Hommage à FERHAT ABBAS

dimanche 26 décembre 2010
par BENKAM

- « L’Etat doit corriger l’histoire »

Ferhat Abbas a subi l’insupportable à la libération de son pays. C’est ainsi qu’a résumé Mme Leïla Ben Mansour le sort réservé à celui qui fut le premier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

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Mme Leila Benmensour et Mr Abdelhalim Abbas, fils adoptif de M.Ferhat Abbas
Photo : El-Khabar

Le débat-hommage, organisé hier au centre d’El Moudjahid et auquel ont assisté de nombreux combattants de la guerre de Libération nationale ainsi que des membres de la famille de Ferhat Abbas, a été une occasion pour évoquer la vie et le parcours de Ferhat Abbas. Mme Ben Mansour a appelé l’Etat algérien «  à corriger l’histoire par un discours officiel » pour réhabiliter ce personnage dont le nom est intimement lié à l’histoire du mouvement national et à la guerre de Libération avec toutes ses contradictions. Pour l’intervenante, « ce sont les ennemis de la démocratie et du progrès qui ont enterré son histoire ».

Retiré de la vie politique après deux ans d’internement à Adrar par le pouvoir de Ben Bella, Ferhat Abbas est resté très sensible aux tourments qui ont agité le pays. « Vers les années 1980, il exprimait son inquiétude particulièrement du sort réservé à la jeunesse. Il avait fait deux constats, la négligence de la science et l’instauration de l’Etat providence qui ont déshabitué les Algériens au travail », a révélé Mme Ben Mansour. Bien avant cela, en 1976, à l’occasion de la charte nationale de Boumediène, le premier président de l’Assemblée constituante, Ferhat Abbas, avait signé « un appel au peuple algérien » avec d’autres figures nationalistes, Hocine Lahouel, Benyoussef Ben Khedda, revendiquant « des mesures urgentes de démocratisation du pays et dénonçant le pouvoir personnel de Boumediène ». Une position qui lui a valu, une nouvelle fois, une assignation à résidence surveillée jusqu’à juin 1978, a rappelé l’intervenante. De son côté, l’universitaire Ameur Benkhoudja a rappelé le parcours politique de Ferhat Abbas à partir du mouvement national depuis les années 1930. « Il avait joué un rôle central dans le ralliement de nombreux intellectuels français à la cause algérienne grâce à son esprit libre et à son sens universel de son combat », a fait savoir Benkhodja. Longtemps banni de l’histoire officielle du pays après l’indépendance et souvent son long parcours est réduit sciemment à l’« assimilation avec la France », Ferhat Abbas a connu « une évolution croissante dans ses idées », a indiqué Mohamed El Korso, chercheur en histoire, lors de son intervention. Il a précisé que Abbas « n’a jamais été un Français, comme le certifient les fichiers de la police française ».

Hacen Ouali

El-Watan

- « Ferhat Abbas n’a jamais été français »

