L’effondrement de la civilisation industrielle finira-t-elle par une Troisième Guerre mondiale ?

mercredi 1er septembre 2010
par BENKAM

La crise actuelle marque le début de l’effondrement de la civilisation industrielle dont le modèle de développement repose essentiellement sur la valorisation des énergies fossiles : d’abord le charbon, puis le pétrole et enfin le gaz. Celle-ci a permis de soutenir une croissance économique et démographique jusqu’alors jamais vue, donnant l’illusion que la croissance infinie dans un monde fini était possible. Pourtant, en reposant sur une énergie non renouvelable mais sur un stock d’énergie, la fin de cette civilisation était annoncée… dès son épuisement ; pire, bien avant cela, l’énergie ne pourra être extraite qu’à un rythme toujours décroissant. Le pic d’extraction des énergies fossiles marque donc le début d’un déclin inexorable.

La production pétrolière saoudienne décline à toute vitesse

Depuis 2005, la production mondiale, ou plutôt d’extraction de pétrole a atteint un palier. Dès lors, les prix du pétrole n’ont cessé de croître, signifiant l’imminence de la fin de la partie. Cela fut chose faite en 2008 avec un dernier soubresaut de la production en Arabie Saoudite (premier producteur mondial de pétrole, dont le sous-sol est censé receler la plus vaste réserve pétrolière du monde, affirmaient les Saoudiens). Les installations pétrolières saoudiennes ont été conçues par les Américains pour faire passer la production de 8,1 millions de barils/j à 15 millions de barils/j afin de pallier les plus graves crises pétrolières et faire face aux guerres et aux conflits. Surévaluées de 46%, les réserves dites prouvées ne recèlent en réalité que la moitié affirmée par les officiels saoudiens, et voilà que le Peak Oil fut atteint plus tôt que prévu, plus d’autres découvertes pour renouveler les réserves.

Le Peak Oil a eu pour conséquence de faire exploser le système désormais fondé sur le postulat d’une croissance infinie. La théorie, fondée sur une abondance éternelle et le prix bas du pétrole ont laissé dans le passé les familles vivre à l’aise dans un confort sans précédent, mais l’arrivée du Peak Oil a tout simplement fait exploser les prix des carburants qui ont rendu la situation insupportable pour les ménages américains vivant bien souvent à plusieurs kilomètres du lieu de travail. Le rêve américain de vivre dans les maisons individuelles de banlieues à mi-chemin de la ville et de la campagne était une illusion dépendant totalement sur un pétrole bon marché. L’Agence américaine de l’énergie a, depuis, à demi-mot, validé ce fait en annonçant une chute rapide de la production pétrolière à partir de 2011. D’ici 2015, la pénurie de pétrole s’élèverait à 10 Mbj et le prix du pétrole deviendra inaccessible à beaucoup de pays qui retourneront au charbon et aux bois des forêts !

Première puissance énergétique planétaire avec la Russie « sur papier » et principal acteur du cartel de l’OPEP, l’Arabie Saoudite est surnommée « la banque centrale du pétrole ». Selon les données du département de l’Energie américain, le royaume est le seul producteur mondial aujourd’hui capable d’augmenter significativement sa production. L’Arabie Saoudite déclare extraire de son sol 8,1 millions de barils par jour de pétrole conventionnel, et dit être capable d’augmenter cette production de 4,4 mb/j, à 12,5 mb/j et si nécessaire à 15 mb/j si seulement les Etats-Unis et Israël levaient leur petit doigt. Le pétrole saoudien est le plus facile à extraire et le moins cher du monde. La contrainte est de taille qui annonce le déclin de la production mondiale, l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole, aurait mis un terme à la prospection sur son sol afin d’épargner ses richesses et les transmettre aux générations futures, selon une déclaration du roi Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud, datée du 1er juillet 2010. L’annonce a été faite à Washington devant des étudiants saoudiens, précise l’agence de presse nationale. Prononcée deux jours après une rencontre entre le roi et le président américain, Barack Obama, le 29 juin 2010, cette déclaration sonne le glas. En effet, le royaume dit détenir à lui seul 20% des réserves mondiales d’or noir, alors qu’en réalité il ne détient que 10,8%.

