Kadhafi dégage ! Le peuple veut sa liberté

samedi 26 février 2011
par Chérif Boudelal

Par Cherif BOUDELAL

Un diplomate libyen auprès de l’ONU déclare qu’il y aurait plusieurs milliers de morts

Après avoir menacé d’exterminer tous ceux qui s’opposent à lui en utilisant l’aide des millions des Sahraoui (venant d’Afrique noire), lui, qui se considère comme le libérateur, le combattant et la gloire de la Libye, Kadhafi se calme et change de ton deux jours après. Voyant tout l’Est du pays s’est rallié aux révolutionnaires dont 7 député de son parti, 4 ministres de son gouvernement, plusieurs dirigeants proches des « comités populaires dont il est le « dirigeants spirituel », Kadhafi s’affole et en même temps s’est montré très sage lors de son discours de jeudi par téléphone. Et pourquoi par téléphone ? Ceci dit il se sent menacé, y compris dans son entourage.

Se voyant de plus en plus seul, car plusieurs officiers et commandants de l’armée et de la police avec leurs bases se sont rallié au peuple, il joue sa dernière carte, qui est déjà perdue d’avance. Jeudi Kadhafi s’est adressé aux chefs de tribus des régions de l’Ouest et des environs de Tripoli, notamment ceux de la ville de Zaouia qui se sont ralliés hier au peuple, les suppliant de sortir pour ramener leurs enfants à la maison ! Il a essayé de les convaincre que leurs enfants « aient été drogués par les barbus, les Ben Laden et des ennemis étrangers », et qu’il faut les sauver.

Par ailleurs Plusieurs aviateurs ont refusé de bombarder les populations ; l’équipage de deux avions bombardiers s’est posé à Malte, un autre a fait écraser son avion en sautant en parachute. Mais des dizaines d’autres militaires qui ont refusé de tirer sur la foule n’ont pas eu cette chance : Aljazeera a montré une quinzaine d’entre eux, ayant les mains attachées derrière le dos, qui ont été exécutés de sang froid.

Se croyant l’esprit de la Libye, Kadhafi a demandé à ces tribus de tenir compte de son « passé historique », en leur disant : « J’ai abandonné le pouvoir en 1977 pour le laisser aux masses populaires ; je n’ai aucune fonction au sein de l’Etat ; je n’ai qu’un pouvoir de référent moral. » Et il l’a dit avec modestie, car il se croit ainsi. S’il pense que le pouvoir est entre les mains des masses populaires, et que lui n’a rien à voir avec le pouvoir, il doit comprendre que ces masses lui demandent aujourd’hui de dégager ; qu’il dégage.

Mais son incohérence dans ses discours et dans sa pensée l’obligent à revenir à la charge pour justifier son existence et son autorité. Pour convaincre les Libyens qu’il est indispensable et mérite d’être écouté, il leur a dit : « Allah a dit obéissez-moi et le prophète », donc il les incite à l’obéir comme le prophète ! Et pour leur montrer que ses 42 ans à la tête de l’Etat (sans qu’il ait un titre apparent) ne sont pas suffisant, il leur a donné deux exemples de ceux qui sont restés plus longtemps que lui au pouvoir : le roi de Thaïlande (60 ans au pouvoir) et la reine d’Angleterre (57 ans au pouvoir).

Mais Kadhafi revient à la Charge ce vendredi après-midi

Aljazeera rapporte que le cousin de Kadhafi, Ahmed Gadhaf al-Dam, l’a abandonné. Ce dernier, qui avait la fonction de coordonateur des relations entre la Libye et l’Egypte, aurait démissionné pour protester « contre une effusion de sang et une répression violente contre le peuple libyen ». Toujours d’après Al Jazeera, Ahmed Gadhaf al-Dam a demandé l’asile politique à l’Egypte.