Organisée par l’association Machaâl-Chahid, la conférence- hommage à Ferhat Abbas, tenue hier à El Moudjahid, a permis aux invités de débattre de l’écriture de l’histoire algérienne. Irane Belkhedim-Alger (Le Soir) - « J’ai enseigné l’histoire à l’université algérienne et j’ai toujours cru que Ferhat Abbas avait eu la nationalité française. C’est ce que l’on m’a toujours appris. En 1979, j’ai retrouvé une fiche de police française et sur laquelle j’ai pu lire que Ferhat Abbas a toujours eu la nationalité algérienne. Beaucoup de questions m’avaient alors trituré l’esprit ! Imaginez l’état de celui qui découvre qu’il a enseigné des choses inexactes en pensant qu’elles étaient justes ! », a affirmé le docteur Mohamed Korso devant une salle archicomble. De nombreux citoyens ont assisté debout à cette rencontre, ne trouvant pas de sièges libres. L’intervenant s’est dit, d’ailleurs, heureux de voir tout ce monde assister à cette conférence. « Vendredi dernier, au cimetière El- Alia où je m’étais rendu avec des amis pour voir la tombe de Ferhat Abbas, il n’y avait pas toute cette foule. Nous n’étions pas plus d’une centaine de personnes. Médias, hommes politiques et représentants de l’Etat n’étaient pas venus ! Même si l’on ne partage pas les idées de Ferhat Abbas, nous devons respecter tout ce qu’il a représenté », s’est-il exclamé. Difficile de retracer le parcours de cet homme. Ferhat Mekki Abbas était un homme politique et un leader nationaliste. Il est le fondateur du parti Union démocratique du manifeste algérien et membre du FLN durant la guerre d’indépendance, c’est également le premier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de 1958 à 1961. En 1962, il est élu président de l’Assemblée nationale constituante devenant, ainsi, le premier chef d’Etat de la République algérienne démocratique et populaire. « Il a été le porte-parole officiel de quelque chose que l’on nommait à l’époque Révolution algérienne. Nous devons le respecter ». Mohamed Korso estime encore que même la relation qu’entretenaient Ferhat Abbas et Ibn Badis a été déformée. « L’on n’a pas cessé de parler de rupture entre ces deux personnalités, alors que ce n’est pas vrai ! Aujourd’hui, nos plumes continuent d’écrire en falsifiant l’histoire. Comment peut-on s’en sortir ? ». Pour répondre à cette question, l’historien suggère de réétudier les conflits qui ont marqué le mouvement politique et national algérien entre 1926 et 1954, une relecture « objective » de ces évènements pour comprendre l’histoire. « Il faut revoir les forces actives et dominantes à l’intérieur même du Front national de libération entre 1954 et 1962, et qui ont été fortement soutenues lors de l’édification de l’Etat algérien et de la mise en place de ses institutions ». Un point d’ombre dans l’histoire nationale. Parce que ce travail n’a jamais été accompli, les Algériens sont désemparés, dit-il, devant leur histoire. « Etudiants et élèves lisent et entendent des versions différentes et contradictoires. Aux départements d’histoire des universités algériennes, chaque enseignant représente une école et ce, quel que soit son niveau ! Sur le plan méthodologique, nous n’avons pas de repères. Les quelques repères qui pouvaient servir ont été perturbés », indique le docteur Mohamed Korso, précisant que « le discours historique ambiant monopolise l’écriture de l’histoire ». L’autocensure et l’inaccessibilité aux archives compliquent la tâche. L’universitaire Leïla Benammar Benmansour, auteure de Ferhat Abbas, l’injustice (Editions Algerlivres), abonde dans le même sens. Ferhat Abbas doit être réhabilité. « Nous avons souffert de lire toutes ces contre-vérités colportées sur Ferhat Abbas. Pourtant, c’est grâce au dévouement de cet homme et de ses semblables que nous sommes là, aujourd’hui, en train de discuter en toute liberté ». L’universitaire ajoute encore que nombre d’Algériens admirent les grands noms qui ont jalonné l’histoire du monde et n’ont pas connaissance des héros qui ont marqué l’histoire de leur propre pays. « Ferhat Abbas fait partie de ceux dont la jeunesse algérienne d’aujourd’hui tirerait grand orgueil si elle avait connaissance de son dévouement pour son peuple ». Son intervention est longue. Elle rappelle ses écrits, ses idées progressistes, ses positions émancipées et ses thèmes : l’éducation des masses, l’instruction de la population, la valorisation des sciences exactes dans le système scolaire et la liberté religieuse. Leïla Benammar Benmansour affirme que la question de Ferhat Abbas lui tient « à cœur » et espère une réparation officielle. « Nous espérons une déclaration officielle pour corriger l’histoire. Que l’on attribue le nom de Ferhat Abbas à un édifice algérien. Il n’est pas normal que les boulevards du pays ne portent pas le nom du 1er président du GPRA ! », s’est-elle exclamée. I. B.

Le Soir d’Algérie

- Ferhat Abbas était “très proche” de Cheikh Ben Badis malgré leurs différences politiques

L’universitaire et chercheur en histoire de la Révolution algérienne et du mouvement national, Mohamed Corso, a souligné samedi à Alger que le défunt Ferhat Abbas “était très proche” de cheikh Abdelhamid Ben Badis malgré les différences politiques et idéologiques entre des deux hommes. Intervenant lors d’une conférence consacrée à la personnalité de Ferhat Abbès, organisée au Forum d’El Moudjahid, le Pr Korso a mis l’accent sur les relations entre l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA) que présidait Ferhat Abbas, et l’Association des Oulémas algériens, à partir de 1936, affirmant que “malgré leurs différences politiques et idéologiques et en dépit de la polémique qui avait éclaté entre les deux hommes, Ferhat Abbas et cheikh Ben Badis étaient très proches”.

APS

- « L’homme qui voyait juste »

Mohamed Corso, chercheur en histoire, est revenu hier au Forum d’El Moudjahid sur la falsification des faits et réalités historiques qui ont entouré la vie et le parcours de Ferhat Abbas, notamment en ce qui concerne sa fameuse déclaration « La France, c’est moi », en 1936.