En mai 2005, Matthew Simmons, l’un des banquiers d’affaires les plus en vue de Houston, capitale mondiale du négoce pétrolier, publiait dans son livre Crépuscule dans le désert, une charge fortement documentée accusant l’Arabie Saoudite de grossièrement surestimer ses réserves d’or noir de 46%. D’après ce Texan qui a conseillé le président Bush pour son programme énergétique, la production saoudienne a atteint son maximum en l’an 2000, et risque de s’effondrer bientôt, faute de réserves suffisantes. A la suite de la publication du brûlot de Matt Simmons, l’Aramco, d’ordinaire muette sur l’état de ses réserves, a fourni quelques données précises pour la première fois de son histoire. Mauvaise surprise : la principale compagnie pétrolière mondiale (et de loin) a reconnu que les extractions de ses puits déclinent à grande vitesse : entre 5 et 12% par an. Rien que pour compenser ce déclin, l’Aramco doit ouvrir assez de nouveaux puits pour fournir entre 500 000 et 1 million de barils par jour (mb/j) de plus chaque année, sur une capacité totale de production aujourd’hui établie officiellement à 12,5 mb/j. Depuis, l’Aramco n’a plus publié le moindre fait consistant sur ses réserves.

Impacts d’une pénurie de pétrole

Pour le continent européen, le problème est le même, sauf que la dette n’est pas privée mais publique. Cette dette montre en premier lieu le déséquilibre structurel du monde occidental qui consomme plus qu’il ne produit. Le déclin de la production pétrolière rend insoutenable ce mode de fonctionnement et si les sociétés refusent de s’adapter à cette nouvelle réalité, le système (ou la nature) dont l’évolution globale est totalement dépendante du monde physique impose les changements. En un mot, tout ce qui a été rendu possible par une énergie bon marché et disponible en abondance est remis en cause : la société de consommation (matérialisme et individualisme), l’Etat providence et tous les acquis sociaux qui en découle. Dans le monde réel, et plus particulièrement dans la société française cela se traduit par le retour du chômage de masse, la réforme des retraites, la réduction des déficits publics, etc. Les troubles sociaux sont inévitables.

Pire, les troubles sociaux peuvent se transformer en révolutions qui pourraient se traduire par une purge de l’élite du pays considéré comme ayant trahi le peuple à la manière de la révolution française où de la révolution bolchevique. Plus inquiétant, le niveau de consommation d’énergie et de la population mondiale est totalement corrélé et de nombreux chercheurs concluent que la population mondiale va commencer à décliner avec la baisse de l’apport global d’énergie (gaz, charbon et pétrole) prévue entre 2020 et 2040. Une partie de la population pourrait également être prise pour bouc émissaire des malheurs du peuple. Les dérives que l’on observe en France et aux Etats-Unis sur l’amalgame entre musulman et intégrisme sont inquiétantes. En effet, on observe une évolution de plus en plus radicale. Tout d’abord, la question du voile à l’école, puis celle du Niqab dans la rue, les caricatures du Prophète Mohammed (QLSSSL), les dernières agressions sur les musulmans américains, le piège de la construction d’une mosquée au point zéro à New York… et quoi encore.

D’ailleurs, cette nouvelle étape est en cours de franchissement avec l’affaire du musulman polygame, fraudeur et islamiste dont on veut retirer la nationalité française. De même, dans les banlieues où l’amalgame entre jeunes issus de l’immigration et racaille, voire barbare est vite fait. La tentation génocidaire est un élément à ne pas sous-estimer. Elle a déjà été utilisée dans le cas du Rwanda où la pression démographique était tellement forte que le prétexte des différences ethniques, en grande partie développées pendant la colonisation, a été utilisé allègrement. Une autre manière de retarder le problème de pression démographique sur la population intérieure pourrait être celui d’accaparer les ressources des autres pays au lieu de les partager. « Le mode de vie américain n’est pas négociable » de G W Bush et la guerre d’Irak montre clairement que les Etats-Unis ont choisi cette voie. Pourtant, cette guerre ne suffit pas pour assouvir notre boulimie d’énergie et la cible toute désignée est désormais l’Iran. Nous constatons donc depuis plusieurs mois une recrudescence de la propagande (aux Etats-Unis, en France et en Allemagne) pour nous faire avaler le fait qu’un conflit est la seule solution pour arrêter ceux qui n’obéissent pas à l’oncle Sam et qui veulent « rayer Israël de la carte ».