Apparemment Kadhafi n’a plus que ses milices et gardes approchés ainsi que celles de ses fils basées dans la capitales et ses environs ; leurs efforts sont concentrés sur la capitale comme s’ils voulaient prendre en otage ses habitants en essayant d’exterminer les résistants. Dans l’après-midi nous avons appris que des combats acharnés se sont déroulés entre les milices du régime et les résistants dans plusieurs quartiers de Tripoli ; il y aurait une quinzaine de morts et plusieurs blessés parmi les résistants et les civils non armés, mais les révolutionnaires continuent à résister avec héroïsme malgré l’inégalité des armes. Ceci dit, même si les jours de Kadhafi sont comptés, ce dernier reste un danger pour son peuple tant qu’il est en liberté.

L’instabilité morale de Kadhafi ne lui permet pas de tenir la même position. Il s’est réapparu ce vendredi après midi sur la terrasse d’un immeuble, au centre de la capitale, d’où il s’est adressé à une foule en lui disant qu’il allait les armer et armer toutes les tribus pour combattre ses opposants, et qu’il était prêt à embraser tout le pays s’il le faut.

L’état psychologique de Kadhafi est à la fois compassionnel et constitue un danger public. Compassionnel car il souffre d’un narcissisme extrême, qui relève d’une maladie grave ; danger public car tant qu’il reste en liberté il est capable d’exterminer la moitié de son peuple s’il trouve encore des fidèles qui l’obéissent afin qu’il demeure au pouvoir. Et il le fait par « patriotisme », car il croit que tous ceux qui ne le soutiennent pas parmi les Libyens sont des traîtres à la nation.

Avertissement

Certain parlent d’appel à une intervention étrangère pour secourir le peuple libyen. D’emblée les Libyen mettent en garde toute ingérence étrangère dans leurs affaires intérieurs et refusent cette éventualité ; ils se disent capables d’en finir avec le régime en place eux-mêmes sans aucune aide extérieure. Si le peuple libyen a besoin d’aides concrètes et urgentes, tels les médicaments et des équipes médicales, car les hôpitaux sont débordés et manquent de tout, il n’a pas besoin d’être occupé par des puissances étrangères dont on connaît leur « respect de la démocratie », à l’image de l’Irak et de la Palestine. Si des pays et organisations humanitaires veulent aider le peuple libyen, ils doivent se limiter à ces aides précieuses pour sauver des milliers de vies. L’autre aide précieuse dont le peuple libyen a besoin, c’est d’empêcher la fuite de Kadhafi, de sa famille et de ses collaborateurs. Ils demandent aux pays dont les banques abritent les comptes des voleurs de leurs richesses de geler leurs avoirs en vue de les restituer à l’Etat libyen après la victoire du peuple qui s’annonce déjà assurée.

La trouille au ventre de tous les despotes arabes

La révolution en Libye a fait oublier un peu ce qui se passe dans les autres pays arabes, du fait de la barbarie du régime assassin du colonel Kadhafi. Nous rapportons quelques brèves nouvelles de ces pays où la flamme de la révolution ne s’est pas éteinte.

Tunisie

En Tunisie, le peuple ne se démobilise pas et continue à se rassembler. Depuis six jours un sit-in permanent est installé devant le siège du gouvernement pour réclamer la réalisation des revendications du peuple, à savoir la démission de tous ceux qui étaient avec l’ancien régime et se retrouvent dans le gouvernement de transition. Malgré la fatigue et le froid, les manifestants continuent de clamer leur principal slogan : « Nous y sommes et nous y restons jusqu’à la fin du système ». Les manifestants sont très bien organisés ; ils ont constitué un comité directeur chargé de l’intendance, de la communication avec la presse et avec les différentes institutions ainsi qu’une équipe médicale volontaire ; un roulement est organisé pour tenir le coup et les manifestants affluent et proposent d’en faire partie. Ceci n’a pas empêché des milices du pouvoir de se glisser au sein des manifestants pour essayer de semer la discorde en eux, mais elles ont été vite démasquées et neutralisées par le comité de vigilance des manifestants. Les manifestants refusent de voir dans le nouveau gouvernement des membres de l’ancien régime ou ceux qui avaient une quelconque responsabilité au sein du RCD.

