LA FRANCE FAISAIT SES GUERRES AVEC DES ALGÉRIENS
Les tirailleurs algériens, appelés aussi Turcos, étaient des unités d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française. Ces unités à recrutement majoritairement indigène (70-90% selon les époques) ont existé de 1842 à 1964. Ils participent à toutes les campagnes militaires du Second Empire et de la IIIe République et se distinguent particulièrement lors de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle les 14 régiments ayant combattu obtiennent 55 citations à l’ordre de l’armée, 4 régiments recevant la fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur, puis lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment lors de la campagne d’Italie au sein du corps expéditionnaire français du général Juin puis du débarquement de Provence en août 1944.

- Tirailleurs algériens
- 2e régiment de tirailleurs algériens et son drapeau décoré de la Légion d’honneur et de la médaille militaire le 13 juillet 1919 à Paris, place de l’Hôtel-de-Ville
Quand aux Zouaves, ils doivent leur nom à la confédération tribale kabyle des Zouaouas (Izwawen en kabyle). Ceux-ci fournissaient des soldats aux Turcs et, après la prise d’Alger (1830), ils entrent au service de la France.
Guerre de Crimée (1853-1856)
En 1854 un régiment provisoire à deux bataillons de neuf compagnies est formé. C’est lors du siège de Sébastopol que les tirailleurs gagnent leur surnom de Turcos. Au cours de la campagne, le régiment s’illustre à de nombreuses reprises.

- Tirailleurs algériens
- La division Bosquet attaque, les Zouaves en pointe, lors la bataille de l’Alma
Expédition du Mexique (1862-1867)
Au Mexique, de 1862 à 1867, les tirailleurs s’illustrent à nouveau, notamment lors de la bataille de San Lorenzo en 1863, ou les tirailleurs prennent deux drapeaux ennemis. Suite à leurs exploits militaires, un bataillon sera désigné pour monter la garde au Palais des Tuileries à Paris.
Guerre de 1870-71
Le 3e RTA à Wœrth en 1870 Durant la guerre de 1870-71, les trois régiments de tirailleurs (environ 9 000 hommes ) sont envoyés en France où ils combattent lors des batailles de Wissembourg et Frœschwiller-Wœrth. Lors du combat de Wissembourg, le 1er Tirailleurs lutte toute une journée, avec un bataillon du 74e de ligne, contre plus de 15 bataillons bavarois et prussiens. 2 800 soldat français sont opposés à plus de 11 000 ennemis. Les régiments sont décimés et après Frœschwiller, le 2e Tirailleurs ne comptent plus que 450 hommes valides sur 3 000. Après la défaite de Sedan du 2 septembre 1870, un régiment de Tirailleurs combat dans l’Armée de la Loire puis avec le général Bourbaki en Franche-Comté en janvier 1871. Leurs pertes sont estimées à 5 000 tués. Les régiments de zouaves forment des régiments de marche, qui s’illustrent notamment à Frœschwiller-Wœrth ; un bataillon du 3e zouaves s’échappe même de Sedan.

- Tirailleurs algériens
- Le 3e RTA à Wœrth en 1870
Campagne du Tonkin
Des éléments zouaves sont envoyés lutter contre les Pavillons noirs au Tonkin (1883). Le 3e occupe le Tonkin et l’Annam (1887).
Première Guerre mondiale
Environ 270 000 Maghrébins sont mobilisés en 1914-18 et 190 000 vont combattre en Europe. Si ces effectifs peuvent sembler relativement peu importants par rapport au total des effectifs engagés, les tirailleurs comptent à leur actif bon nombre de faits d’armes particulièrement glorieux et leur rôle ne saurait être sous-estimé.

