L’Association mich’al des enfants de disparus de Jijel (AMEDJ)

samedi 21 août 2010
par BENKAM

Familles de disparus, charte et bouc émissaire

Par Boubakeur Hamidechi hamidechiboubakeur@yahoo.fr Elles avaient pour habitude de se rassembler, hebdomadairement, afin de manifester contre l’oubli qui affecte leurs incertitudes douloureuses. Mères, épouses ou sœurs de disparus, elles opposent depuis une dizaine d’années une étonnante résistance à la stratégie d’usure adoptée par le pouvoir en vue de clore, sans examen moral, l’ensemble des dossiers du drame national. Contre vents et marées, ou même indemnisations matérielles, elles poursuivent leur combat, d’ailleurs respectable en soi, afin d’accéder à la vérité concernant ce proche dont toutes les traces se sont perdues et dont elles ignorent le lieu de sa sépulture. Semaine après semaine, elles se relayent par conséquent à proximité des institutions de l’Etat et observent des sit-in souvent tolérés ou tout au moins évacués avec prévenance. Petite vague de l’indignation sourde, leur présence s’est progressivement incrustée dans le paysage habituel au point de ne susciter qu’une relative curiosité, voire le désintérêt de la presse. Mais voilà que subitement « l’humeur officielle » leur est devenue hostile. Ce qui n’était perçu que comme une platonique procession de dames au deuil inconsolable est réprimé violemment comme une menace à l’ordre public. La charge eut lieu mercredi 11 août jour inaugural du Ramadan. Tout un symbole qui émut très vite la plupart des associations activant dans la proximité de ces éplorées. Or, c’était moins le brusque revirement des services de sécurité qui a suscité l’ire de celles-là que les justifications avancées par l’homme des « droits de l’homme » qu’est Farouk Ksentini. En effet, ce furent surtout ses louvoiements et ses arguments spécieux qui les ont excédées( 1). À l’évidence, le président de cette « commission consultative » (au sigle difficile à retenir par ailleurs) était, dans la pratique, condamné à connaître cette inconfortable mise en accusation. Dès lors qu’il est contraint au funambulisme, sa marge de conciliation sera toujours aussi étroite que l’est la corde raide qui lui sert de fil conducteur à son action. Entre l’éthique, supposée irriguer son magistère, et la « raison d’Etat » vis-à-vis de laquelle il est tenu à une obligation de réserve, ce juriste-là a décidément choisi le terrain le plus miné pour « dire le droit » ! Pourquoi donc accable-t-on un pompier officiel quand bien même il est gratifié de la neutralité de « Monsieur bons offices » ? En vérité, si des procès venaient à être instruits à propos de cette méprise à l’égard des familles de disparus, ne serait-il pas judicieux de la part des associations et même plus approprié de contester paradoxalement la charte de 2005 au lieu de ferrailler à l’arrière-garde contre un bouc émissaire ? Car enfin, le document soumis à référendum en septembre 2005 n’a-t-il pas été violemment contesté et subtilement critiqué aussi bien dans ses visées que dans sa forme ? Juristes et hommes politiques n’avaient-ils pas conclu qu’il était ridiculement un « chef-d’œuvre » de rhétorique politicienne où s’entremêlent l’imprécision dans les énoncés et les poncifs servant d’habillage ? Pour un texte de loi majeur appelé à refonder la nation elle-même, n’avait-on pas relevé que les références à l’éthique de l’Etat étaient peu nombreuses ou du moins mal soulignées. Or, le devoir de vérité qui, en pareilles circonstances, incombe à l’Etat n’a-t-il pas été sciemment escamoté au travers de la philosophie de cette charte ? Toutes les problématiques étaient traitées à partir de mesures techniques d’où sont absentes justement les contreparties morales. Et c’est justement dans le chapitre relatif aux disparus que l’on décèle enfin une approche éthique qui prenne en compte cette désespérance particulière. C’est sur cet engagement qu’aujourd’hui la puissance publique est prise en défaut par ces femmes. Même les associations des victimes du terrorisme (Djazaïrouna et Somoud) ne seraient pas hostiles à une solution globale qui passerait par la création d’une commission « vérité et justice » pour tous. Comme on le constate, nous ne sommes plus dans les intrigues des chapelles politiques ni dans les schismes idéologiques qui ont débouché sur notre guerre civile. De toutes parts, il existe désormais une volonté d’organiser la paix sur la base de la vérité dite, quitte parfois à ce que la morale de l’Etat en soit éclaboussée tout autant que soit révélé que la plupart des jugements sommaires ne l’ont pas été à la légère. Pour peu que l’on sache découpler les bilans des dommages collatéraux de l’origine du camp auquel ils ont appartenu, il est toujours possible de bien solder ce grand malheur. Car, d’un côté comme de l’autre, les grandes douleurs ne sont pas des monopoles et l’appartenance de la victime n’est pas non plus indicatrice d’infamie. Ces quêteuses de nouvelles d’un « absent qui battent le pavé depuis environ 500 semaines ne sont pas des militantes d’une cause politique. Elles sont le désarroi incarné qui a seulement besoin de la vérité cinglante afin que tout s’apaise et qu’elles retournent définitivement chez elles. B. H. (1) Lire l’article paru dans El Watan du 16 août intitulé : « CFDA et SOS disparus fustigent Farouk Ksentini ». Se référer également au communiqué de l’ANFD que résume El Watan dans son édition de mercredi 18 août.

