La “résistance” des dictatures : “Echaâb yourid ezzatla”

Par : Mustapha Hammouche
“Echaâb yourid ezzatla” : le peuple veut de la came. On pouvait lire cette revendication sur l’une des pancartes brandies, samedi, à la place des Martyrs, à Alger, par les manifestants soutenant le régime emmenés là pour contrer ses détracteurs. Dénoncée, la pratique du baltaguisme, est rééditée chaque samedi et semble constituer un élément constitutif de la riposte du pouvoir aux tentatives contestataires. Bien sûr, il y a des raisons objectives à ce que la rue algérienne ne prenne pas, ou pas encore, la voie des rues tunisienne, égyptienne ou libyenne. Il s’agit juste d’observer avec quelle aisance et quel cynisme tout un système peut recourir aux méthodes les plus indélicates pour défendre sa survie. Payer des jeunes impécunieux, faire appel à des vendeurs à la sauvette, les encadrer par la police, en faire des contre-manifestations ou filmer l’appel d’un chauffeur de taxi clandestin saluant les qualités du régime, ce n’est certainement pas la meilleure défense du système : ce n’est là que l’expression de la dégradation morale qu’il a fini par infliger à la société. Il encourage, à l’occasion de ces manifestations empêchées, la règle naturelle qui soutient sa pérennité : la mauvaise monnaie chasse la bonne.
Et plus, il y a de mauvaise monnaie, aux sens propre et figuré, plus le système risque d’avoir de l’avenir. Au demeurant, jusqu’ici, il ne s’était pas maintenu par les moyens les plus élégants, la fraude électorale, la corruption financière des consciences, et la répression systématique étant les fondements de sa durée. Les expériences passées de fin d’autocratie ont montré que les dictatures ne sont pas économes de procédés les plus inavouables quand il s’agit de tenir le siège contre le mouvement de liberté qui porte à la révolution populaire à leur porte. Depuis que, dans le monde musulman, les peuples s’élèvent contre leurs despotes, la réaction de ces derniers confirment : il n’y a aucun moment dans le processus de leur destitution où ils conviennent de l’inéluctabilité de la rupture et accélèrent, ne serait-ce que par économie de peine et de sang, la conclusion naturelle d’un tel mouvement. En Iran, le pouvoir emprisonne les dirigeants “réformateurs” – et leur famille – et montent des procès en sorcellerie contre les opposants et les activistes ; on raconte que Ben Ali n’a pu être évacué qu’à la faveur d’une ruse insinuant son éventuel retour ; on connaît tous les subterfuges, de la fausse démission au baltaguisme, tentés par Moubarak ; et on observe en direct les méthodes criminelles rageusement appliquées par le clan Kadhafi. Mais c’est en fait l’Algérie qui éprouve, depuis 1988, la règle qu’un système, s’il n’est totalement évacué et remplacé, n’est jamais vraiment fini. Un système non démocratique est capable d’autotomie, c’est-à-dire capable, comme le lézard, de se séparer d’une partie de son corps, pour cause de survie et de se reconstituer plus tard.
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