Il y a soixante-treize ans le cercle de l’éducation

Le 25 Décembre 1935 (Journal Officiel du 21 Avril 1936) à la sous-préfecture a été faite la déclaration de création du cercle de l’éducation (Nadi El-Irshad), 02 Avenue Clémenceau ( 08 MAI 1945 aujourd’hui) à Sétif. Son but, répandre l’éducation parmi les jeunes musulmans, les grouper, et de les éloigner des distractions malsaines, et de veiller dans une certaine mesure à leurs intérêts matériels et moraux. Sa création à été laborieuse mais très efficace grâce aux efforts de ses membres fondateurs composant aussi son conseil d’administration.
Président : - ABBAS Ferhat, délégué financier, conseiller général et conseiller municipal, membre de la fédération des élus musulmans.
Vices-présidents : - MOSTEFAI El-Hadi, 4e adjoint au maire de sétif, membre de la fédération des élus musulmans.
MESSAI Lakhdar, instituteur.
Secrétaire Général : - TOUABTI Hocine, comptable.
Sec.Génér. adjoint : - NECHADI Abderrahmane, commis aux contributions diverses.
Trésorier : - SAADNA Youcef, mécanicien dentiste.
Trés.gén.adjoint : - HASNAOUI Lahcène, commerçant.
Directeur : - HAFFAD Hocine, conseiller municipal, membre de la fédération des élus musulmans.
Assésseurs : - SALHI Lakhdar, propriétaire.
DJAHICHE Louadi, chauffeur.
FELLAHI Hamlaoui, propriétaire.
LAMI Lamara, propriétaire.
FADLI Hocine, commerçant.
MAHDADI Toumi, propriétaire.
KARA Lakhdar ; cheminot.
D’autres personnes sont venues étoffer l’encadrement de ce cercle, communément appelé "Nadi ABBAS" lieu de réunions et conférences privées, d’ordre religieux, mais plus souvent d’ordre politique et syndical. L’intérêt de ce cercle a été d’avoir permis aux populations de rencontrer, de se réunir avec les illustres leaders des Oulémas Abdelhamid Ben-Badis, Bachir El-Ibrahimi, Larbi Tebessi et Toufik El-Madani ainsi que d’autres figures du mouvement national , qui, souvent venaient sensibiliser jeunes et adultes et leur faire comprendre le drame que vivaient à l’époque les Algériens à cause du colonialisme.
Comme il a permis aux gens issus de divers horizons, venus des localités de Sétif voire de tout le pays, de se rencontrer, de se connaitre et de tisser des liens fraternels entre eux. Sétif étant devenue une plaque incontournable du mouvement national Algérien focalisant ainsi l’attention des autorités d’alors qui ne voulaient nullement être prises au dépourvu. Dans ce contexte, le Sous-Préfet de l’arrondissement de Sétif suivant sa note n° 9175 du 24 novembre 1938 a instruit la police des renseignements généraux de surveiller ce cercle et ses membres pour connaitre les tenants et les aboutissants de leurs fréquentes rencontres, leurs importances et leurs possibilités d’extension. Sous la forme froidement administrative de son rapport n° 11876 du 27 novembre 1938 le Commissaire de police affirmait qu’en raison de son arrivée récente à Sétif, il ne lui était possible de fournir des précisons sur les activités du cercle et leurs possibilités d’extension.
Cependant, il a cru devoir souligner que les membres dont il a succintement donné le profil politico-social étaient tous des fervents partisans de la politique de M. Abbas et par conséquent de celle du Docteur BENDJELLOUL de Constantine.
Plus l’influence du cercle qui a continué à jouer son rôle après le début de la guerre d’Algérie, allait crescendo moins l’ombre des renseignements généraux, de la Direction de la surveillance du territoire (DST),du Centre d’informations et d’études (C.I.E) et du bureau des Affaires Militaires Musulmanes (A.M.M) se faisait grande.
Le 31 Mars 1956 en quittant Sétif, le mot d’ordre de Ferhat Abbas à ses partisans était d’adhérer en masse à l’insurrection armée, de la soutenir indéfectiblement, et de faire barrage à la politique du M.N.A.
En homme conscient de ses responsabilités, dans l’atmosphère sereine d’une réunion restreinte, il a mis au courant ses proches et fidèles de sa décision de rejoindre les leaders de la Révolution Algérienne installés au Caire (Egypte) d’où le 26 Avril 1958 il a publiquement annoncé son ralliement au FLN.
En signe de représailles, immédiatement le système colonial hors-la-loi a placé sous scellés et la maison et la pharmacie de Ferhat ABBAS ainsi que le cercle de l’éducation qu’il présidait, ne ratant pas l’occasion d’attenter aux biens privés, de restreindre les libertés et de verrouiller davantage le champ politique à Sétif.
Dès lors, à la lumière de cette succession d’événements, les adeptes du cercle ont versé dans la clandestinité, d’autres ont rejoint à l’instar de leur prédécesseurs les maquis où ils sont tombés comme martyrs.
A l’indépendance dans ce cercle qui peut s’enorgueillir de son passé car des Moudjahidine mais aussi et surtout des chouhada (martyrs) sont issus de ses rangs, se sont succédés divers commerces sans pour autant réussir à le débaptiser car de nos jours à Sétif on continue à le dénommer "Nadi ABBAS" comme naguère en souvenance à cet Homme dont le nom est désormais lié à l’histoire de cette métropole et du mouvement national Algérien qu’il a marqué de son indélébile empreinte. Aussi comme pour rappeler cet sempiternel amour entre le premier Président du GPRA et cette citadelle qui l’a adopté et fait de lui une illustre personnalité.
D’ailleurs, en signe de reconnaissance et de fidélité il a souhaité être inhumé à Sétif, cette cité qu’il a tant chéri et porté dans son cœur jusqu’aux derniers instants de sa longue vie.
M.F. TOUMI



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