Egypte

En Egypte les manifestants se rassemblent sur la Place Tahrir, au Caire, tous les vendredis pour exiger du gouvernement transitoire pratiquement les mêmes revendications que leurs collègues tunisiens. Pas de reliquats de l’ancien régime. Par ailleurs, il demande la traduction en justice de l’ex président, H. Moubarak, et la mise en examen du ministre des Affaires étrangères de l’ancien régime, , Ahmed Abou El-Ghait qui demeure en place sous le gouvernement de transition. Par ailleurs, les manifestants clament la fraternité entre musulman et chrétien dont l’ancien régime avait favorisé l’affrontement, voire fomenté lui-même un attentat contre une église en accusant les frères musulmans de l’avoir commis aux d’avoir le soutien de l’Occident. Les Manifestants, qui sont composés de musulmans et de chrétiens, exigent que les directions de la grande mosquée « El Azhar » et de l’« Eglise Orthodoxe Copte » soient élues et non désignées par l’Etat.

Bahreïn :

Les manifestations et rassemblements n’ont pas cessé au Bahreïn. Les manifestants ont obligé les autorités de libérer plusieurs prisonniers politiques dont 23 d’entre eux accusées de « complot contre la monarchie » au pouvoir. Mais les manifestants exigent la libération de tous les prisonniers, entre autres, car beaucoup restent encore dans les geôles du roi,

- Arabie saoudite :

Par hasard, la monarchie saoudite se montre généreuse aujourd’hui et offre des allocations à ses sujets qui sont dans le besoin. Avant son retour de sa cure aux USA, le roi Abdallah a annoncé que l’Etat va débloquer des fonds pour les distribuer à ces populations, car il a peur que le tsunami l’emporte aussi avec son royaume.

Yémen :

Au Yémen, les manifestations continuent de réclamer le départ de leur bourreau, Ali Abdellah Salah. Nous avons appris que le pouvoir a empêché les journalistes d’Al-Jazeera d’entrer au campus universitaire où il y a un rassemblement permanent qui dure depuis trois semaines ; car seule cette chaîne diffuse ce qui se passe dans les révolutions des peuples qui ont décidé de balayer leurs régimes dictatoriaux, et de ce fait elle est accusée d’inciter les peuples à la révolte. Il y a eu au moins 15 morts lors des interventions policières dans l’enceinte du campus universitaires où les étudiant sont rassemblés pour protester contre le pouvoir dont les sbires ont tué 2 personnes et blessés 10 autres à Sanaa lors des manifestations de mardi dernier.

Algérie :

Bouteflika décide de lever l’état d’urgence et de donner une priorité à la création d’emplois et la distribution de logement au peuple ; il a lancé une série de réformes pour éviter le tsunami qui emporte dans son passage les régimes corrompus. Ceci signifie-t-il que ces besoins du peuple n’étaient pas ses préoccupations jusqu’à présent ? Vaut mieux tard que jamais ; mais nous savons que ceux qui ont le pouvoir et pillé les richesses du pays, ou fermer les yeux sur leur pillage, ne peuvent pas se faire passer pour des anges : ils n’ont aucun crédit auprès de leur peuple et doivent dégager comme les autres ; et Bouteflika est le premier sur la liste.

Contrairement aux ex chefs d’États/bourreaux qui gouvernaient la Tunisie, l’Egypte et la Libye, Bouteflika n’a pas le pouvoir absolu. Il n’est que l’exécuteur des ordres des généraux qui ont pillé les richesses de l’Algérie. Par leur dictature et leur cupidité ils ont vidé le pays de ses compétences en poussant des dizaines de milliers d’universitaires à s’exiler en Occident, alors que l’Algérie a grand besoin d’eux.