Pourtant, cette citation créée de toutes pièces dénature la pure pensée du régime islamique iranien. De là à avoir un doute sur la réalité de la menace nucléaire iranienne, le pas sera vite franchi pour déclencher une troisième guerre mondiale. Les responsables politiques américains qui, confrontés à un échec économique, ont choisi la guerre comme dernier recours pour se maintenir au pouvoir abondent dans l’histoire. C’est encore plus vrai lorsqu’un pays connaît des crises économiques successives et graves de plus en plus et que la guerre leur semble le seul moyen d’en sortir en détruisant une bonne partie du monde. C’est ainsi que les USA ont surmonté leur plus grave crise économique du XXe siècle en entrant dans la Première Guerre mondiale, la crise économique mondiale en entrant dans la Seconde, et ils pourraient donc être tentés de résoudre la troisième crise économique de la même manière. Les deux guerres mondiales ont en effet permis aux Etats-Unis non seulement de venir à bout de leurs deux plus gros endettements, mais aussi de devenir la première puissance économique mondiale. La tentation est donc forte d’essayer une troisième fois le même remède. N’oublions pas que les USA ne sont pas seulement la nation la plus endettée du monde, mais aussi que l’effondrement de leur devise signifie celui de leur empire. La soi-disant « unique puissance hégémonique mondiale » implose en ce moment exactement comme l’a fait l’URSS il y a vingt ans.

Les Chinois ont déjà fait comprendre qu’ils ne reconnaissent plus son hégémonie. Le président des Etats-Unis se trouve donc, si Israël frappe, face à un dilemme désespéré : doit-il continuer à s’enliser dans les sables mouvants de la crise financière, économique et sociale ou chercher le salut dans une guerre mondiale, qui a déjà permis deux fois aux Etats-Unis d’en sortir gagnants. Les USA traversent non seulement en raison du rachat des dettes des banques par l’Etat, mais aussi de leur dette publique qui avait déjà énormément augmenté leurs crédits à l’étranger leur coûtent 1 milliard de dollars par jour leur pire crise financière depuis la Seconde Guerre mondiale.

Si les flux financiers cessent ou s’ils se détournent du dollar, les USA seront en faillite. Les USA ne font pas assez d’efforts économiques pour réduire leur dette publique croissante. Ils n’augmentent pas les impôts pour accroître leurs recettes, ne tentent guère de rogner sur les budgets publics, surtout pas sur leur budget militaire, celui qui a le plus augmenté. Il faut dire que les USA, en divers endroits du monde, ont engagé au total 200 000 soldats. C’est pourquoi personne n’a compris pourquoi le lobby juif a choisi un jeune Noir pour gouverner l’empire américain et l’a récompensé par le prix Nobel de la paix bien avant qu’il n’entame sa carrière de diplomate-légionnaire. Peut-être était-ce une mesure préventive, car la guerre en Iran dépend avant tout de lui, faire le sale boulot par un nègre ! Il apparaît donc que ce sont uniquement les gouvernements américains, d’une partie de l’Union européenne et surtout d’Israël qui menacent gravement l’Iran.

On ne peut cependant pas désigner qui, au-delà des sanctions, envisagerait le déclenchement d’une guerre. Le gouvernement américain ne se prononce pas en la matière, les gouvernements de l’Union européenne se positionnent en ordre dispersé, le gouvernement allemand a jusqu’à présent déclaré fermement qu’il s’oppose au déclenchement d’une guerre, mais de l’autre côté il arme au nucléaire Israël. Les Israéliens envisagent, eux, l’éventualité d’une attaque pour amorcer une troisième guerre mondiale, comme ils avaient amorcé les deux précédentes guerres mondiales en payant le tribut de guerre. Mais les gouvernements américain, de l’Union européenne et israélien ne représentent nullement la « communauté internationale ».

