Jijel préhistorique : "Station Néolithique de Djidjelli"

Pendant l’été 1913, j’ai trouvé, dans cet escarpement vertical, des outils préhistoriques, que je rapporte à la période néolithique. Le gisement que j’ai reconnu s’étend sur un demi-kilomètre environ, depuis une crête rocheuse coupant la falaise, à trois ou quatre cents mètres à l’est de l’établissement de bains, jusque près d’un petit étang, où aboutit l’Oued el Kantara. Vers le sud le même alluvion renferme des roches taillées semblables, ainsi qu’on peut s’en assurer en explorant les chemins où le sol a été creusé, parfois assez profondément, par le passage des voitures. De la falaise j’ai extrait des outils et des éclats in situ qui étaient engagés dans le limon, d’où ilsn’émergaient souvent que de quelques millimètres.
Ils étaient rares, bien que le gisement paraisse riche, parce que les agents atmosphériques attaquent très lentement la terre de l’escarpement. Ils étaient généralement horizontaux, groupés par trois ou quatre dans un espace moindre que un mètre, et à la même hauteur, mais tout aussi fréquemment à des hauteurs un peu différentes et inclinés sur l’horizontale. 11 était visi blb que leur dépôt s’est effectué sur un sol peu consistant ou qui a été ramolli ultérieurement par les inondations, qui oni apporté les couches supérieures de l’alluvion. Ces objets étaient à des hauteurs diverses, variant du milieu de l’escarpement jusqu’à sa partie supérieure, le plus généralement vers les deux tiers de sa hauteur comptés à partir de la base ; et le gisement. se continuait dans la mince couche de terre végétale, et sur le sol, où les outils préhistoriques étaient assez abondants, mais souvent différents des précédents. D’autres roches taillées étaient au pied de la falaise, ou collées à sa surface, pouvant provenir de la surface du sol ou de la couche voisine ; il n’en sera point d’abord question.
Roches employées. — Le substratum de l’alluvion est composé de tufs, de grès et de sables. A une distance dune dizaine de kilomètres au moins de la ville, la nature du sol change ; et on voit émerger un porphyre, souvent très dur et à grain fin, apte à servir de matière première aux tailleurs de cailloux des temps néolithiques.
Les carrières de Cavallo, situées à 20 kilomètres de Djidjelli, sont exploitées activement et fournissent des matériaux pour la construction des édifices et des ouvrages d’art, et pour l’empierrement des routes. Ce sont ces porphyres que recherchait le Néolithique de Djidjelli ; il le trouvait en abondance parmi les galets roulés par la mer, ou parmi ceux apportés par l’Oued el Kantara dans ses fortes crues. C’était la matière la plus fréquemment employée ; mais le grès était également utilisé, recueilli parmi les galets qui fournissejit les plus durs échantillons. Une roche siliceuse, dure et à grain lin, était aussi recherchée, surtout vers la fin de la période néolithique, pour la conlection des outils à pointe line ou des grattoirs à retouches soi gnées ; mais je ne l’ai trouvée in silu que dans les couches les plus élevées de la falaise. Dans les parties plus basses, je n’ai vu que du porphyre, du grès et une seule l’ois du calcaire.
Industrie observée dans l’escarpement. — En s’en tenant aux pièces recueillies, comme il a été dit plus haut, dans la l’alaise, on est en présence, me semble-t-il, d’une industrie nettement néolithique. Toutes les pièces sont de grandes dimensions, taillées à grands éclats ; ce sont des pointes de lance et de javelot, des pointes-outils, des lames et des racloirs Fig. 1 et 2).
Les pointes de lance et de javelot sont les objets qui caractérisent le gisement ; j’en possède une seule entière de chaque sorte. Toutes deux sont de même facture : lisses sur la face d’éclatement, l’autre face retaillée sur une partie des bords, le talon constitué par le plan de frappe, non retouché, mais les deux bords voisins incurvés et finement retaillés et arrondis en dessus. Ces deux pièces sont en porphyre. La pointe de lance Fig. 1 ; № 13) a 0m13 de longueur, non compris une très petite partie des on extrémité qui est brisée ; sa plus grande largeur est 4m05 et son épaisseur, assez régulière, est environ 0m008. Elle était engagée dans l’escarpement vers le milieu de sa hauteur, à un endroit où il est formé par un conglomérat de nodules noirs, empâtés dans Г alluvion et paraissant provenir de la désagrégation de couches schisteuses sous-jacentes. La pièce était horizontale et s’enfonçait perpendiculairement dans la falaise, d’où elle ne faisait saillie de 0m03 à 0m04. Elle était donc bien in situ.