« L’histoire enseignée dans le système éducatif et universitaire fait état de la détention de la nationalité française par Ferhat Abbas. C’est une donnée que nous avons apprise dans les écoles et enseignée pendant plusieurs années. En 1979, j’ai consulté la fiche de police française où je découvre que Ferhat Abbas n’a jamais demandé la nationalité française.

A partir de là, j’ai compris qu’il y avait une mauvaise interprétation de cette déclaration qui constitue une phase importante dans l’histoire, mais qui est devenue aussi une référence, une autorité historique et méthodologique dans l’écriture de l’histoire », a affirmé Mohamed Corso, lors de son intervention à la rencontre commémorant le 25e anniversaire du décès de Ferhat Abbas. Il s’est interrogé sur les motivations d’une telle modification des faits qui ne peuvent avoir pour objectif que « la marginalisation » de l’homme.

« L’interprétation de la phrase a eu un impact sur l’écriture de l’histoire et de la Révolution algérienne », a-t-il souligné. « On ne peut comprendre la déclaration de Abbas qu’en situant les circonstances et les rapports de force au sein du FLN entre 1954 et 1962 », a-t-il ajouté. Comme conséquence de cette grave dérive, le chercheur évoque le désintérêt des élèves des classes de terminale au cours d’histoire, ainsi que la déstabilisation des étudiants universitaires de la filière dans la mesure où chaque enseignant est devenu une école en la matière.

« Cela est dû au fait que sur le plan méthodologique, il n’y avait aucun repère. » Il responsabilise l’enseignant, l’étudiant et l’université « qui a lâché le pouvoir de l’autorité de la connaissance », dira-t-il. Le conférencier revient sur les relations entre Ferhat Abbas et l’imam Ibn Badis, qui étaient marquées par une « polémique des idées », sans que cela n’ait un impact sur la relation entre les deux hommes et surtout sur l’adhésion des chercheurs et militants à la démarche de Ferhat Abbas.

« L’homme mérite le respect et la considération même si on ne partage pas son opinion politique car il a été le premier président du GPRA, du Parlement et le porte-parole de la Révolution algérienne », a-t-il fait remarquer. Pour lui, la rencontre organisée sur Ferhat Abbas et son parcours politique constituent une étape importante dans la construction de l’histoire.

Ferhat Abbas, le visionnaire

Leila Benmansour Ouameur a évoqué, quant à elle, la réflexion profonde qu’avait Ferhat Abbas sur les jeunes et sur l’éducation. Alors qu’il n’avait que 23 ans, le premier président du GPRA a interpellé l’armée française dans son appel de 1941 sur la nécessité de former, d’instruire les indigènes en leur inculquant les valeurs morales et en développant leur esprit de la critique. « L’homme voyait juste.

Les problèmes qu’il évoquait dans les années 1940 sont d’actualité aujourd’hui. C’était l’époque où il pensait à l’Algérie de demain basée sur l’instruction et le savoir », a-t-elle précisé. Ferhat Abbas a mené une lutte pour convaincre les familles d’accepter une tierce personne qui contribue à l’éducation de leurs enfants. Il enchaîna ensuite avec une deuxième bataille permettant aux filles d’accéder au savoir.

Ferhat Abbas a alerté sur l’abandon de l’enseignement des sciences exactes, facteur important pour le renouveau. Il a toujours appelé au travail qui constitue, pour lui, la seule richesse authentique. « S’il était encore vivant, il se réjouira de voir des milliers de jeunes Algériens prendre le chemin de l’université, mais il sera malheureux de voir d’autres quitter leur pays à bord de fragiles barques », a-t-elle indiqué.

Mme Leila Benmansour Ouameur a demandé à l’Etat de corriger l’histoire par une déclaration officielle et de donner le nom de Ferhat Abbas à un édifice prestigieux dans la capitale. C’est une question qui me tient à cœur », a-t-elle souligné. Nouria Bourihane

Le Jour d’Algérie

- « Ben Badis a crucifié Ferhat Abbas »

Ferhat Abbas, ce repère de l’histoire nationale et visionnaire hors pair, reste méconnu.

