HOCINE TEBOUCHE. Architecte

« Les établissements scolaires ne répondent pas aux éxigences de la pédagogie »
Quelles sont les premières conclusions que vous avez tirées de votre étude sur l’impact environnemental des établissements scolaires sur la performance du système éducatif ?
Après un travail théorique et une approche pour voir les enjeux environnementaux qui influent sur la performance du système éducatif,
nous avons fait une enquête sur terrain pour voir comment un établissement scolaire de part sa conception, le choix du terrain, sa programmation, sa réalisation et le choix des matériaux utilisés, influe sur le rendement des élèves dans l’ensemble des lycées de la ville de Jijel.
Nous avons utilisé des moyens d’investigation, notamment un questionnaire détaillé qui a été appuyé par des mesures in situ, des reportages photographiques et l’utilisation de logiciels de simulation de l’éclairage. Cette étude nous a permis de démontrer que nombreux sont les établissements qui se trouvent dans un état de dégradation avancé et ne répondent pas aux exigences actuelles en matière de pédagogie. On a, par ailleurs, noté des nuisances sonores, thermiques et olfactives, qui influent négativement sur le rendement des apprenants et des enseignants.
Quels sont les points qui influent le plus sur le rendement des élèves ?
Il y a lieu de noter en premier lieu l’absence d’espaces couverts pour les pratiques sportives en période hivernale. Il n’y a actuellement que le lycée El Kendy qui dispose d’une salle de sport. Il n’y a pas aussi de laboratoires d’informatique, et d’infirmeries. On a relevé aussi une situation très dangereuse : six des sept lycées de la ville de Jijel se trouvent à proximité d’axes routiers à forte circulation où le risque des accidents est grand, sans omettre de relever les nuisances sonores générées par le trafic. On a déploré aussi l’absence de gestion des déchets, aucune stratégie de récupération des eaux pluviales dans une région caractérisée par une forte pluviométrie qui est vécue comme une contrainte. Pour ce qui est des matériaux de construction, bien qu’il n’y ait pas d’expertise dans les écoles primaires réalisées dans les années 1980, il y a présence d’amiante et de plomb. Quant au confort thermique, le vitrage utilisé est vraiment dépassé.
A la lumière de cette étude, quelles sont les recommandations que vous avez formulées ?
Pour les futures constructions, je pense qu’il est temps de changer le cahier des charges de ces établissements. Actuellement, la conception de ces derniers répond aux mêmes exigences qu’une habitation quelconque. Il faut qu’il y ait des exigences environnementales. Normaliser le bruit à l’intérieur des établissements scolaires, la température, l’éclairage naturel, l’artificiel étant complémentaire. Il faut aussi imposer la présence de végétation. Pour les établissements existants, c’est plus difficile mais c’est faisable. Il faut d’abord faire des expertises sur l’ensemble des établissements pour détecter les défaillances. Ensuite, il faudra mettre en place les dispositions nécessaires et les moyens humains et matériels pour corriger ces défaillances. Le secteur de l’éducation a bénéficié de 230 MDA (millions) pour la rénovation des établissements scolaires.
Avez-vous des recommandations quant à l’utilisation de cette somme ?
En ce qui concerne la rénovation, la réhabilitation ou la restauration, on n’a pas cessé de faire ce genre d’opérations depuis l’Indépendance. Il n’y a pas une politique de rénovation durable. C’est du gaspillage. A chaque fois, on retape superficiellement et on revient dans deux ans pour retaper encore. Il est temps de mettre en place une technique de rénovation durable, après expertise. Si par exemple, on a une charpente défaillante, il ne faut pas remplacer la tuile seulement. Sinon, on aura à refaire, après, et la charpente et la tuile. F. S.
Propos recueillis par : Fodil S.



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