Happy birthday, mister President !

lundi 18 juillet 2011
par BNIBRAS
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Nelson Mandela a 93 ans aujourd’hui, lundi 18 juillet. Il sort très rarement de sa maison à Johannesburg et il reçoit très peu de monde. On dit que Michele Obama elle-même a eu toutes les peines du monde pour pouvoir aller, avec ses deux fi lles, passer quelques courts instants avec lui.

Je me suis souvent demandé, ces derniers mois, comment Mandela voyait les événements qui secouent plusieurs pays arabes. Mandela connaît bien l’Afrique du Nord et les autres pays arabes. Il m’a parlé avec beaucoup de respect et d’affection de Nasser, Ben Bella et Mohamed V. Lorsque Mohamed Boudiaf fut assassiné, il prit la parole au Sommet africain de Dakar (où il participait en tant qu’invité, puisque le régime raciste n’était pas encore tombé) pour dire quelques mots émouvants au sujet du disparu et de la Révolution algérienne. Mandela était au Maroc au lendemain des Accords d’Evian en mars 1962, et il eut l’occasion d’y rencontrer Boudiaf peu de temps après la sortie de ce dernier de prison. La cruelle ironie du sort est que Mandela retourna en Afrique du Sud pour y être arrêté lui-même dès son arrivée et disparaître de la surface du monde pendant 27 ans. Je sais que Mandela suit les développements dans notre région avec une attention soutenue. Je sais aussi que même s’il avait encore toute sa vigueur, même s’il était encore aux affaires, il ne serait pas homme à se précipiter pour, comme certains, porter des jugements hâtifs ou dispenser des conseils à ceux qui n’en demandent guère. Depuis sa sortie de prison, les responsables américains et européens avaient exercé sur lui toutes sortes de pressions pour qu’il s’éloigne des pays comme Cuba, l’Iran, la Libye, et surtout de Yasser Arafat et des Palestiniens. A ces nombreuses sollicitations, sa réponse était toujours la même, polie mais ferme : « Nous ne pouvons pas tourner le dos à ceux qui étaient à nos côtés aux moments difficiles, ni nous désolidariser de ceux qui mènent aujourd’hui un combat similaire à celui que nous avions mené hier. » « A 80 ANS, JE DOIS ME RETIRER… » Mais, aujourd’hui, que diraitil à Mouamar El Gueddafi, à Ali Abdallah Saleh, à Bachar al-Assad, à d’autres encore ? En public, il hésiterait beaucoup et longtemps à s’exprimer, bien qu’il soit difficile, il faut le dire, de garder le silence à certains moments. Mandela, on l’a dit mais redisons-le, n’est pas homme à s’ériger en donneur de leçons. Mais peutêtre qu’en privé, il parlerait de son expérience personnelle, de ses choix politiques, de sa décision de se retirer alors que de nombreux citoyens, Sud-Africains, frères africains, dont moi-même, espérions qu’il se présentât pour un second mandat. « A 80 ans, je dois me retirer. Le pays ne peut pas, ne doit pas compter sur un seul homme quel qu’il soit. J’ai confiance dans mon parti, mon peuple et mon pays », dit-il à l’époque à l’un de ses visiteurs. Je suis certain de ne pas être le seul à croire, cependant, que l’Afrique du Sud aurait grandement bénéficié d’un deuxième mandat de Mandela. L’Afrique aussi. Mais on ne peut que s’incliner devant le patriotisme, l’intégrité, l’humilité de l’homme et sa confiance dans son parti, son peuple et son pays. Mais que dirait Mandela aujourd’hui aux jeunes Tunisiens sur l’avenue Habib Bourguiba ou aux jeunes Egyptiens sur la Place Tahrir et, à travers eux, à la jeunesse du monde arabe ? On peut spéculer. « L’avenir de chaque pays est entre les mains de ses habitants », peut-on l’imaginer dire. « La jeunesse a des aspirations légitimes. Elle a des droits, oui. Elle a des responsabilités aussi. Les Tunisiens connaissent mieux que quiconque les intérêts de la Tunisie. Et les Egyptiens ceux de l’Egypte. Aurez-vous besoin d’aide pour atteindre vos objectifs ? C’est probable. Mais c’est à vous de choisir à qui vous adresser pour obtenir aide et conseils. Et c’est à vous de décider ce que vous prendrez et ce que vous rejetterez. Commettrez-vous des erreurs ? Certainement. Mais soyez certains que ce soit VOS erreurs. Soyez certains d’en apprendre quelque chose. Mais