Intellectuels lacrymés

Finie l’aventure romantique ou exotique des années 60 et 70 ? Finis les "un pas en avant,deux pas en arrière" des années 80 ? Exit de tous les "ismes" importés ? L’intellectuel algérien se trouve,aujourd’hui, en plein désarroi. Certes,il commence à changer timidement de comportement,mais il ne s’est pas encore changé lui-même pour s’adapter à son époque et à sa société.
Car il est à ce point paradoxal que,quarente sept ans après l’indépendance, des intellectuels,des journalistes (ou des gens faisant partie de ce qu’on appelle l’élite moderniste), continuent de danser allègrement sur un volcan. Certains courants adoptent même une attitude négativiste devant le cours des choses. Dans les médias, ce n’est pas un hasard si le maniement des idées a été ramené à l’art de manier la sentimentalité militante. Ainsi,les petites phrases et les agissements des hommes du sérail occultent dangereusement des mouvements sociaux plus importants. De même que dans les séminaires,les colloques,les conférences,etc,règne surtout l’absence d’imagination et de courage. Ainsi s’affiche la vanité d’une "élite" schizophrène,doublement victime,en réalité,de la stérilité de la culture politicienne et de la stérilité de l’activité économique. Comment pourrait-elle,cette élite,communiquer avec la grande masse des gens coupés de tout,y compris de la culture sociale et politique ? Et avec quelle mythologie ? Celle du nombril ? Le résultat est bien là,pourtant :la mentalité bloquée d’une élite "cultivée" a engendré une culture de l’exclusion. Là aussi,c’est une affaire de monopole : on n’a jamais cherché à pluraliser les élites,afin de contribuer à stabiliser le consensus social et éviter l’affrontement. L’inexistance d’une culture de la coopération a engendré le phénomène suivant,au reste bien compréhensible : l’intelligentsia (et tout ce qui gravite autour) est intériorisée par le peuple comme cette troupe de féaux à la solde de seigneurs arrogants et cupides. Et qu’on ne vienne plus parler,à ce peuple,de légitimité des diplômes ! L’élite moderniste est-elle aujourd’hui capable de désigner des enjeux et des objectifs,alors que le monde connaît des changements vertigineux et considérables ? Ou bien a-t-elle peur de donner mauvaise conscience à ceux dont elle redoute les représailles ? Ce serait trop confortable et trop lâche de se réfugier derrière la sur-médiatisation d’une démocratie qui ne reposerait sur rien de concret. Auquel cas,l’hystérie et la culture de bazar risquent de revenir au grand galop et l’intelligence sera récupérée une nouvelle fois par les grands ruminants. La conjoncture actuelle est décisive. L’intelligence consiste à ne plus répéter : je suis ceci,je suis cela,j’ai un plus…L’intelligence consiste à retourner à l’Algérie profonde (si jamais le cordon ombilical n’est pas coupé). Les réponses au désarroi des intellectuels se trouvent là,d’abord,avant d’être ailleurs. Une question grave à l’heure actuelle : sommes-nous plongés dans une incroyable ignorance de l’Algérie réelle ?
Par A.B.A.



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