- Tirailleurs algériens
- 7e régiment de tirailleurs algériens, division marocaine, en 1917
Les troupes de l’Armée d’Afrique en particulier, européennes comme indigènes, grâce à leur qualités guerrières, sont choisies pour participer aux combats les plus durs sur le front de France chaque fois que la situation l’exige. Leur apport a notamment été très important dans les semaines décisives de septembre 1914 lors de la Bataille de la Marne. Ainsi, à propos des faits d’armes de la Division marocaine, composée pour moitié de Tirailleurs algériens et tunisiens, lors de cette bataille, le Maréchal Foch aurait dit : « La fortune a voulu que la Division Marocaine fût là ! ». Il cite la division à l’ordre de l’Armée le 22 septembre 1914. Quant à Adolphe Messimy, il écrit plus tard dans ses mémoires à propos des divisions d’outre-mer ayant participé à cette victoire de la Marne : « Je laisse à ceux qui me liront le soin de réfléchir à ce qu’auraient été les événements, si Gallieni sur l’Ourcq et Foch aux marais de Saint-Gond, n’avaient pas eu à leur disposition ces troupes d’élite, pleine d’élan et fraîches, s’ils auraient pu remporter de justesse les deux succès qui décidèrent du sort de la bataille décisive… et de la France »
Si quelques cas de panique sont signalés dans certains bataillons lors des premières semaines de combats, comme dans les unités métropolitaines et de Zouaves, par la suite, les régiments de tirailleurs sont considérés à l’égal des meilleurs, et après Charleroi et la Marne, ils s’illustrent, comme les Zouaves, dans toutes les principales batailles, en Champagne, à Verdun, dans la Somme et dans les offensives victorieuses finales A propos des tirailleurs algériens, le baron des Lyons de Feuchin écrit en 1924 dans son Rapport sur le Bilan des Pertes en Morts et en Blessés des Nations Belligérantes : « Le rôle joué pendant la grande guerre par les indigènes algériens a été grand, leur sang s’est mêlé au sang français sur tous les champs de bataille, leur acquérant des droits légitimes par des sacrifices communs… » Selon Gilbert Meynier, 155 221 algériens et tunisiens ont combattu au front et le nombre de tués s’élèvent à 35 900 soit un taux de pertes de 23%
Seconde Guerre mondiale
Au 1er mars 1940, l’effectif des Maghrébins affectés aux armées s’élevait à 70 000 hommes en métropole, 100 000 en Afrique du Nord, 23 000 au Levant, 2 000 dans la Marine et 145 000 affectés aux forces de territoire, soit un total de 340 000 hommes. De 1942 et 1945, après le réarmement des troupes françaises en Afrique du Nord, 233 000 Maghrébins furent mobilisés et affectés essentiellement dans les régiments de tirailleurs. Le nombre de Maghrébins tués lors de la Bataille de France, majoritairement des tirailleurs algériens et tunisiens, s’élève à 5 400. Au 15 mars 1943, les effectifs engagés dans la campagne de Tunisie, s’élevaient à environ 73 000 hommes dont plus de 50 000 Maghrébins (70%). Le nombre de Maghrébins tués de novembre 1942 à mai 1943, essentiellement des tirailleurs, s’élève à environ 3 500. En mai 1944, le corps expéditionnaire français en Italie comportait 112 000 hommes dont 67 000 Maghrébins (60%). 6 500 soldats, dont 4 000 Maghrébins, surtout des tirailleurs algériens et tunisiens, sont tués de novembre 1943 à juin 1944. Sur les 267 000 hommes que comptaient la 1re armée lors du Débarquement de Provence en août 1944, les Maghrébins, majoritairement tirailleurs algériens et tunisiens, représentaient environ 50% des effectifs soit plus de 130 000 hommes41. Le nombre de Maghrébins tués d’août 1944 à mai 1945, essentiellement des tirailleurs, s’élève à 3 716 (dont 96 à la 2e DB)
Guerre d’Indochine
Près de 37 000 Maghrébins, majoritairement des tirailleurs, ont servi en Indochine. Les 1er, 2e et 7e Régiments de Tirailleurs arrivèrent en Indochine dès 1947 et au total 54 bataillons de Tirailleurs algériens et tunisiens sont passés en Indochine de 1947 à 1955. Au total, le nombre de Maghrébins tués s’élève à plus de 8 000.



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