L’historien, Mohamed El Korso, a levé le voile sur un épisode controversé de la vie de l’un des symboles de l’histoire de l’Algérie. Il s’agit de Ferhat Abbas, le premier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (Gpra). Le nom est connu. Cependant, les multiples facettes de l’homme restent à découvrir. Le chercheur en histoire, Mohamed El Korso, est catégorique : Ferhat Abbas est victime du discours historique ambiant. « Ce discours a été construit sur la base de la réponse du cheikh Abdelhamid Ben Badis (le premier président de l’Association des ouléma musulmans algériens, Aoma) à un article de Ferhat Abbas : La France, c’est moi ». a expliqué M.El Korso, lors de la conférence qu’il a animée au siège du quotidien El Moudjahid à Alger, en commémoration du 25e anniversaire du décès de l’ancien président de l’Assemblée nationale constituante, dissoute en septembre 1963. Abdelhamid Mehri, en mission au Qatar, Réda Malek et Abderrahmane Chibane, président de l’Aoma, se sont excusés de ne pouvoir assister à cette conférence. L’échange que Ferhat Abbas a eu avec cheikh Ben Badis a pesé lourdement sur l’itinéraire de cet homme historique. « Le cheikh Ben Badis a crucifié Ferhat Abbas », a affirmé le chercheur. Il a, ensuite, expliqué l’influence qu’a eue cet épisode sur la transcription de l’histoire de l’Algérie du siècle dernier. Cela dit, il a insisté sur un point : la nécessité d’inscrire cet échange dans le contexte de l’époque. En février 1936, Ferhat Abbas publie un article dans le journal l’Entente franco-musulmane (connu sous le nom de l’Entente) qu’il dirigeait. « La France, c’est moi », ce titre annonçait, déjà, la tonalité de l’article. « L’Algérie en tant que patrie est un mythe. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’histoire ; j’ai interrogé les morts et les vivants ; j’ai visité les cimetières : personne ne m’en a parlé… », avait écrit Ferhat Abbas qui, à l’époque, prônait l’assimilation. Seulement, il insistait sur le maintien du statut personnel des Algériens. Aussi, il réclamait l’égalité des droits entre musulmans et européens dans le cadre de la République française. En réponse, Abdelhamid Ben Badis a défini l’identité algérienne en se référant à l’Islam et à l’arabité. « La réponse de Ben Badis n’a aucunement jeté le froid entre les deux hommes », a précisé M. El Korso. Il a, également, mis en exergue la « ligne politique droite » de Ferhat Abbas. En ce sens, il a présenté trois repères historiques. Il s’agit des différents périodiques dont Ferhat Abbas était responsable. En 1933 paraissait L’Entente qui déclinait la vision de l’assimilation que l’homme défendait. La Seconde Guerre mondiale à constitué un virage décisif dans le parcours de Ferhat Abbas. En 1944, il publie L’Egalité. Profondément secoué par les massacres du 8 mai 1945, il publie La Réplique Algérienne. « Ferhat Abbas était un homme fédérateur » a soutenu, pour sa part, Amar Belkhodja, journaliste et chercheur en histoire. Ce dernier a révélé que l’Union démocratique du manifeste algérien (Udma), créé et présidé par Ferhat Abbas comptait des militants algériens et français. Il en a décliné deux noms : Roland Miette, un ingénieur en agronomie et…Francis Jeanson, le philosophe français connu pour son soutien indéfectible à la Révolution algérienne. « L’intellectuel Francis Jeanson avait adhéré à l’Udma en 1949 », a précisé le conférencier. Ce chercheur a mis en exergue le travail de sensibilisation mené par les partisans de l’Udma en faveur de la cause algérienne. « Cette mobilisation finira par faire basculer l’opinion intellectuelle française et internationale en faveur de l’Algérie », a rappelé M.Belkhodja. L’un des épisodes les plus marquants de cette mobilisation est le procès des « porteurs de valises », intenté contre Francis Jeanson et les membres du large réseau de soutien à la cause algérienne qu’il a mis en place. En février 1956, Ferhat Abbas annonce la dissolution de l’Udma et invite ses adhérents à rejoindre le Front de libération nationale. Son engagement indéfectible dans le combat indépendantiste lui a valu d’être élu président du Gpra à sa création le 19 septembre 1958. Il fut ensuite élu président de l’Assemblée constituante de l’Algérie indépendante. Il démissionna de son poste en 1963. « L’homme politique et le visionnaire hors pair qu’a été Ferhat Abbas a été empêché de participer à la construction de l’Etat algérien », a regretté M.Belkhodja. De son côté, Leïla Benmansour, docteur en communication et auteur du livre « Ferhat Abbas, l’injustice », avait, pour sa part, mis l’accent sur « le visionnaire hors du commun qu’avait été Ferhat Abbas ». Ce monument de l’histoire national, auquel l’honneur qui lui était dû n’a pas été rendu, est décédé le 24 décembre 1985, alors qu’il était assigné à résidence.

Mohamed Sadek LOUCIF

L’Expression


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