S’il y avait guerre avec l’Iran, cela entraînerait la fermeture immédiate du détroit d’Ormuz et un dramatique renchérissement du pétrole, et ceci est d’autant plus grave que la guerre se prolongerait. Du pétrole plus cher, ce sont toujours des coûts plus élevés pour l’économie et les consommateurs. Nous devons donc nous attendre à des pénuries, des restrictions et des augmentations de prix pour les biens de consommation. Toute guerre nécessite un surcroît d’armement. L’industrie mondiale de l’armement et en particulier aux USA se frottera les mains, elle sera utilisée à pleine capacité et pourra se développer. Il y aura des retombées dans les secteurs annexes, par exemple l’automobile, le textile, les chantiers navals, l’aéronautique et d’autres encore.

La production augmentera, même si les prix en font autant. Les grands gagnants seront les banques. On ne parlera plus de produits financiers toxiques et de banquiers gangsters ; les banques centrales devront financer la guerre par la création de monnaie. Les banques pourront de nouveau accorder des crédits. Dans un premier temps, l’inflation maintiendra le dollar jusqu’à la fin de la guerre. C’est seulement après la guerre, comme d’habitude, que l’on procédera au grand nettoyage et qu’on expiera les péchés de la finance de guerre. Une guerre en Iran ne resterait pas un événement limité, même si au départ il ne s’agissait que de missiles. Aux côtés de l’Iran se rangeraient les Chinois, directement ou indirectement, et certainement les Russes, pour ne pas laisser les troupes de la coalition américano-européenne s’approcher de leurs frontières et la puissance des USA devenir excessive.

Conclusion

Si la folie l’emportait et qu’une guerre était déclenchée contre l’Iran, il ne fait aucun doute que celle-ci dégénérait en conflit mondial. Outre le fait que cette guerre provoquerait une rupture de l’approvisionnement (quelque 16 millions de barils de brut quittent chaque jour la région du Golfe persique via le détroit d’Ormuz, soit près de 20% de la production mondiale de brut) le contrôle de l’Iran par les Etats-Unis est impensable : ils contrôleraient ainsi la majeure partie d’une production pétrolière mondiale déclinante, ce que la Chine, très dépendante de l’approvisionnement iranien, ne peut se permettre. Le conflit mondial aurait alors la même cause que la guerre entre le Japon et les Etats-Unis ainsi qu’entre l’Allemagne et la Russie… la nécessité de garantir l’approvisionnement en pétrole de la machine économique.

Y. Mérabet

El-Watan


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Réactions

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mercredi 1er décembre 2010 à 16h23, par  BENKAM

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 31/08/2010 05:09 Mis à jour : 31/08/2010 05:28
Re : L’effondrement de la civilisation industrielle finira…
Bravo ! Excellente analyse. Et dans tout ça que deviendrait l’Algérie ?

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 31/08/2010 08:53 Mis à jour : 31/08/2010 13:37
Re : L’effondrement de la civilisation industrielle finira…
Mais je sais que les USA va perdre cette fois ci, pour faire accomplire la prophetie de l’Apocalypse et enfin le dernier jour.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 17/09/2010 18:36 Mis à jour : 17/09/2010 18:47
Re : L’effondrement de la civilisation industrielle finira…
La fin du pétrole parfumé au dinosaure Par Y.Mérabet

Si demain le pétrole abiotique deviendra abondant ?
Il est évident que les compagnies pétrolières savent parfaitement que la théorie du pétrole abiotique est vraie, qu’il y a des quantités fantastiques de pétrole sous nos pieds, et qu’il n’y aura pas de crise d’approvisionnement avant des milliers d’années ou plus. Un certain nombre de responsables politiques des pays riches le savent aussi.
Ils mentent donc sciemment depuis plus de 100 ans quand ils disent que le pétrole vient de la décomposition des plantes et dinosaures, qu’il n’y en a qu’une quantité très limitée pour l’humanité. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce que le pétrole permet d’avoir de l’argent et du pouvoir.