La longueur de la pointe de javelot Fig. 1 ; № 14), est de 0m07 ; sa plus grande largeur 0m025, son épaisseur, moins régulière que celle de la pointe de lance, est en moyenne de 0m005. Elle se trouvait à la même hauteur que la première, à 2 ou 3 mètres d’elle, également horizontale ; mais elle n’était plus enfoncée dans le talus que de 0m02 ou 0m03.
J’ai longuement insisté sur ces deux objets, déjà connus d’Algérie, pareeque, caractérisant Г âge du gisement, ils précisent aussi celui du terrain qui renferme le dépôt : ce qui est intéressant pour l’histoire géologique de la région. La plaine d’alluvions, sur laquelle est bâtie Djidjelli, n’est pas quaternaire, tout au moins dans sa moitié supérieure ; elle est contemporaine de l’homme néolithique. J’ai vainement cherché des fossiles dans ce terrain ; je n’y ai trouvé que deux coquilles, peut-être très récentes ; ce sont, m’en a écrit le commandant Caziot, des Oleacina (Gl(tndina), qui, jeunes, ont tous les caractères de ïOalgira Brug, qui habite actuellement l’Algérie.
Une autre pièce offre quelque intérêt ; c’est un grattoir, partie de galet fendu en long et retouché sur un seul côté sur toute la longueur d’une arête [Fig. 1 ; № 9). Sa face d’éclatement est intacte ; il est en calcaire et sa longueur est de 0m068.
Les autres objets, figurés dans les deux tableaux et recueillis dans la falaise, sont ceux indiqués par les numéros : 1 (lame-pointe en grès) ; 4 (grattoir en grès) ; 29 (pointe en grès) ; 30 ’lame en grès) ; 31 et 34 (lames-pointes : la première en grès ; la seconde on porphyre).
Le large couteau n° 15, en porphyre, était engagé dans le talus, à 4 ou 5 mètres de la pointe de lance, dont il a été parlé plus haut et à la même hauteur qu’elle ; il a été tiré de la même roche que la petite pointe de javelot. La grande lame n° 32 doit être rangée dans cette série d’objets ; je l’ai trouvée enfoncée dans l’alluvion, dans le talus d’un chemin voisin de la falaise.
Je n’ai vu aucune pièce en silex vers le milieu de l’escarpement ; mais j’en ai recueilli quelques-unes près de son sommet. Le couteau- perçoir en silex n° 12 était à 0ml() au-dessous de la couche de terre végétale ; celui n° 17 a été trouvé à quelques mètres des deux pointes de lance et de javelot, dans le conglomérat où elles avaient été déposées. Il est représenté avec le nodule auquel il était fixé, preuve qu’il a pris place dans le dépôt au moment de sa formation.
Industrie observée à la surface du sol et dans les couches voisines. — Sur le sol, autour de Djidjelli, les outils préhistoriqvies abondent : les uns identiques à ceux dont il a été parlé tout à l’heure ; d’autres de facture différente et indiquant peut-être une époque plus récente.
Les endroits qui m’ont paru les plus riches sont : le plateau terminant à l’ouest l’anse des Beni-Caïd, les environs immédiats du fort Galbois et la plaine voisine de l’escarpement néolithique. Quelques pièces ont été finement retaillées : celles n° 22 (pointe et grattoir) et n° 24 (pointe et grattoir à encoche), toutes deux en silex, et provenant du voisinage du fort Galbois. Le n° 16 est une extrémité de pointe de lance en roche siliceuse, trouvée sur le sol, près et au-dessus de la falaise ; il porte des retouches faites avec soin. Le n° 3, en grès, recueilli à la surface du sol près du fort Galbois, est taillé sur ses deux faces en forme d’outil chelléen, et pourrait évoquer l’idée du Quaternaire s’il n’était isolé ; il est de petite taille : 4-5 cent, de longueur. Un autre objet qui peut être signalé est celui n° 35 ; c’est une extrémité de hache polie faite avec un galet roulé de porphyre. La face supérieure était celle du galet, et l’ouvrier n’a eu à polir que la face inférieure et celle latérale droite (1).
(1) La provenance non encore indiquée des ob|ets représentés dans les deux Figures (1 et 2) est la suivante : Falaise ’pièces non in situ) ou ses environs, nos 16, 18, 19,20,21 (roche siliceuse), 26 (grès). 33 (porphyre V — Fort Galbois, 1 (porphyre ?), :>, 6, 22, 23, 2’i (silex V — Anse des Beni-Caïd, 7, 8, 10, 11, 25, 27 (porphyre), 28 (silex).
Source : Ch. Ferton Bulletin de la Société préhistorique française Année 1914



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