La rupture de la dépendance à l’égard de la civilisation occidentale

Voici l’extrait d’un entretien de Malek Bennabi avec Ibrahim Aassi en 1973 :
Quelle est la voie du salut que nous devrions emprunter pour sortir de ce gouffre et devenir une nouvelle fois la meilleur des nations créée aux gens ?
Bennabi : "La question est importante et vaste mais elle est bien définie et j’y répondrais par une toute petite phrase : la voie du salut réside dans "la rupture de la dépendance", rupture de la dépendance sous toutes ses formes à l’égard de la civilisation occidentale.
[Bennabi reprend, avec quelques emportement et, ouvrant sa main gauche, montra des fleurs de jasmin]
Seules ces fleurs sont la création de Dieu, sinon, tout ce qui nous entoure ici est de leur création et le produit de leur civilisation. Ces chaises sur lesquelles nous sommes assis, cette table, cette boisson que nous buvons, la nouriture que nous consommons, les habits que nous portons… les voitures que nous utilisons… Tout !
Nous dépendons d’eux, nous vivons à leurs crochets… Tant que nous demeurons dans pareille situation, point de salut ni de renaissance. Notre dépendance à l’égarde des Occidentaux n’est pas seulement une dépendance de consommation mais de production également. Ce qui est autrement plus dangeureux. La dépendance de consommation cela veut dire que vous consommez ce qu’ils produisent, quant à la dépendance de production, elle signifie que vous produisez machinalement à partir de ce qu’ils produisent sans prendre en compte vos propres besoins ni vos conditions internes.
La dépendance de consommation peut être admise dans un seul cas : quand on adapte localement le produit consommé. […] Si notre dépendance de de consommation des produits de la civilisation occidentale était de cette forme, aucun défaut ne serait à relever. Mais la dépendance mortelle, c’est lorsque nous les imitons à la lettre.
Le plus grave reste la dépendance de la production.
Mais le plus grave encore, c’est la dépendance intellectuelle et de la croyance. Dieu Tout Puissant en a prévenu très tôt le Prophète : "Dis, ô vous, les mécréants ! Je ne voue point de cultre à vos dieux, pas plus que vous adorez ce que j’adore ! Et point à l’avenir, je n’adorerai vos dieux, pas plus que vous adorerez le Mien ! Vous avez votre religion, j’ai la mienne propre !" . (Coran sourate 109) C’est la rupture totale de la dépendance doctrinale dans sa double dimension partielle et globale dans l’immédiat, à l’avenir et pour l’éternité."
Malek Bennabi, La réalité et le dévenir, Alger, Alem el Afkar, 2009



Réactions