Hosni Moubarek dans le box des accusés

Les Egyptiens sont véritablement intraitables ; ils veulent bien croire en la justice de leur pays, mais refusent que leur combat, qui a déjà conduit à la chute du président Hosni Moubarak, s’arrête aux portes de la Présidence. Ou encore qu’il soit assimilé à leur opposition à un seul homme, fut-il accompagné par sa famille et quelques proches. Il y avait hier, devant l’Académie de police du Caire transformée pour l’occasion en tribunal, comme un terrible malentendu, avec des centaines de personnes qui manifestaient, selon les médias officiels égyptiens, contre le jugement de Moubarak. Ceux-là qui sont présentés comme des partisans de l’ancien chef d’Etat, déjà apparus sous d’autres formes durant les folles journées de février dernier – on les appelle les baltaguia – faisaient la chasse aux opposants. Une bien terrible cacophonie, ces dernières semaines, puisque d’autres slogans ont été entendus. Ne fallait-il pas comprendre opposition au jugement du seul Moubarak, l’homme qui incarnait le régime mais qui, pour les spécialistes, n’était pas le régime ? Pour beaucoup, un tel mouvement, déjà apparu lors du soulèvement de février dernier qui s’est conclu par la démission de Hosni Moubarak, onze jours plus tard, s’est prolongé durant les semaines suivantes avec un retour remarqué de la protesta sur la désormais fameuse place Tahrir. Durant les journées de février, de nombreux événements se sont produits, avec l’émergence d’acteurs divers mais tout aussi différents, sans dire alors qu’ils soient opposés. L’on pense à l’armée égyptienne qui a refusé d’intervenir et donc de réprimer ce mouvement. Et même si elle a renouvelé son engagement pour la démocratie, elle n’a pas échappé à la suspicion puisqu’il y a dix jours exactement, des manifestants scandaient « A bas le pouvoir militaire ». Alors, putsch ou révolution ? La question n’est même pas là, avec l’émergence d’un acteur inattendu. Il s’agit de la population égyptienne qui a vaincu sa peur, contraignant Moubarak au départ. Mais est-ce exactement ou seulement cela qu’elle voulait ? Qu’en est-il du régime incarné par celui qui est aujourd’hui accusé de meurtres et de corruption et qui s’apprêtait à instaurer un système dynastique ? Un élément de réponse est venu, hier, de la salle d’audience avec la demande des avocats de l’ancien ministre égyptien de l’Intérieur, à entendre en tant que témoin le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui. « Nous demandons à entendre le Conseil de sécurité national, l’ancien gouvernement et les dirigeants politiques et nous souhaitons également que soient convoqués le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui et le général Omar Souleimane pour les interroger », a dit l’un des avocats de l’ancien ministre jugé pour meurtre. Il reste que si cela était possible, sa portée resterait très limitée, sans possibilité de s’attaquer au régime qui a généré et permis des pratiques contre lesquelles se sont élevés les Egyptiens. Il en est qui disent que ce procès devait avoir lieu parce que les Egyptiens le réclamaient, mais sans que cela fasse perdre de vue les revendications clamées depuis février dernier. A l’inverse – et les manifestants de la place Tahrir l’ont démontré – il est à craindre que le mécontentement soit encore plus grand. Mohamed Larbi/El-Watan



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