L’école indigène à Djidjelli

L’école indigène était à la mesure de la bourgade qu’était Jijel à cette époque-là : une ville miniature dont on pouvait faire le tour et parcourir toutes les rues en moins d’une heure. Elle était aussi à la mesure, à l’aune des normes assignées par la loi coloniale quant à l’instruction des indigènes. Il na fallait pas que l’effectif des indigènes dépassât non celui des européens, mais son cinquième. Je précise pour éviter toute confusion : le nombre d’élèves indigènes à admettre à l’école doit être cinq fois moindre, cinq fois moins important que celui des élèves européens scolarisés. Ou mieux encore, car ce critère va se répercuter sur les structures scolaires : il faut que les européens disposent de cinq classes pour que les indigènes aient droit à l’ouverture d’une classe ; d’une seule classe.
C’est l’application à la lettre de cette loi scélérate dite du « cinquième » qui priva le bled- où ne vivaient pas d’européens- de constructions d’écoles. Les quelques rares écoles qui seront construites l’auront été par charité et pour payer la fidélité de certains caïds et bachaghas à la mère patrie. Et c’est cette loi du cinquième qui fut appliquée à notre petite cité. Ainsi, en 1920-1921, Jijel ne disposait que d’une école indigène à deux classes. Alors que les européens avaient à leur service dix classes se répartissant ainsi : une école de garçon de quatre classes. Une école de filles de quatre classes et une école maternelle de deux classes. Pour les indigènes donc, aucune école de filles. Il faut dire qu’à cette époque, envoyer sa fille à l’école des roumis était considéré encore comme un acte sacrilège. Une déchéance pour la famille. N’empêche, il se trouvera quelques rares notables qui, un peu plus tard, vers 1924-1925 et après, braveront cette mentalité et parviendront à inscrire leur fille à l’école française de filles. Le nombre de ces filles ne dépassera guère la demi-douzaine répartie à travers tous les cours car, dès leur puberté, le plus souvent avant même, elles interrompaient leurs études pour être cloîtrées. Au grand dam de leurs maîtresses.
A. Mékideche.



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