LE CAR DE DJIJDJELLI

Par Mohamed Fouad Toumi
Alors, on peut voir, en ce début de l’année 1955, les hommes de Jo.Rizza user de la loi du talion. Si le F.L.N commettait un attentat contre un bar européen, ils mitraillaient un café maure. Si un mariage européen était grenadé, ils s’attaquaient à un mariage musulman. Ce n’est qu’en Avril 1955 que le Commando vit ses effectifs grossir quelque peu avec l’arrivée d’un garagiste algérois, A.V… pour Jo. Rizza et ses hommes, un problème crucial se trouvait résolu : celui des voitures. V… mit à leur disposition un véritable petit parc automobile.
Ainsi, le commando pouvait opérer chaque fois avec un véhicule différent. Ce qui lui donna un grande marge de sécurité. Les opérations étaient mieux organisées et par conséquent plus efficaces. La mi-juin 1955 marqua un tournant dans l’histoire du contre-terrorisme. Le 10 juin, un car de la compagnie Air-France faisant la liaison Maison-Blanche-Alger fut mitraillé par un commando du F.L.N avant le petit du Retour-de-la-Chasse. Jo. Rizza décida aussitôt de réagir. C’est aussi à un car que lui et ses hommes s’attaqueraient. Chaque samedi, un autocar de la compagnie Djidjelienne, rempli de musulmans, quittait le boulevard Baudin en direction de la Kabylie. Un des membres du commando prit place à proximité de l’arrêt de afin de vérifier si aucun Européen ne prenait place dans le car avant son départ. Les cinq autres contre-terroristes attendaient, 200 mètres plus loin, cachés à l’intérieur d’une camionnette bâchée. A 14 heures précises, le car bondé s’ébranla. La camionnette se laissa dépasser et le prit en filature. Le convoi ainsi formé emprunta la route moutonnière, déserte à cette heure. A hauteur du cimetière de Hussein-Dey, la camionnette se porta à hauteur du car. Jo. Rizza, PM 40 au poing, et J… brandissant la Stern, surgissent comme des diables de dessous la bâche et vidèrent deux chargeurs chacun sur les 120 passagers du car. Le lourd véhicule, dont le chauffeur avait été atteint quitta la chaussée et alla s’écraser, à près de 70 km/h, contre un mur. La camionnette continua sa route, arriva à l’hippodrome du Caroubier, tourna à droite, traversa le pont qui dominait la voie ferrée et se perdit dans Hussein-Dey. Dans le car, on releva 60 morts et plus de 40 blessés. Ce fut le plus gros résultat opérationnel obtenu par le commando Rizza. Cette opération eut un grand retentissement après de la population européenne d’Alger. Le contre-terrorisme venait d’obtenir en quelque sorte son acte de naissance quasi officiel. Grâce à cet attentat, le groupe Rizza, un peu à bout de souffle, reçut une bouffée d’oxygène avec l’arrivée du docteur P…Sources HISTORIA magazine nr 208, Pierre DEMARET, pages 472/473.
M.F.T.



Réactions