surtout, sachez que vous commettrez beaucoup moins d’erreurs si vous parlez beaucoup entre vous, avec respect et avec tolérance. Et, de la sorte, vous serez aussi en mesure de reconnaître vos erreurs à temps et vous serez mieux à même de les corriger. Diriger, c’est d’abord écouter, convaincre et marcher ensemble, dans l’ordre et le respect mutuel. » MADIBA, MON HÔTE J’avais eu le grand privilège et la joie de diriger la Mission des Nations unies qui avait participé à l’organisation, en avril 1994, de la première élection démocratique en Afrique du Sud ; celle qui mit fin au régime raciste de l’Apartheid et porta Mandela à la présidence de la nouvelle République d’Afrique du Sud. Lorsque je suis allé prendre congé de lui, Mandela (ou Madiba comme on l’appelle affectueusement en Afrique du Sud) m’emmena chez lui pour, dit-il, « parler tranquillement autour d’un déjeuner familial ». Il évoqua longuement les difficultés auxquelles son gouvernement et lui-même allaient faire face. Il parla également de ses espoirs et de ses craintes pour l’Afrique. Il me posa aussi beaucoup de questions, notamment au sujet des Nations unies et de l’Asie. Peu de temps avant de prendre congé de lui, je soulevais une question qui me tenait à cœur. Deux ou trois jours auparavant, des journalistes avaient demandé à Eugène Terreblanche, l’un des dirigeants de la droite raciste les plus répugnants, s’il allait requérir une audience auprès de Mandela, maintenant que ce dernier était le Président légitime et démocratiquement élu du pays. La réponse de Terreblanche avait l’avantage de la clarté : « En aucun cas, dit-il, je ne reconnaîtrai à un nègre le droit d’être le Président de mon pays. » Naturellement, les médias accoururent chez Mandela pour recueillir sa réaction :
- « Monsieur Terreblanche est libre d’avoir son opinion et de l’exprimer  », dit Mandela.
- « Et si, malgré tout, Terreblanche demandait à vous voir, est-ce que vous accepteriez de le recevoir ? »
- « Très certainement, dit Mandela. Je suis le Président de tous les Sud-Africains et je n’ai pas le droit de refuser de voir un compatriote parce que je ne partage pas ses vues. » Je dis donc au Président Mandela : « Moi qui viens de l’autre bout de l’Afrique, je n’accepterai jamais de toucher la main d’Eugène Terreblanche. Comment pouvez-vous faire preuve de tant d’indulgence à son égard ? » Mandela me sourit et m’expliqua que je n’étais pas le seul à m’interroger sur cette indulgence. Que d’autres, notamment dans l’ANC, avaient exprimé la même question avec bien plus de véhémence. Puis, il poursuivit : « Essayons de raisonner calmement. Croyez-vous que Terreblanche soit le seul homme blanc à accepter difficilement qu’un Africain noir soit le Président de ce pays ? La vérité, c’est que la majorité des Blancs partagent son opinion même s’ils ne l’expriment pas de manière aussi vulgaire. Comment peut-on amener ces gens-là, qui sont nos compatriotes malgré tout, à changer d’avis, à accepter non seulement que je sois moi, aujourd’hui, leur Président, mais que d’autres présidents après moi seront des noirs aussi ? Est-ce que nous y arriverons en employant les méthodes que l’apartheid avait utilisées contre nous ? Sûrement pas. Nous y arriverons beaucoup mieux en faisant preuve de tolérance et de patience. » TEL EST MADIBA, CE GÉANT PARMI LES HOMMES Quant à la Journée internationale Mandela, l’intéressé dit que le meilleur moyen de l’honorer n’est pas de chanter ses louanges ni de faire quoi que ce soit pour lui, mais de faire du bien autour de soi. Les hommes et les femmes de la Fondation Mandela expliquent que cet homme a consacré 67 ans de sa vie à servir les autres. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant qui aime, admire, respecte Mandela devrait regarder autour de lui (ou d’elle) et consacrer 67 minutes, pas plus, pas moins, à rendre service à une personne, une institution, une cause. Un effort simple, humble et efficace. Comme l’est Madiba. Bon anniversaire Madiba ! Et à l’année prochaine ! Lakhdar Brahimi (*) Ancien ministre, ambassadeur et représentant des Nations unies


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