La richesse des compagnies pétrolières est basée sur une relative rareté du produit et une très grosse partie de leur profit et basée sur le commerce international de celui-ci.
Sur la relative rareté du produit, il est évident que si demain, tous les pays du monde étaient capables de produire du pétrole, celui-ci ne vaudrait plus rien. Son prix de vente baisserait quasiment au niveau de son cout d’extraction. Les marges, qui sont actuellement énormes ne dépasseraient plus les 20 ou 30 %, voir moins, si les états se mêlent de contrôler les prix. Les profits deviendraient donc dérisoires. Il y aurait une telle concurrence qu’il serait impossible d’avoir des prix élevés. Et ceci serait vrai au bas mot pour des milliers d’années. Donc, aucun espoir de voir une remontée des prix.
Les compagnies pétrolière vivent aussi du commerce international, donc, du fait qu’il y a des pays producteurs/exportateurs d’un coté et des pays acheteurs de l’autre. Il faut, pour elles, qu’il y ait un nombre limité de pays exportateurs pour pouvoir faire des profits à la vente plus facilement. Parce que, sur un marché national autosuffisant, le gouvernement peut décider de limiter les prix du baril. Tandis qu’avec le marché international, ce sont les compagnies qui peuvent magouiller pour faire optimiser leur profit et faire varier les prix selon leur convenance.

On pourrait même préciser : il faut pour elles, de préférence, qu’il n’y ait que quelques pays producteurs faibles militairement et ayant des compétences techniques limitées. Ainsi, les grandes compagnies peuvent obliger les pays producteurs à passer par elles : d’une part à cause de leurs compétences techniques, et d’autre part parce qu’un pays puissant militairement peut leur forcer la main pour choisir ses compagnies pétrolières, sous peine, sinon, d’avoir des problèmes. Et du coup, les pays consommateurs, eux aussi, sont obligés d’en passer par ces quelques compagnies, qui font dés lors un chiffre d’affaire gigantesque. Etant hors d’atteinte des états acheteurs, elles peuvent s’entendre pour manipuler les prix de façon à faire des profits gigantesques. Et les états consommateurs peuvent aussi être menacés d’embargo par les pays qui contrôlent ces compagnies, ou en tout cas, ils peuvent être menacés d’avoir des problèmes d’approvisionnement. Du coup, ils sont obligés de filer doux.

Mais, si, d’un seul coup, tous les pays du monde ou presque produisent leur propre pétrole, c’est la fin de ce commerce international. Fini les manipulations du marché et les profits gigantesque, fini le contrôle des prix par les compagnies multinationales. Ce seront désormais les états qui pourront contrôler les prix. Et fini également les menaces d’embargo ou de problème d’approvisionnement. C’est la fin des pays qui vivent au dépend du pétrole et n’ont pas su convertir le cumul de leur rente pétrolière en richesse nationale (industrie, agriculture etc..).

