L’Artiste Chahid, Salah Abdelbaki dit « Hamou » (1928-1962)

dimanche 21 septembre 2008
par BENKAM
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Ce qui suit est l’histoire d’un attaché à son terroir, à son pays. C’est surtout la trajectoire d’un artiste trop tôt disparu, au destin commun à beaucoup d’artistes de par le monde, dont les vies, comparables à des étoiles filantes, lumières fugaces qui illuminent le ciel, embellissent notre vie le temps d’un éclaire. A l’époque où cheikh Mohamed-Tahar Fergani berçait de ses aires langoureux la ville de Constantine et où cheikh Saddek – maître incontesté de l’Andalou – et cheikh Boualem Bejaoui –maître du Chaâbi et ami intime de Dahmane El Harrachi – rayonnaient sur la ville de Bejaia, ici à Jijel une voix jeune et mélodieuse commençait à monter au firmament. Qui sait jusqu’à quels sommets de l’art musical Euterpe* - qui le 10 mai 1928, s’était penchée sur le berceau de Salah Abdelbaki, dit Hamou – aurait élevé ce chanteur surdoué si le clairon du devoir patriotique n’avait étouffé de ses notes graves celles joyeuses et insouciantes de la guitare…

A la fin de la seconde guerre mondiale, ce chanteur encore adolescent mais talentueux, était fort apprécié par les jeunes de Jijel dont il égayait les soirées lors des célébrations de mariages. Les soirées animées par Hamou Abdelbaki attirait autant la jeunesse locale que de nombreux mélomanes de Bejaia, de Constantine et de Annaba. En effet, ce musicien touche-à-tout ne se limitait point au Chaâbi, dont les paroles à double sens véhiculaient le message nationaliste pour les mélomanes avertis. Il interprétait tout aussi bien le Malouf, le Bédoui, l’Andalou et le Medh auxquels, servi par une voix harmonieuse, il apportait, en les enrichissant, une touche personnelle. Doté d’une solide culture en langue arabe et maîtrisant parfaitement les versets coraniques, Hamou – ce qui gâchait rien – bénéficiait en plus de l’expérience musicale et thématique de son vieux père Si Ahmed qui fut, en son temps, un gouwal de renom. En 1952, un gala artistique s’est tenu à Jijel avec cheikh M’Hamed El-Anka en vedette. Les animateurs de la soirée en profitèrent pour lui présenter le jeune Hamou qui fit une brève démonstration de son talent devant le grand maître du Chaâbi. Celui-ci fut très impressionné. De retour à Alger, il aurait confié à son ami, le chanteur Khelifa Belkacem, qu’une étoile de la chanson, tous genres confondus, commençait à émerger à Jijel, en la personne d’un chanteur virtuose ; du nom de Hamou Abdelbaki. Celui qu’on surnommera plus tard « Le Cardinal » avait décelé chez le jeune Hamou toutes les qualités d’un Cheikh ; sagace, il pressentait que ce jeune homme avait l’étoffe d’un maître et qu’il ferait certainement parler de lui, non seulement à Jijel, mais à l’échelle nationale. Auarait-il vécu, notre Hamou n’aurait certainement rien eu à envier aux chanteurs de la trempe d’un Gerrouabi, El Ankis et autres Hassen Essaid… Cependant, Hamou n’était pas seulement passionné de musique populaire. Il avait d’autres préoccupations, autrement plus sérieuses. Il était à l’écoute des pulsations de son pays et, dès le début de la lutte armée, dans les premiers mois de l’année 1955, fut parmi les tout premiers militant du F.L.N. de la ville de Jijel. En 1956, pour être plus libre de ses mouvements, il quitta sa ville natale pour la capitale où il milita activement. Il se savait recherché par les services de renseignements de l’armée française et, sentant l’étau se resserrer autour de lui, il rejoignit ses frères de lutte de l’A.L.N en 1957 à partir d’Alger. Les maquisards de la région de Jijel l’appréciaient beaucoup pour sa gentillesse, sa maturité d’esprit et pour l’amour indéfectible qu’il vouait à sa patrie. Triste fut donc pour ceux cette journée du début du mois de mars1962 quand ils apprirent que Hamou venait de tomber au champ d’honneur. C’était quelques jours seulement avant la signature du cessez-le-feu ! Aujourd’hui, la patrie reconnaissante envers cet Artiste-Chahid a donné son nom à la bibliothèque municipale de la ville de Jijel. Ce n’est que justice car, par delà le devoir de mémoire que nous leurs devons, il faut que les noms de nos Chouhada servent de phares pour éclairer la voie des générations actuelles et de celles qui suivront. Il faut que les hauts faits de leurs aînés, hommes jeunes et moins jeunes, femmes au caractère trempé dans l’acier, qui les ont précédés dans les domaines de l’art, de la culture et du sport, servent d’exemple à tous nos jeunes en quête de repères.

A.A

* Musé de la musique


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