Une manifestation est prévue pour demain samedi. Contrairement aux autres pays arabes qui ont fixé leurs grandes manifestations les vendredis, les « opposants » en Algérie et au Maroc préfèrent organiser leurs manifestations le samedi ou le dimanche pour ne pas se faire accuser d’être manipulés par « les frères musulmans », car les régimes voient Ben Laden derrière chaque musulman.

Maroc

Nous avons appris que le jeune qui a été blessé par les forces de « l’ordre » du roi lors des manifestations de dimanche dernier, est mort des suites de ses blessures. Comme nous avons appris la mort d’une jeune femme de 25 ans (Fadoua Laroui) à l’hôpital de Casablanca. Celle-ci s’est immolée par le feu le 23 janvier dernier pour protester contre le refus par les autorités de lui attribuer un logement social, parce qu’elle est mère célibataire, selon les informations rapportées par Reuters.

Avant elle, un jeune homme de 26 ans (Mourad Raho) s’est suicidé le 10 février par le même procédé pour protester contre les conditions de vie qu’il menait. Le nombre de personnes qui ce sont suicidés ou tenté de le faire serait de six au Maroc, où le chômage bas son plein et la corruption est devenue chose normale sur tous les nouveaux. Comme les autres despotes arabes, le roi voit une menace contre son trône et essaie de « comprendre » son peuple en désarroi, en lui promettant d’autres réformes !

Irak

En Irak, les manifestation se poursuivent et succèdent depuis une semaine. Ce vendredi, il y aurait une dizaine de morts et autant de blessés à Mossoul, au Nord du pays, parmi les manifestants ; ils ont été assassinés de sang froid par les sbires du pouvoir alors qu’ils manifestaient pacifiquement. Le 1er ministre, Al-Maliki, s’est adressé hier soir au peuple, en le suppliant de ne pas répondre aux appels des opposants pour manifester ce vendredi afin de réclamer la fin du régime corrompu. Comme Kadhafi, Al-Maliki a joué sur « les ennemis de l’Irak qui sont des mercenaire de Ben Laden ». Nous voyons une hystérie des bourreaux des peuples arabes qui se sont cachés jusque là derrière ces accusations pour que les occidentaux se taisent sur leur crimes, lesquels régimes occidentaux ont été de bon protecteurs et aussi des complices des crimes de ces bourreaux.

Tôt ou tard tous les dictateurs arabes passeront à la casserole

Ceci dit, même si pour le moment il n’y a que 2 bourreaux sur 22 qui ont été déjà dégagés, le troisième et le quatrième sont sur le point de l’être, le tsunami n’épargnera aucun des 18 autres restants. Ils subiront le même sort que « leurs frères » dans la terreur et la corruption. Même s’il est des peuples qui trainent encore les pieds, ils se redresseront le pas un jour pour accompagner leurs propres bourreaux à trouver le chemin qui les mène chez Ben Ali et Moubarak. Les rois plus rusés vont tenter de mettre en place des réformes pour échapper à la colère de leurs sujets.

Les Occidentaux dans l’expectative

Les Occidentaux (USA et UE notamment) brandissent la menace de sanctionner la Libye. La Turquie refuse cette option car cela sanctionnerait le peuple et non pas le régime en place que l’on prétend vouloir punir. Oui, on peut se demander quelle partie les Occidentaux veulent sanctionner : le peuple libyen ou le régime de Kadhafi ? En effet, une fois Kadhafi mis au pas devant eux, les USA et l’UE ne sont pas rassurés d’un changement dont l’orientation est inconnue ; donc ils ne savent pas sur quel pied danser. Ces « démocraties occidentales » l’ont montré déjà vis-à-vis de la Tunisie et de l’Egypte, et ils ont trainé le pied avec Kadhafi ; ils essaient de jouer le neutre avant de prendre position. Voyant Kadhafi expirer son dernier souffle, ils se sont montrés préoccupé par ces massacres et menaces de contre le peuple libyen !

Par Chérif BOUDELAL – 25 février 2011 - immigrationstorys@yahoo.fr


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