Par ailleurs, si demain, les principaux pays consommateurs deviennent aussi des pays producteurs, dans la mesure où ce sont en général des pays de haut niveau technique, ils possèderont la technicité pour exploiter eux-mêmes leur pétrole. Ils pourraient alors très bien décider se passer des grandes compagnies pétrolières, et monter une compagnie nationale. Ce qui conduirait, en plus d’une diminution très importante des parts de marché des grandes compagnies pétrolière, à l’émergence de concurrents nouveaux. Et, les nouveaux pays producteurs qui n’auraient pas un niveau technique aussi bon auraient les coudées beaucoup plus franches pour mettre en concurrence les compagnies pétrolières. Un pays comme l’Ethiopie pourrait mettre en concurrence un éventuel Deutsch pétroleum, ou un China pétroleum, ou encore un Italian petroleum en fonction de leur transparence, de leur prix, etc. Enfin bon, de toute manière, ces marchés (dans les pays pauvres) sont et resteraient des marchés de niche, vu qu’étant pauvres, ils consomment, et donc, produisent peu.
Oui, si demain, les gens venaient à apprendre que le pétrole se trouve en quantités gigantesques un partout sur terre, et que les conséquences économiques en étaient tirées, ce serait là mort du commerce, du pouvoir des compagnies pétrolière et des Etats de la providence.
Compte tenu de l’importance du pétrole dans le fonctionnement de nos sociétés industrialisées aussi bien pour les transports, le fioul de chauffage, la pétrochimie ou l’agriculture, la diminution des quantités de pétrole disponible va entraîner des bouleversements importants qu’il est nécessaire d’anticiper. Or ce n’est pas réellement le cas actuellement. Nous pensons que la diffusion d’une information la plus réaliste et plus transparente possible à un large public est de nature à enclencher une prise de conscience et une réflexion sur nos modes de vie actuels, en vue notamment d’imaginer d’autres sources alternatives. Tous les experts et les scientifiques du monde tirent les mêmes conclusions. On estime que la demande mondiale en pétrole va croître de 50% d’ici 2025. Pour satisfaire cette demande, des volumes de pétrole plus larges que jamais vont devoir être produits. Par logique, et étant donné que la production de pétrole provenant de chaque champ pétrolifère est croissante jusqu’à un ‘pic pétrolier’ pour ensuite décliner, de nouveaux champs doivent continuellement être découverts et le pétrole produit pour compenser l’épuisement des anciens champs et pour satisfaire la demande mondiale sans cesse elle aussi croissante. Si de grandes quantités de nouveau pétrole ne sont pas découvertes et produites quelque part dans le monde, alors la production mondiale de pétrole ne satisfera plus la demande. Les compagnies pétrolières et les gouvernements ont conduits des recherches étendues à travers le monde, mais les résultats ont été décevants durant des décennies. Sur cette base, il y a très peu de raison de s’attendre à ce que les découvertes futures de pétrole augmentent de façon importante. Durant le siècle dernier, le développement économique mondial a fondamentalement été façonné par la disponibilité et l’abondance du pétrole bon marché. Les transitions énergétiques précédentes (du bois au charbon, du charbon au pétrole, du pétrole au nucléaire etc.) furent progressives et évolutives ; le ‘pic pétrolier’ sera abrupte et surprenant. Le monde n’a jamais fait face à un problème comme celui-ci, le pic pétrolier prendra de vitesse la transition du fossile au renouvelable. Sans une préparation massive au moins de 20 ans avant les faits, le monde vivra dans toutes les prochaines années au ralenti et dans l’obscurité.
Face à ces annonces apocalyptiques, le mouvement des survivalistes se popularise d’ailleurs de plus en plus. Le raisonnement est simple, logique et sans équivoque : la société telle que nous la connaissons ne peut subsister sans pétrole. L’or noir est le pilier de l’économie du monde industrialisé et l’économie des économies du monde, car notre système fonctionne grâce aux hydrocarbures : nos modes de transports, le chauffage de nos maisons, l’eau chaude, l’électricité, les matières plastiques, les produits de beauté, les vêtements, mais aussi et surtout l’agriculture devenue intensive et qui grâce ou à cause, selon le point de vue aux engrais chimiques, aux traitements herbicides, fongicides et insecticides à permis durant le 20e siècle de multiplier la population mondiale par trois. Notre confort, nos loisir, notre sécurité alimentaire et sanitaire, les moindres de nos habitudes sont conditionnées et intégralement alimentées par le pétrole. Sa disparition équivaudrait par conséquent à une décroissance économique dramatique, à l’explosion du chômage massif (des Etats entier vivent du pétrole) et à la réduction sensible du niveau de vie dans les pays industrialisés. Une vision qui laisse en somme très peu d’espoir à notre civilisation puisque que ce sont la famine, la désolation urbaine, l’exode voire la mort qui nous attendent. De plus en plus d’individus, essentiellement aux Etats-Unis et Japon, se préparent à une rupture économique et sociale d’envergure : des chefs d’entreprise, des commerciaux, des employés, des journalistes, professeurs et écrivains. Au programme, kits de survie, stocks de nourriture, installations autosuffisantes voire même pour certains un entraînement physique adapté et la sécurisation du domicile par tous les moyens, y compris les armes.
Dénoncer la falsification des chiffres
Les inexactitudes et les calculs sur l’avenir du pétrole sont l’objet d’une vraie gruge. En 1985, les pays producteurs réunis au sein de l’OPEP ont pris la décision, jugée fort saine à l’époque, d’indexer leurs quotas de production de pétrole sur le montant des réserves déclarées par chaque pays membre. Mais des faits étonnent : d’après les données de référence reprises par le groupe anglais BP dans son rapport 2003 sur l’énergie mondiale, l’Arabie Saoudite est passée, entre 1985 et 1990, de 169 milliards de barils de réserves "prouvées" de pétrole conventionnel à… 258 milliards, soit 50% de plus ! Tous les principaux pays producteurs de l’OPEP sont dans la même situation : Abu Dhabi (30 milliards de barils déclarés en 1985 contre 92 milliards en 1988), Iran (48 milliards en 1985, 92 milliards en 1988), Irak (44 milliards en 1985, 100 milliards en 1988), etc. Le tout sans qu’aucune découverte significative de nouveaux champ pétrolifère n’ait eu lieu dans ces pays au cours de la période… D’autres supercheries apparaissent chez pays non-OPEP, Triton, la compagnie américaine qui s’est chargée de l’évaluation des ressources du champ pétrolier ‘Cusiana’ a commencé par parler de 3 milliards de barils, une valeur remarquable, qui n’a pas laissé Wall Street indifférente. Triton devait vraiment avoir besoin de l’argent de ses actionnaires, parce que lorsque BP a démarré l’exploitation de Cusiana, ils sont prudemment redescendus à 1,5 milliards de barils. Et finalement, il y a à peine 800 millions de barils à exploiter.
Si les pays producteurs exagèrent leurs ressources, c’est aussi parce qu’elles permettent d’obtenir plus facilement des prêts bancaires. Les chiffres officiels des réserves pétrolières, sont loin d’être des données purement scientifiques. C’est le reflet d’un patrimoine financier que les Etats valorisent ou déprécient selon leur intérêt du moment. L’ensemble de ces sources d’exagérations contribuent à faire croire que le ‘Pic pétrolier’, et la flambée qu’il entraînera sur les prix, n’arrivera pas avant après-demain. La réalité pourrait être tout autre ; le Pic pétrolier est bien derrière nous. Alors que nous experts indépendants prévoyons une chute de la production pétrolière à partir de 2015, les études officielles, présentées par les Etats et les compagnies pétrolières internationales, la situent entre 2030 et 2060 selon les organismes. Une polémique qui occulte le vrai débat, celui de l’épuisement certain des réserves et de l’impasse énergétique.
Les hommes politiques ne veulent pas parler de catastrophe, car cela supposerait qu’ils apportent des remèdes, ce qu’ils savent impossible. Les pays producteurs exagèrent leurs ressources car elles reflètent le patrimoine financier que les Etats valorisent ou déprécient selon leur intérêt du moment. Selon Colin Campbell, membre de l’Aspo, 46 % des ressources actuelles déclarées par les principaux pays de l’OPEP seraient douteuses, sinon fausses. Pour les compagnies pétrolières, l’enjeu est évident. Leur valorisation boursière dépend en effet des réserves dont elles peuvent se prévaloir. Evoquant le risque d’image pour les entreprises comme pour les pays producteurs et consommateurs de pétrole.

