L’Occident sera-t-il englouti par l’Asie ?

vendredi 30 décembre 2011
par BNIBRAS

La fin de 500 ans de domination occidentale sur le monde ! C’est la thèse défendue par l’historien britannique et professeur à Harvard, Niall Ferguson, pour qui la crise financière de 2008 et la crise de la dette de 2011 ne sont que des symptômes d’un transfert de puissance économique de l’Ouest vers l’Est. Retour sur ses arguments, développés dans une présentation lors du Oslo Skagen Funds Event.

C’est un historien qui ne fait pas dans la dentelle. Tout britannique qu’il soit, Niall Ferguson est un habitué des thèses fracassantes et des controverses intellectuelles outre-atlantique (il enseigne à Harvard) . Dans son dernier livre paru en novembre dernier (Civilization. The West and the rest/ Civilisation, l’Occident et le reste), l’historien assène sa conviction que nous sommes en train de vivre la fin de "500 ans de domination occidentale". Et que la question qui nous pend au nez n’est pas celle d’un clash des civilisations, mais d’un affaissement de l’Occident, laminé par ses faiblesses intrinsèques et par ce qu’il perçoit comme étant l’irrésistible ascension de la Chine.

Ainsi pour Niall Ferguson, les deux crises enchaînées de 2008 et de 2011 ne seraient pas de simples cycles économiques mais le symptôme et l’accélérateur d’un changement radical de l’équilibre des puissances mondiales dont le centre de gravité semble dériver plus ou moins doucement de l’Occident vers l’Asie : les puissances économiques de demain ne seront plus les États-Unis et l’Europe mais bien la Chine et l’Inde. 

Proche des néo-conservateurs, M. Ferguson jouit du crédit que lui a apporté son livre paru au printemps 2008, L’irrésistible ascension de l’argent, de Babylone à Wall Street dans lequel il anticipait avec lucidité la crise financière qui allait se déclencher quelques mois plus tard.

 

Récapitulatif des arguments de l’historien tels que présentés lors d’une conférence au Oslo Skagen Funds Event.

En 1913, les richesses étaient clairement détenues par les pays colonisateurs (représentés en bleu sur le graphique ci-dessous). Ainsi, l’Autriche, la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis regroupaient 61% du PIB (GDP en anglais) mondial, alors que les colonies n’en regroupaient que 18%. En superficie pourtant, les colonies (en rouge) représentaient 48% du territoire mondial et 31% de la population de la planète .

 

On s’aperçoit que dès 1500, le rapport était presque identique : les puissances occidentales représentaient 43% du PIB mondial (GDP).

 

Si on se concentre sur le PIB par habitant, en 1600, on constate encore plus le déséquilibre entre les pays occidentaux et les autres. Les habitants de pays de l’ouest étaient beaucoup, beaucoup plus riches que ceux du reste du monde. A noter cependant un rattrapage grand V qui s’est enclenché au 20e siècle. Le PIB par habitant de l’Inde qui ne représentait que 2% de celui du Royaume-Uni en 1600 a progressé jusqu’à 10% (en bleu sur le graphique ci-dessous). Même tendance pour celui des Etats-Unis rapportés à celui de la la Chine (en rouge).

 

Et ce rattrapage enclenché au 20e siècle s’est fait proportionnellement plus vite pour les pays asiatiques que ce qu’avait connu les pays occidentaux auparavant. Sur le graphique ci-dessous, on peut observer l’ampleur des révolutions industrielles par pays (qui se sont produites à des moments différents dans le temps). En bleu foncé, la croissance du PIB sur toute la durée de la révolution industrielle : 4,4% pour le Royaume-Uni, 5,3% pour les États-Unis, 7,7% pour le Japon et 10,3% pour la Chine. En jaune on retrouve la croissance annuelle moyenne du PIB pendant ces périodes de "révolution industrielle" : 2,2% pour le Royaume-Uni entre 1830 et 1900, 3,9% pour les États-Unis entre 1870 et 1913, 9,3% pour le Japon entre 1950 et 1973 et 9,4% pour la Chine entre 1978 et 2004. 

 

http://www.atlantico.fr


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