Le Soir d’Algérie

JPEG - 103 ko
Association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, 5 juillet 2010
JPEG - 90.8 ko
Association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, 5 juillet 2010
JPEG - 84.8 ko
Association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, 5 juillet 2010
JPEG - 76 ko
Association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, 5 juillet 2010
JPEG - 84.3 ko
Association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, 5 juillet 2010
JPEG - 76.9 ko
Association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, 5 juillet 2010
JPEG - 82.8 ko
Association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, 5 juillet 2010
Photos du rassemblement du 5 juillet 2010 à Jijel

Noter cette article :
bottom

Réactions

Logo de BENKAM
lundi 29 novembre 2010 à 19h08, par  BENKAM

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 21/08/2010 22:36 Mis à jour : 22/08/2010 08:02
Re : L’Association mich’al des enfants de dispar…
Ces gens doivent connaitre le sort de leurs proches pour qu’ils puissent faire leur deuil et enterrer à jamais ce espoir de voir un jour les leurs vivants. Donnez leur cette possibilité. Les crimes ne peuvent pas être cachés,le peuple sait bien qui a fait quoi, qui a enlevé qui, et qui a tué qui. Reste seulement cette question de deuil, qu’on leur dise la vérité, c’est une condition séné qua non pour l’instauration d’une véritable paix civile.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 22/08/2010 20:20 Mis à jour : 22/08/2010 21:18
Re : L’Association mich’al des enfants de dispar…
Merci pour le partage, c’est qu’en parlant et en se mobilisant que la lumière jaillissent. C’est important pour les familles et pour toute l’Algérie, c’est comme ça que l’Afrique du Sud a dépassé sa crise.

Brèves

22 mai - Salon des arts plastiques de Jijel Une vitrine pour encourager et promouvoir les plasticiens locaux

Ces derniè

22 mai - TEXENNA (JIJEL) 67 millions de dinars pour l’assainissement

Une envelo

22 mai - TAHER : 8,44 MILLIONS DE DINARS POUR L’ÉTUDE DU RÉSEAU DE DISTRIBUTION D’EAU

Une étude

19 mai - EL MILIA PROLIFÉRATION DES RATS

La ville

19 mai - RAHIMA NEMER. Elue députée sur la liste de l’UFDS

Ademi-mot,
tonimage tonimage

Top Articles