Avec 86,6 millions de barils consommés par jour dans le monde, la théorie de la substitution, à terme, du pétrole, laisse perplexe les experts indépendants. En effet, ils prédisent également une déplétion pour le gaz naturel (2030) et le charbon (2050), ressources tout aussi épuisables que le pétrole. Le pétrole et le gaz représentent aujourd’hui 60% de la consommation énergétique. Leur déplétion va nécessiter soit de réduire la consommation, soit de se tourner vers d’autres sources d’énergie, il n’existe pas de remplaçant unique au pétrole qui attendrait son tour en coulisse, mais plusieurs énergies de substitution en retard de maturation. Le futur énergétique sera pluriel.
Conclusion
Enfin, le manque de transparence du milieu est un réel handicap. L’information est détenue par les Etats et les compagnies pétrolières, et le secret est de règle. Le scandale des réserves de Shell, qui se sont avérées notoirement surestimées en 2004, et les doutes sur les réserves réelles de l’Arabie Saoudite, de l’Iran, de l’Irak ou de la Russie ont ébranlé la confiance dans l’avenir radieux du pétrole, désormais ces pays qui affirmaient détenir les 40% des réserves mondiales ne détiennent réellement que 24%.
Expert en énergie
Bibliographie ‘ La fin de l’âge d’or’ de Y.Mérabet
Algerian Society For International Relations
BIU+

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