunami en 1365. Que Jijel a été submergée par un autre tsunami en 1856. Et, plus près de nous, en août 2007, un mini tsunami a provoqué la mort d’une quinzaine de baigneurs à Mostaganem, sans que l’on puisse connaître les raisons de ce déferlement. En outre, installer ces centrales ailleurs poserait inéluctablement le problème de l’eau qu’il faudrait trouver et transporter, au détriment des besoins de la population et de l’agriculture. Autre question difficile à éluder, celle de l’uranium, qu’il va falloir, à un moment donné, aller chercher quelque part. Le besoin se fera d’autant plus sentir que les réserves prouvées de l’Algérie sont estimées à quelque 29 000 tonnes. Juste de quoi faire fonctionner deux centrales de 1 000 mégawatts chacune et durant soixante ans. Notre pays, qui bénéficie d’un taux d’ensoleillement prodigieux de 3 686 heures par an, soit un peu plus de dix mois par an, ne pourra pas, à terme, faire l’économie du choix de l’électricité photovoltaïque. Moins coûteuse, moins lourde et surtout plus sûre et inépuisable. A l’horizon 2025, 15% de l’électricité pourrait être produit à partir du solaire. Et en 2040, 35% sur la base d’autres énergies renouvelables. Qui a affirmé cela ? Un illuminé ? Sans doute pas. C’est tout simplement le prédécesseur de M. Youcef Yousfi. C’était il y a un siècle, au mois de mai… 2010.



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